‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 105 sur 127 · C. BERNARD · texte numérisé non relu

C. BERNARD

éliminé ou transformé en acide carbonique. Mais lorsque le sang a été saturé d’oxyde de carbone, ce gaz forme avec l’hémoglobine la combinaison que je vous ai déjà signalée et qui, en raison même de sa stabilité et de l’extinction de la vitalité du globule, ne paraît plus se décomposer.

M. Pokrowski, qui a beaucoup étudié cette question dans un second mémoire (1), se demande comment ces phénomènes d’oxydation peuvent se réaliser dans, l’économie. Il admet que, lorsque l’oxygène en dissolution est combiné avec l’hémoglobine dans le sang, ce gaz, sous cet état, possède une tendance beaucoup plus grande à s’unir aux corps avec lesquels il se trouve en contact. Ce qui semblerait dire, en d’autres termes, que, dans le sang, l’oxygène existe en quelque sorte sous une forme plus active qu’à l’état gazeux (2).

Du reste, la transformation de l’oxyde de carbone en acide carbonique dans l’économie pourrait être parfaitement attribuée à une action spéciale des globules, de sorte de propriété vitale inhérente à leur constitution. Ce qui semblerait donner quelque valeur à cette idée, c’est que, lorsque les globules sont complètement saturés d’oxyde de carbone, ils paraissent, ainsi que je vous l’ai déjà dit, perdre leur propriété vitale de détruire ce gaz et, d’autre

(1) tbid., 1866, t. XXXVI, p. 482.

(2) Voici les expériences qui font penser aux chimistes que l’oxygène pourrait bien être contenu à l’état d’ozone dans les globules : « A. Schmidt a observé que si l’on place une goutte de solution concentrée d’hémoglobine sur du papier imbibé imprégné de teinture récente de gaïac, la tache rouge s’entoure d’une auréole bleuâtre. » Or l’on sait que cette même coloration est communiquée par l’ozone à la teinture de gaïac.

TRANSFORMATION DE l’oxYDE DE CARBONE. 467

part, l’hémoglobine, une fois extraite du sang, paraît perdre aussi ses propriétés oxydantes.

Malheureusement, nous ne pouvons pas suivre toutes ces modifications intimes dans le globule lui-même. Nous avons cherché si l’examen microscopique des globules pourrait offrir un moyen de différeneier les globules normaux d’avec les globules intoxiqués. Le premier examen n’a rien fait remarquer de particulier quant à . la forme des globules. Le sang normal comme le sang intoxiqué donnent tous deux des cristaux d’hémoglobine en apparence identiques.

Cependant ces hémoglobines de provenances différentes paraissent se comporter différemment au contact de l’eau. En effet, tandis que celle du sang normal se redissout toujours facilement dans l’eau, celle, que l’on retire du sang intoxiqué ne se redissout plus qu’avec beaucoup de peine. Je me borne à signaler en passant ce caractère distinctif qui mérite, je crois, quelque attention.

En résumé, le sang intoxiqué par l’oxyde de carbone peut se débarrasser de ce gaz, s’il n’en est pas absolument saturé. C’est pour cette raison que les animaux asphyxiés peuvent revenir à la vie, quand on les soustrait à temps à l’action de cette vapeur toxique. Les expériences ne sont point encore décisives relativement à l’état sous lequel l’oxyde de carbone peut être éliminé de l’organisme. Il se pourrait que, comme l’hydrogène sulfuré, par exemple, l’oxyde de carbone fut en partie détruit dans l’organisme et en partie éliminé en nalure. Des expériences ultérieures sont d’ailleurs nécessaires.

On a remarqué que la température du eorps qui baisse au commencement de l’action de l’oxyde de carbone, va ensuite en croissant à mesure que ce gaz s’élimine et que l’animal rCvient à la vie. C’est ce fait qui porte M. Pokrowski à admettre que l’élimination de l’oxyde de carbone est accompagnée d’une vraie combustion qui transforme l’oxyde de carbone en acide carbonique en engendrant de la chaleur.

L’étude de la chaleur animale dans ses rapports avec les phénomènes d’asphyxie nous présente du reste un grand intérêt, et c’est une question sur laquelle nous devons nous arrêter, car elle complétera à un nouveau point de vue l’analyse de l’intoxication par l’oxyde de carbone, et elle nous amènera à quelques conclusions pratiques relatives au traitement à opposer à cette intoxication.

L’asphyxie peut être définie : la cessation de la fonction respiratoire et l’ensemble des phénomènes qui lui succèdent. Et comme cette fonction respiratoire revient à un échange de gaz dont l’agent principal est, en dernière analyse, le globule rouge du sang, on peut dire que l’asphyxie consiste dans la cessation- des fonctions du globule sanguin. Celui-ci cessera son rôle, si au lieu de se trouver: en présence du milieu atmosphérique avec lequel il est en relation d’échange habit uel, il se trouve en présence d’un milieu inerte ou toxique. Aussi peut-on distinguer deux sortes d’asphyxies :

L’asphyxie par intoxication, produite par les gaz per-, nicieux, toxiques, tels que l’oxyde de carbone ;c

L’asphyxie par simple privation de l’air respirable.

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