I. — Anatomie et physiologie du Papillon
Sortie du cocon. — On reconnaît que le papillonnage est proche lorsque la couleur des yeux de la chrysalide devient très noire et la peau moins adhérente dans les joints des anneaux de l’abdomen. La sortie se fait généralement de 5 heures à 8 heures du matin.
En ouvrant quelques cocons avec des ciseaux, on parvient à voir comment l’animal s’échappe de sa dépouille, puis de sa prison soyeuse.
D’abord, la partie abdominale du papillon s’isole de la pellicule environnante ; ensuite, par le gonflement de la partie thoracique, la pellicule se fend sur la ligne dorsale, dans les trois anneaux du thorax, et cette fente se prolonge à droite et à gauche en suivant les deux bords des étuis des ailes : le papillon n’a plus alors qu'à retirer ses pattes, ses antennes et ses ailes hors des étuis correspondants ; toute la dépouille de chrysalide se trouve ainsi repoussée vers la région postérieure. Dans cette situation, la tête du papillon vient buter contre le bout supérieur du cocon.
C’est alors que l’animal émet de sa bouche deux ou trois gouttes d’un liquide limpide qui, par sa nature alcaline, décolle les fils soyeux ; avec ses pattes, le papillon écarte ces fils à droite et à gauche ; il insinue sa
tête, puis son thorax tout entier dans l’ouverture, et finit par sortir du cocon. Les fils soyeux ne sont pas coupés, mais seulement déplacés, et ils contractent, en se desséchant, de nouvelles adhérences entre eux; avec beaucoup de patience et en s’aidant d’une solution alcaline, on parviendrait cependant à dévider chaque cocon percé en un fil continu.
Il arrive souvent que l'abdomen du papillon, surtout chez les femelles, ne passe que péniblement dans l’ouverture du cocon. La compression que subit alors la poche cœcale détermine l’évacuation par l’anus d’une partie de son contenu ; cette matière, rougeâtre ou même tout à fait brune, salit alors l’intérieur du cocon et aussi le pourtour de l’orifice ; ce pourtour, en effet, étant déjà mouillé par le liquide alcalin, s’imprègne aisément de la couleur excrémentitielle. Quand cet 'accident n’a pas lieu, l’évacuation de la matière susdite se fait peu après la sortie du cocon et précède presque toujours l’accouplement.
Description du papillon. — A sa sortie du cocon, le papillon est tout humide ; ses téguments sont mous, ses ailes épaisses, très courtes et pendantes ; mais, au bout d’un quart d’heure à peine, ses écailles sont devenues sèches et dures; les lames des ailes se sont étendues en se déplissant, et ces ailes, ainsi amincies, sont très rigides ; cet effet est dû probablement à l’air que l’animal inspire par les stigmates du thorax et qu’il refoule dans les trachées des ailes. En même temps, le jabot, vidé du liquide qu’il contenait, se gonfle d’air rapidement ; aussi l’appelle-t-on sac à air. Les innombrables trachées qui se ramifient dans l’abdomen se remplissent aussi d’une grande quantité d’air.
DU PAPILLON
Dans cette nouvelle phase de sa vie, l’animal a le corps tout couvert de poils écailleux, d’un blanc mat ou parfois un peu bruns. Ces poils sont des prolongements des cellules épidermiques ; ils ont eu, au début, la forme de petites ampoules allongées; puis ces ampoules se sont aplaties et sont devenues de petites plaquettes chitineuses.
Ces plaquettes sont plus ou moins denticulées, surtout sur les ailes (Y. fig.28), où elles s’imbriquent régulière-
Fig. 28. — Écailles de l'aile supérieur*. G. = 200 diamètres.
ment comme les tuiles d’un toit ; sur le reste du corps, leur distribution est plus confuse.
On distingue dans le corps trois segments principaux : la tète, le thorax et l’abdomen.
Tête. Organes des sens. — La tête (V.fïg. 29) aune forme ovoïde ; deux gros yeux en occupent les faces laté-
Figx 29. — Tête d’un papillon, vue de face.
G. = 1 (^diamètres.
A, Antennes. — B, -Yeux. — C, Mâchoires. — D. Palpes labiaux.
raies ; l’intervalle est revêtu de poils écailleux sous lesquels on découvre un petit repli transversal peu saillant, vestige du labre ; puis, plus bas, deux grosses ampoules blanchâtres qui représentent, soit les mâchoires, soit les palpes maxillaires ; plus bas encore, deux très petits palpes biarticulés, qui tiennent la place des palpes labiaux. Au sommet de la tête, au-dessus et en arrrière des yeux,
DU PAPILLON
s’insèrent les antennes , qui sont des tiges assez longues, un peu courbes, formées de trente à quarante articles diminuant peu à peu de grosseur ; les deux de la base sont très gros et sans appendices ; chacun des suivants émet au contraire une paire de prolongements creux, arqués, garnis de poils. Le canal formé par les articles des antennes possède des muscles, des trachées et un nerf spécial.
On considère les antennes comn e l’organe de l’odorat; en effet, les bombyx, qui représentent le genre de papillons chez lesquels cet organe atteint le plus grand développement, ont la faculté de sentir certaines émanations à de grandes distances : ainsi, les papillons mâles sont attirés de loin par l’odeur des femelles ; Gornalia a constaté qu’ils perdent cette faculté par l’ablation des antennes.
Chaque œil est formé de plus de dix mille petites cornées enchâssées dans autant d’hexagones réguliers juxtaposés ; le diamètre de chaque cornée est de 1/35 de millimètre (V. fîg. 30). Sous chacune de ces cor-
Fig. 20. — Fragment de l’œil du papillon.
G. —200 diamètres.
A, Vu de face. — B, Vu de profil, avec un seul cristallin. — C, Le cristallin arraché, avec sa gaine.
nées est ajusté un cône transparent appelé cristallin , isolé des voisins par un pigment violacé. Au sommet de
chaque cristallin aboutit un filet nerveux émanant d’une masse sous-jacente, la rétine ; entre cette rétine et les nerfs optiques, s’étend une matière noire qui représente le choroïde.
Les nerfs optiques sont relativement très gros ; ils forment les parties latérales de la masse nerveuse supraœsophagienne; cette masse, qu’on appelle aussi le cerveau, émet en outre : 1° en avant, deux proéminences d’où partent les nerfs des antennes, et deux petits filets aboutissant à un petit ganglion impair, appelé ganglion frontal ; 2° en dessous, deux cordons très courts qui pas-
Fig. 31. — Partie antérieure du système nerveux du papillon, d'après
CORNALIA.
A. Ganglion supraœsophagien. — B, Premier ganglion sous-œsophagien.
— C. Deuxième ganglion sous-œsophagien. — D, E, Troisième ganglion sous-œsophagien. — F, Quatrième ganglion sous-œsophagien.
— G, Ganglion frontal. — H, K. Autres ganglions du système nerveux splanchnique.
DU PAPILLON
sent de chaque côté de l’œsophage et lui forment un collier étroit en se perdant dans le premier ganglion sousœsophagien (Y fîg. 31).
Toutes ces masses nerveuses remplissent presque à elles seules la cavité de la tête.
Thorax. Ailes. Vaisseau dorsal. — Le thorax, ou corselet, est formé de la réunion de trois anneaux. Le premier, ou prothorax , conserve une certaine mobilité propre ; il porte la première paire de pattes et une paire de stigmates. Le mésothorax et le mètathorax sont au contraire étroitement soudés ; chacun porte une paire d’ailes et une paire de pattes, et on remarque que dans ces pattes il n’y a pas de hanche distincte ; cette pièce s’est incorporée aux pièces fixes des deux anneaux, tandis que, dans la première paire, la hanche est distincte et garde sa mobilité propre.
A part la hanche, on distingue ensuite dans chaque
Fig. 32. — Coupe verticale du corps d’un papillon mâle, grossi 3 fois. AA, Vaisseau dorsal. — B B, Tube digestif. — C C, Système nerveux. — DD, Organes sexuels. — M M, Tubes de Malpighi (2 seulement sont figurés). — o o oo o, Situation des stigmates sur les flancs.
patte le trochanter , le fémur, le tibia , puis les six articles du tarse , dont le dernier est armé de deux petites griffes et porte entre ces griffes une petite ampoule ou pelote, sur laquelle la patte s’appuie. Les tibias de la première paire émettent chacun un appendice allongé, qui paraît une brosse pour les yeux; les tibias des autres pattes ont chacun deux petits ergots (Y. fig. 32).
Les ailes, au repos, forment un toit très obtus, presque plat; celles de la seconde paire sont alors situées
Fig. 33. — Ailes gauches d’un papillou mâle.
G. — 3 diamètres.
A, Paraptère. — B, Crin.
sous les premières et les affleurent par le bord antérieur en les débordant de beaucoup en arrière. La forme des premières ailes est assez allongée, falquée dans le bout ; à leur insertion sur le mésothorax on remarque une pe tite lanière courbe qui s’en détache et contourne cette
DU PAPILLON
insertion : ce sont les paraptères. La forme des ailes postérieures est plus arrondie ; à la naissance de leur bord costal, on voit un petit prolongement en forme de crin aigu chez les mâles et de moignon arrondi chez les femelles (Y. fig. 33).
La cavité du thorax est presque entièrement remplie par les muscles moteurs des ailes et des pattes et ceux qui rattachent le thorax à la tète et à l’abdomen. Le thorax est en outre traversé par deux canaux étroits, celui du vaisseau dorsal et celui de l’œsophage ; enfin il est traversé par la chaîne nerveuse, qui présente dans le prothorax un assez gros ganglion, et dans le mésothorax un ganglion énorme, provenant de la fusion des deux qui existaient chez la larve dans les deuxième et troisième anneaux.
Signalons, en passant, la marche du vaisseau dorsal : parti de la tête, il longe l’œsophage jusque dans le mésothorax, et là se relève pour aller s’ouvrir dans une poche assez large, qui remplit la cavité du scutellum ; cette poche, à parois musculeuses, a des pulsations comme un véritable cœur ; on peut les voir du dehors, sur l’animal vivant, en dénudant cette partie de ses écailles ; le vaisseau dorsal continue sa route en plongeant brusquement vers l’isthme de l’abdomen, puis se relève encore, dans cette dernière région, pour suivre la ligne médiane du dos jusque dans le 6e segment.
Abdomen. Organes copulateurs. — L’abdomen est composé de neuf segments ou anneaux, dont les parties postérieures ou tergales sont légèrement coriaces, tandis que les flancs et les parties antérieures ou sternales sont des membranes moins résistantes ; chaque
anneau est uni au suivant par une membrane encore plus délicate. Dans les mâles, le volume de l’abdomen est diminué par le chevauchement des anneaux, tandis que chez les femelles les anneaux sont écartés autant que le permet la distension des membranes, et cela par suite de l’énorme développement des œufs ; quand 1a. ponte est effectuée, il n’y a plus aucune différence de volume entre les deux sexes.
Les sept premiers anneaux de l’abdomen sont pourvus de stigmates en forme de fente étroite, dont les bords sont contournés par une lame élastique; cette lame, courbée comme une faucille, s’ouvre plus ou moins, par le jeu de muscles insérés sur ses bords et sur une sorte de queue qui la prolonge intérieurement.
Le premier anneau manque de parties sternales, et son tergum est membraneux, sauf à ses bords, où il forme deux arcs-boutants assez solides qui s’appuient contre le métathorax ; les stigmates de cet anneau sont sous ces arcs, très près du métathorax.
Le 2* et le 56 anneau portent des demi-lunes noirâtres, comme chez la larve.
Le 8e et le 9e anneau n’ont pas de stigmates; en outre, ils offrent des particularités remarquables, différentes suivant les sexes.
Chez les mâles, le 8e anneau a pour sternum une plaque chitineuse très dure, dont le bord externe est un peu arqué et muni de deux saillies aiguës ; en dedans, cette plaque est encore armée de deux petites dents tournées vers le dehors, comme les précédentes, de façon à protéger le 9e anneau. Celui-ci termine le corps et enclôt les organes de la copulation et l’orifice anal ; il peut se rétracter complètement dans la cavité du 8e anneau ; il
DU PAPILLON
présente, en haut, une pièce chitineuse bilobée qui correspond au tergum et abrite sous elle l’orifice anal ; cette pièce émet une sorte de mentonnière qui contourne cet orifice et le protège du côté opposé. Plus bas se trouve un second orifice, d’où s’élance la verge ; une ceinture osseuse représentant le sternum protège cet organe ; en outre, deux longues cornes rigides, appendices du sternum, se dressent en avant jusqu’à la hauteur de l’anus; elles forment une sorte de pince et sont susceptibles de s’orienter dans divers sens.
Chez les femelles, le 8e anneau est soudé au 7e du côté tergal, mais demeure très distinct du côté sternal : les bords n’offrent rien de particulier. Le 9e anneau est luimême assez régulier du côté tergal ; mais son sternum se distingue par une forme spéciale : c'est une plaque très dure, à bords denticulés, échancrée sur la ligne médiane; en dessous, c’est-à-dire du côté du 8e anneau, cette plaque présente une cavité assez évasée, sorte de cornet qui conduit à la poche copulatrice ; en dessus, la plaque se courbe en gouttière et va rejoindre la partie tergale. Dans l’espace circulaire ainsi délimité se loge un gros bourrelet charnu, conique, qui est la terminaison de l’oviducte; la pointe de ce cône est fendue verticalement et s’entrebâille quand un œuf doit franchir cet orifice pour être pondu ; elle se referme aussitôt après. Au-dessus de cette fente, tout contre le borddel’oviducte, débouche l’orifice anal ; il n’y a pas de cloaque. Tout autour du bourrelet charnu que nous venons de décrire, la peau est très mince et très plissée, mais le sang peut la gonfler et produire ainsi deux masses turgides ampulliformes débordant de chaque côté de la pointe de l’oviducte; on observe toujours cette turgescence avant l’accouplement.
Organes intérieurs de l’abdomen. — La cavité abdominale renferme les organes de la reproduction ainsi que les parties postérieures des divers systèmes d’organes servant aux fonctions de nutrition et de relation.
Mentionnons d’abord, immédiatement sous la peau, les rubans musculaires qui vont d’un anneau au suivant. Puis, à la face dorsale, le vaisseau, dorsal , avec les appendices rameux qui le soutiennent et qui ont l’aspect de glandes ; on les appelle les ailes du cœur. Ensuite à la face ventrale, la chaîne nerveuse , qui présente 5 ganglions logés dans les 2°, 3e, 4e, 5e et 6e anneaux.
En observant la chaîne nerveuse dans le papillon vivant, ce qui se fait aisément quand on a dénudé de ses écailles la face ventrale de l’abdomen, on voit que cette chaîne oscille continuellement de droite à gauche et de gauche à droite; les ondulations qui se produisent ainsi semblent avoir quelque rapport avec la circulation du sang dans le vaisseau dorsal situé à la face opposée du corps. On s’explique du reste les mouvements de cette chaîne, car un grand nombre de fibres musculaires transversales s’insèrent sur elle. Il n’y avait rien de semblable dans la larve.
Entre le vaisseau dorsal et la chaîne nerveuse s’étend le tube digestif. A son entrée dans l’abdomen, le canal œsophagien se renfle en un gros sac plein d’air, le sac à air , dont les parois sont musculeuses ; ce sac, en se gonflant de plus en plus, facilite l’expulsion des matières qui remplissent les organes générateurs et la poche cœcale. Tout de suite après, vient la poche stomacale, dont les parois renferment de petites glandes parcourues de rameaux trachéens. Le volume de cette poche est fort réduit chez les sujets sains; elle se ferme en arrière
DU PAPILLON
par un sphincter , après lequel l’intestin commence.
De chaque côté de l’estomac se trouve une petite masse rougeâtre qui, au microscope, offre l’aspect d’un boyau ramassé sur lui-même, contenant des globules d’un jaune orangé ; c’est tout ce qui reste des glandes soyeuses ; la filière et les tubes sécréteurs ont disparu.
Dès son origine, l’intestin reçoit les deux conduits excréteurs des six vaisseaux urinaires ou tubes de Malpighi ; ceux-ci sont grêles, contournés comme une colonne torse, et s’étendent jusqu’au bout de l’abdomen; ils sécrètent des urates de soude, d’ammoniaque, etc. Après un trajet assez long, le tube intestinal débouche dans une énorme poche pyriforme, à parois musculeuses, logeant aussi des glandes spéciales : c’est la poche cœcale, qui renferme, outre les urates en poudre grisâtre amenés par l’intestin, un liquide clair d’un rouge orange plus ou moins foncé ; cette poche s’ouvre à l’anus.
D’innombrables ramifications trachéennes, émanant des 14 stigmates abdominaux, se répandent sur tous ces organes et les tiennent en place, en même temps qu’elles leur fournissent l’air indispensable. D’autres rameaux supportent les lobules du tissu graisseux, qui garnissent encore fort abondamment les interstices de la cavité générale.
Organes reproducteurs. — Les organes reproducteurs ont déjà été succinctement décrits au chapitre de la Chrysalide.
Dans le papillon mâle, les deux testicules sont logés dans le 4e segment abdominal, à droite et à gauche de la poche cœcale ; ils sont réniformes ; leur longueur est d’environ 3 millim. Chacun émet de sa partie centrale un
gros tube déférent, qui fait plusieurs replis, puis se renfle en forme de vésicule. Les deux vésicules séminales accolées ont 3 à 4 millim. de long ; elles donnent naissance à un conduit éjaculateur unique, qui est grêle, tortueux et se termine par un bout rigide, saillant au dehors, le pénis ou verge. En outre, chaque vésicule séminale se prolonge latéralement en un long tube borgne qui sécrète un liquide spécial, destiné selon toute apparence à délayer le contenu des cellules spermatiques. Le pénis est un petit tube cylindrique du lmra à lmm,5 de long, de 1/5 de millimètre de diamètre, qui finit par un évasement en forme de triangle ayant son sommet le plus proéminent du côté dorsal.
Chez les femelles, les huit tubes ovariques sont, avant la ponte, distendus par les œufs, dont la formation est achevée jusqu’à une très petite distance des origines de ces tubes ; dans les culs-de-sac restants, on voit des îlots de cellules qui n’arriveront pas à se développer à l'état d’œuf. Il n’est pas rare de trouver 80, 90 et jusqu’à 100 œufs dans chaque tube ovarique; mais chez des sujets provenant de vers qu’on a fait jeûner dans les derniers jours, ce nombre peut être fort réduit. Après la ponte, les ovaires sont souvent tout à fait vides, et on reconnaît très bien à leur couleur safranée les parties nées des capsules génitales, tandis que le reste des tubes est d’un blanc laiteux.
A 1 0 ou 1 5 millim. de la pointe de l’abdomen, les huit tubes se groupent quatre par quatre en deux troncs fort rapprochés (V. fig. 34), qui après un trajet de 2 ou 3 millim. s’unissent en un seul conduit, Yoviducte. Celuici est coudé du côté dorsal, et jusqu’à ce coude il reçoit trois canaux : 1° sur le flanc droit, le canal de la poche
DU PAPILLON
copulatrice ; 2° sur son flanc gauche, vis-à-vis le précédent, le canal d’une petite vésicule borgne, appelée vésicule séminale accessoire , analogue à la poche copulatrice
Fig. 34. — Organes génitaux femelles (Gr. = 4).
A, Poche cœcale. — B, Oviducte. — C, Poche copulatrice. — D, Tubes ovariques (coupés). — E, Poche accessoire. — F, Glandes du vernis. G, Tube intestinal (coupé).
mais privée d’orifice extérieur; 3° du côté dorsal, un conduit très court qui amène le produit des deux glandes considérées comme glandes du vernis, parce que cette humeur visqueuse revêt chaque œuf à mesure qu’il vient d’être fécondé et qu’il franchit ce passage, pour être pondu l’instant d’après.
Fonctions de nutrition. — Les actes physiologiques de la vie du papillon sont mal connus. On sait seulement qu’il ne prend aucune nourriture ; il vit par conséquent aux dépens de ses réserves, notamment du tissu graisseux ; il respire activement et exhale de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau ; il évacue des excréments riches en acide urique ; cette consommation de ses tissus
le conduit fatalement à une mort rapide. Le froid et l’humidité ralentissent l’activité de ses fonctions, tandis qu’elles s’accélèrent dans un air chaud et sec ; aussi la durée de la vie des papillons souffre-t-elle des variations très grandes, soit que les sujets aient été d’abord à peu près identiques, mais placés ensuite dans des conditions diverses, soit que, placés dans les mêmes conditions, ils diffèrent les uns des autres par l’état de santé ou l’abondance des réserves nutritives. En moyenne, cette durée est de douze jours ; elle peut tombera moins de vingtquatre heures, et dépasser d’autres fois vingt-cinq et même trente jours.
Fonctions de relation. — En décrivant les organes de la tête, on a mentionné le peu de notions qu’on ait sur leurs fonctions.
Quant aux mouvements généraux du corps, ils sont d’une grande vivacité ; les mâles surtout s’agitent en battant leurs ailes bruyamment; toutefois ils ne peuvent pas voler; les femelles, qui ont le corps très lourd, se déplacent à peine.
Fonctions de reproduction. — Sitôt que, de grand matin, les papillons sont sortis des cocons, les mâles recherchent les femelles ; ils tourbillonnent vivement autour d’elles, en recourbant leur abdomen pour les saisir avec leurs crochets copulateurs ; quand ils sont parvenus à rencontrer l’extrémité abdominale des femelles, ils s’y attachent étroitement, et l’accouplement a lieu. L’union se fait du reste au hasard, sans choix de la part du mâle ni de la femelle. L’accouplement dure souvent 8 heures, 10 heures et même davantage; d’autres fois 1 heure
DU PAPILLON
et moins encore, et alors de nouveaux accouplements succèdent au premier. Dans ces rapprochements, la poche copulatrice des femelles se trouve remplie du liquide séminal des mâles ; la ponte ne tarde pas à commencer.
A mesure que les œufs défilent dansl’oviducte, ils sont entourés par les zoospermes qui sont sortis de la poche copulatrice par le canal étroit dont elle est pourvue, et la fécondation s’opère. Ensuite le liquide gluant des glandes à vernis recouvre toute la coque, ferme le micropyle, et l’œuf est pondu. La partie de l’œuf qui sort la dernière de l’oviducte est précisément la plus pointue : c’est à son extrémité que se trouve la fossette du micropyle.
Ce qui prouve que la fécondation s’opère bien dans l’oviducte vis-à-vis le canal de la poche copulatrice, c’est que dans une femelle que l’on tue à cet effet, après qu’elle a subi l’accouplement, les œufs situés plus haut que ce canal se dessèchent en gardant la teinte jaune, tandis que ceux situés plus bas se colorent en gris et se développent d’une façon normale. Si la femelle n’a pas été fécondée, tous les œufs se dessèchent. Ces observations ont été faites par Malpighi.
Au sujet de la durée de l’accouplement, divers observateurs ont fait des remarques intéressantes. M. Cornalia, qui a mis un soin extrême à l’étude anatomique des organes reproducteurs, a estimé à 20 millim. cubes le volume de la poche copulatrice distendue par les zoospermes, et à plus de 20 millions le nombre de ces derniers ; il en a conclu que des accouplements même peu prolongés pourraient fort bien être suffisants ; et, en effet, il a eu des pontes bien fécondées en limitant cette durée à 1 heure, et parfois môme à demi-heure. Il a reconnu également, ce qu’avait constaté avant lui Loiseleur-Des-
longchamps, qu’un seul mâle peut, avec des intervalles de repos convenable, féconder complètement plusieurs femelles.
M. Albert Lévi a reconnu que la durée de l’accouplement devait être dépendant de la température. A 20°R., une heure suffit ; à 16°, il faudrait de 4 à 6 heures pour obtenir le minimum de pontes nulles ou infécondes. L’accouplement illimité empêche un nombre notable de femelles de pondre leurs œufs, soit qu’elles périssent encore accouplées, soit qu’elles n’aient plus la force de déblayer leur oviducte des matières qui l'obstruent.
On voit donc que, dans la pratique, il convient d’effectuer le désaccouplement au bout de 5 à 6 heures ; qu’en outre on fait bien de réserver des mâles pour les faire servir le lendemain une seconde fois s’il était nécessaire.
On n’a pu observer aucune différence dans la qualité des graines qui proviennent d’accouplements illimités, ou limités à une durée suffisante pour que la fécondation ait lieu.
Le nombre et l’arrangement des œufs sur les surfaces planes servant à la ponte n’ont pu fournir non plus aucun indice de leur qualité.
Les croisements entre les races diverses, de toute couleur, se font sans difficulté. Les cocons qui en résultent appartiennent, les uns au type du mâle, d’autres au type de la femelle; d’autres enfin à un ou plusieurs types intermédiaires. Par exemple, en accouplant des mâles jaunes indigènes et des femelles blanc-japon, on a des cocons jaunes, des cocons blancs, et des cocons jaunepaille. Si on fait reproduire ces derniers, on a, l’année d’après, de nombreux retours aux types primitifs. Ces
DU PAPILLON
croisements, sur lesquels nous aurons à revenir plus loin, ont été surtout étudiés dans le but de créer des races très résistantes contre la flacherie.
Fécondation et développement de l’œuf. — Les
phénomènes qui ont lieu dans l’intérieur de l’œuf depuis le moment où il descend le long du tube ovarique jusqu’à celui où il est pondu, n’ont pas été tous observés dans notre Bombyx ; mais, par analogie avec ce qui se passe chez d’autres insectes, on peut s’en faire une idée assez précise, ainsi qu’il suit :
Nous avons vu que dans la chrysalide on trouve l’œuf constitué par une vésicule germinative encore entouré de matière vitelline ; une coque chitineuse, ou chorion, sécrétéeàla périphérie, entoure le tout ; cette coque ne présente qu’une ouverture située à la pointe postérieure de l’œuf, c’est-à-dire du côté tourné vers l’origine du tube ovarique : c’est par ce micropyle que les zoospermes pénétreront.
Peu de temps avant que leur introduction s’effectue, l’amas de cellules vitellines qui était logé à la région micropylienne a fini par se résoudre en matière vitelline ; en même temps la vésicule germinative s’est rapprochée peu à peu de cette région, puis elle a subi des transformations spéciales. Elle s’est fondue, pour ainsi dire, dans le vitellus de l’œuf; celui-ci a séparé alors de sa masse des cellules spéciales, appelées globules -polaires , qui, d’après M. Balbiani, formeront les corps reproducteurs du futur animal ; le reste de l’œuf a acquis ensuite un noyau central, qu’on a appelé pronucléus femelle.
La pénétration des zoospermes dans l’œuf a pour effet de former un second noyau, le pronucléus male ; la fusion
des deux pronucléus en un seul noyau constitue l’acte intime de la fécondation. C’est par conséquent au moment même de la ponte ou dans les instants suivants que ce phénomène s’accomplit.
L’œuf est devenu ainsi apte à s’organiser ; à sa périphérie se forment des cellules dont l’ensemble représente une membrane mince : la membrane du blastoderme ; au dedans, de grandes cellules remplissent cette espèce de sac: c’est la matière nutritive ou vitellus.
La membrane blastodermique a d’abord le même aspect sur toute son étendue, mais bientôt elle devient mince et lisse partout, sauf sur une portion ayant la forme de ruban ou de bandelette , et qui représente les premiers rudiments du corps de l’animal ; la partie lisse, appelée séreuse , se boursoufle tout autour de cette bandelette, et les bords de la cavité ainsi formée se rejoignent, de sorte que la bandelette se trouve enfermée sous deux membranes: 1° celle du dedans de la cavité, qu’on appelle amnios ; 2° celle du dehors, qui enclôt tout l’œuf : c’est la séreuse déjà indiquée plus haut.
Le premier signe apparent de la fécondation de l’œuf est, comme on sait, sa coloration, qui vire du jaune clair au gris cendré. Cette coloration est due au pigment des cellules de la séreuse. Quand ce pigment apparaît, on peut être sûr que la bandelette germinative est formée. Chose curieuse : chez les races de vers à soie dites annuelles , depuis ce moment jusqu’au printemps suivant, plus rien ne change dans l’état de l’œuf ; il reste tel et même, en apparence du moins, que au huitième ou dixième jour après la ponte. Il présente par conséquent, en coupe, les parties suivantes :
1° La coque, dure dans ses couches extérieures,
DU PAPILLON
et plus molle, quasi gélatineuse, dans ses couches intérieures ;
2° Une mince membranule produite par l’œuf avant même l’apparition du blastoderme ;
3° h' enveloppe séreuse , membrane à grandes cellules polygonales pourvues de pigment et de noyaux. D’après M. Selvatico, elle est sans pigment dans le Mylitta et le B. pyri;
4° L evitellus, en forme de grandes cellules sphériques ayant un ou plusieurs noyaux ;
5° La bandelette germinative , ou embryon , située à l’opposite du micropyle ; elle présente dix-sept reliefs légers, qui sont les indices des plaques musculaires.
Parthénogénèse. — Que la coloration de la séreuse et la formation de la bandelette germinative puissent avoir lieu sans que l’œuf ait subi l’influence des zoospermes, c'est ce que prétendent quelques observateurs, au nombre desquels M. de Siebold. Ils affirment même que le développement de l’œuf se poursuit, en pareil cas, jusqu’à une éclosion parfaite; en d’autres termes, il y a parthénogénèse. Mais ce fait, en le supposant exact, est à coup sûr excessivement rare chez le Bombyx du mûrier. En Italie et aussi en France, ceux qui ont essayé d’obtenir des œufs parthénogénétiques ont constamment échoué.