ACCUMULATION SUCCESSIVE DU POISON
OU s’élimine peu à peu. Toutefois, cette élimination doit être lente dans l’air vicié, et elle doit être d’autant plus lente, par suite de la loi de la diffusion, que l’atmosphère ambiante renferme plus de ce gaz délétère. Il faut donc que l’animal accumule l’oxyde de carbone dans son sang, et c’est lorsque tous ses globules en sont saturés et sont empoisonnés qu’il tombe, comme cela arriverait s’il avait perdu à peu près tout son sang. — Cependant si la saturation n’èst pas encore complète, cet animal ne meurt pas ; s’il est brusquement soustrait à l’action de ce gaz et si l’élimination peut se produire, il revient : pour que la mort arrive, il faut que les autres éléments de l’animal meurent à leur tour, et ce résultat se produit successivement pour chacun d’eux dans ce cas comme dans le cas de mort normale ou par hémorrhagie. — La mort par asphyxie par l’oxyde de carbone nous présente donc en réalité une série de symptômes bien nets, que grâce à l’emploi du spectroscope nous pouvons maintenant suivre pas à pas. Nous avons reconnu, en effet, que cet appareil permet de distinguer, soit une réduction incomplète, soit une réduction complète, soit enfin l’absence de toute réduction dans le sang, ce qui correspond à un envahissement plus ou moins complet du sang par le poison.
Ce sont ces trois caractères qui vont nous permettre de suivre avec précision l’évolution des phénomènes occasionnés par la vapeur de charbon et l’accumulation successive de l’oxyde de carbone dans le sang, ainsi que son élimination graduelle lorsque l’animal est soustrait à l’atmosphère toxique.
Lorsque l’animal tombe sous l’influence de l’oxyde de
carbone et qu’on examine immédiatement son sang au speclroscope, il paraît complètement envahi et l’on ne peut plus constater la moindre apparence de réduction par le fer réduit ou par le sulfhydrate d’ammoniaque (voy. fig. 6, p. 429). Mais faut-il en conclure que ce sang ne contient plus la moindre trace d’oxygène? Évidemment non, il faudrait s’appuyer sur des analyses chimiques exécutées avec beaucoup de soin pour le démontrer. L’oxygène diminue peu à peu dans le sang à mesure que l’oxyde de carbone s’y accumule ; il est à son minimum quaud l’animal tombe. Toutefois il en reste cependant encore, mais en quantité insuffisante pour entretenir la vie des tissus et particulièrement l’activité des éléments nerveux.
Dès que l’animal se trouve soustrait à l’atmosphère viciée et qu’il respire de l’air pur, alors les conditions d’élimination de l’oxyde de carbone sont les meilleures possibles, et l’animal revient peu à peu. Bientôt le sang, qui ne présentait aucune trace de réduction au moment où l’animal est tombé, offre au spectroscope des caractères évidents d’une réduction commençant (voy. fig. 7, p. /t57) qui s’accroît peu à peu jusqu’à ce qu’elle devienne complète.
Mais il est nécessaire que Je vous montre ici en quoi consiste ce caractère de réduction partielle. Il est probable, ainsi que je vous l’ai déjà dit, que les globules du sang sont tous atteints à la fois dans l’empoisonnement par l’oxyde de carbone, et qu’il n’en reste pas de sains à côté d’autres qui seraient complètement intoxiqués. Seulement, lorsqu’il y a une réduction incomplète, c’est que l’intoxi-