‹ Leçons sur le ver à soie du mûrierChapitre 88 sur 98 · II. — Maladies du Papillon · texte numérisé non relu

II. — Maladies du Papillon

Papillons muscardinés. — Aucun papillon ne peut éclore d’une chrysalide muscardinée. La muscardine n’offre donc pas de danger sérieux pour les papillons

éclos. Toutefois il ne faudrait pas les mettre en contact avec des vers muscardinés, car les sporules de ceux-ci s’attacheraient aux papillons, germeraient rapidement, et en moins de trois jours arriveraient à les tuer.

Le cadavre du papillon muscardiné devient tout blanc à l’intérieur ; on y reconnaît aisément des filaments de mycélium de Botrylis bassiana , avec des spores adhérentes aux rameaux.

Papillons pébrinés. Sélection au microscope. —

La pébrine est extrêmement fréquente chez les papillons ; ici, l’origine de la maladie remonte jusqu’à l’état de larve ; les corpuscules ingérés avec la feuille se sont multipliés dans le corps du ver, ont continué à augmenter en nombre dans la chrysalide, et enfin sont en nombre incalculable quand l’animal arrive à l’état de papillon. La PlanchelII représente l’aspeGtau microscope d’une gouttelette de la bouillie qu’on obtient en écrasant un tel papillon dans un mortier avec un peu d’eau.

Chez les sujets le plus profondément envahis, les ailes sont recroquevillées, gonflées d’ampoules de sang qui noircissent en se desséchant ; les flancs sont noirâtres ; l’accouplement et la ponte se font péniblement ou pas du tout ; parmi les œufs qu’ils pondent, un grand nombre sont corpusculeux.

Chez les sujets moins gravement malades, l’aspect extérieur ne décèle en aucune façon la présence des corpuscules parasitaires ; le microscope est pour cela indispensable. On peut obtenir des sujets de cette sorte en donnant des repas corpusculeux aux vers à la veille même de la montée ; on constate alors que beaucoup d’œufs, chez ces papillons, sont parfaitement sains ; les

maladies du papillon.

premiers œufs pondus, notamment, qui sont les plus anciennement formés, sont beaucoup moins corpusculeux que les derniers.

On a pris longtemps les corpuscules pour des éléments normaux de l’organisme des papillons. Tout papillon, croyait-on, se résolvait, en vieillissant, en ces petits corps par une espèce de dégénérescence des tissus. Cette idée fausse empêchait naturellement qu’on pût songer à rechercher des reproducteurs non corpusculeux : ainsi, en 1860, M. Cornalia déclarait impossible le choix des papillons au microscope. Cependant, en 1862, M. Cantoni eut l’idée de sélectionner les pontes des sujets non corpusculeux : les essais qu’il fit en 1864 réussirent en effet très bien ; seulement ces essais, répétés en 1865, ne correspondirent plus à ses prévisions, de sorte que l’auteur abandonna sa méthode. Avec plus d’habileté et de persévérance, M. Pasteur, précisément à cette époque, entreprit l’étude de la maladie régnante ; déprimé abord, il se convainquit que les corpuscules en étaient la cause; que, cette cause éliminée, la santé des sujets serait irréprochable ; que, par suite, la sélection des pontes des papillons non corpusculeux devait être le remède le plus radical et le plus simple qu’on pût employer. Il reprit donc, sans l’avoir connue, l’idée abandonnée par M. Cantoni, et par deux années de longues et patientes recherches il l’établit sur des bases inattaquables. Elle lui appartient donc absolument.

Que l’on fasse donc des couples de papillons bien isolés les uns des autres ; que les pontes provenant de chaque couple soient conservées, et, avec ces pontes, les cadavres des couples correspondants ; il suffira d’é-

tudier ces cadavres au microscope pour distinguer les couples malades (V. PI. III) et les couples qui sont exempts de corpuscules. Ce sont les œufs de ces derniers que l’on devra considérer comme sains, et, par suite, conserver à l’exclusion des autres. Tel est, en ce qui regarde ta pébrine , le système de sélection Pasteur.

Ce système est simple et assuré, car les manipulations qu'il exige sont à la portée de tous, et il est absolument impossible qu’aucun œuf ainsi trié contienne des germes de corpuscules.

Une seule circonstance semblerait, dans la pratique, devoir causer quelques embarras : c’est l’obligation d’enfermer chaque couple sitôt qu’il est formé, pour empêcher que les mâles ne voyagent d’une femelle à une autre. Mais on y parvient sans peine par l’usage des cellules-sachets en gaze légère. Bien plus, cette petite difficulté peut encore être évitée, grâce à une observation faite par les praticiens : c’est que l’infection du mâle ne peut exercer d’influence sur les œufs ; dès lors, l’examen microscopique et, par suite, l’isolement, pourront ne porter que sur les femelles. MM. Bellotti et Grivelli en Italie, M. de Rodez en France, ont fait à ce sujet des observations qui paraissent décisives quant à la nulle influence du mâle. M. Balbiani explique le fait par la structure de la poche copulatrice, qui est dépourvue de muscles; il faut donc que ce soient les zoospermes qui se glissent dans le conduit allant à l’oviducte : les corpuscules, étant inertes, ne peuvent effectuer ce trajet; dès lors, leur présence est indifférente.

Papillons flats. — Quand on examine les papillons d’un lot de cocons sortant d’une chambrée atteinte par

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