‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 106 sur 127 · INFLUENCE SUR LA CALORIFICATION · texte numérisé non relu

INFLUENCE SUR LA CALORIFICATION

comme cela a lieu dans la submersion, la strangulation, le séjour dans quelque gaz inerte et inoffensif comme l’azote ou l’hydrogène.

. Ces deux cas doivent être examinés séparément. Ils influent sur l’état calorifique du sujet d’une manière tout à fait différente.

L’asphyxie' par privation d’air peut être réalisée expérimentalement, soit en opérant comme Bichat, à l’aide d’un robinet placé sur la trachée de l’animal, soit en liant ce conduit, soit enfin en paralysant les mouvements respiratoires, comme cela a lieu à l’aide du curare, et en empêchant ainsi le renouvellement de l’air dans les poumons.

C’est à ce dernier procédé que nous avons eu recours pour l’animal qui est ici sous vos yeux.

Voici un chien étendu sans mouvement dans la gouttière à expérience. On lui a fait une injection de curare assez forte pour l’immobiliser complètement, membres et thorax; il serait asphyxié maintenant, si l’on n’avait eu soin d’entretenir chez lui la respiration, à l’aide du moteur que vous connaissez. 11 respire donc, grâce à cet artifice; et, sauf la faculté de se mouvoir qui lui est interdite, il possède tous les attributs de la vie et de la santés Ses organes fonctionnent comme à l’ordinaire. Maintenant nous mettons à nu l’artère et la veine crurale, et vous voyez le sang de l’artère avec sa couleur rutilante habituelle, et le sang de la veine plus foncé. En pénétrant plus profondément, nous verrions les sécrétions persister sans aucun trouble, l’urine et la bile cheminer dans leurs conduits, et les matières de l’intestin suivre leur cours.

Mais nous sommes maîtres de la respiration : nous pouvons la suspendre à notre gré. Il nous suffit d’agir sur la machine à souffler et d’en interrompre le jeu. Vous voyez l’effet de cette interruption. Le sang de l’artère, tout à l’heure coloré en rouge, devient noir comme celui de la veine. Si nous rétablissons la respiration artificielle, la coloration rouge reparaît. Nous pouvons ainsi renouveler autant que nous voudrons ces alternatives, produire ou faire cesser l’asphyxie. Nous devons faire ici une remarque, c’est que chez ce chien curarisé, qui est déjà un peu refroidi, le changement de couleur du sang ne survient pas aussi rapidement que chez un chien dans les conditions ordinaires de la vie. La coloration noire du sang artériel est plus longtemps à se produire. C’est ce qui arrive d’ailleurs chez les animaux à sang froid ou sur des animaux à sang chaud refroidis. Chez eux l’asphyxie se montre naturellement plus lente et plus difficile. Nous verrons dans un instant que la lenteur avec laquelle se produit le changement de couleur du sang, chez l’animal curarisé, tient aussi à l’absence de contractions musculaires.

Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement en ce moment, c’est de connaître les modifications calorifiques dont l’asphyxie s’accompagne. Nous allons voir qu’il y a élévation de température, élévation passagère, non immédiate,, mais constante néanmoins, et caractéristique du mode d’asphyxie que nous employons.

Lorsqu’on prend un animal, mammifère ou oiseau, et qu’on l’asphyxie rapidement par strangulation ou par ligature de la trachée, on constate, en prenant là tempe-'

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rature dans le rectum, que la température monte pendant tout le temps que dure l’asphyxie et quelle baisse après la mort. Ce fait a été constaté depuis longtemps par beaucoup d’observateurs. M. Brown-Séquard en a fait l’objet d’une étude spéciale. Voici des résultats d’expériences, sur des pigeons, sur des chiens et sur des lapins :

Pigeon. — Premihe expérience.

Avant l’asphyxie, la température du cloaque est de. . 43°, 1

Trois minutes après la ligature de la trachée . 43°, 2

Trois minutes et demie . 43", 3

Cinq minutes et demie . . . 4 3°, 9

Deuxième expérience.

Avant l’asphyxie (cloaque) . 43°,4

Après cinq minutes (mort). . 44°, 7

Après dix minutes. . . . . . 43",3

On voit que la température qui a notablement monté pendant les cinq premières minutes subit ensuite une dépression, conséquence naturelle de la mort qui envahit les tissus. .

Chien; — Troisième expérience.

Température primitive (rectum) . 40°,2

Après quatre minutes et demie d’asphyxie . 41°, 7

Lapin. — Quatrième expérience.

Température primitive (rectum) . 35°

Après trois minutes d’asphyxie . 37°

Les mesures thermométriques n’ont pas porté sur un point seulement, sur le rectum. Pour le chien de la troisième expérience, on avait également noté la température d’une des pattes dans l’intervalle des phalanges. Avant

l’asphyxie on trouvait 24°, 5; cinq minutes après, 31”, 03. L’élévation, on le voit, est générale, à la périphérie du corps comme dans les organes internes.

Dans une série de recherches que j’ai faites, je me suis proposé de pénétrer plus profondément afin de connaître directement la température du sang artériel et du sang veineux. La question se posait naturellement, il y avait intérêt à savoir si les changements introduits dans la coloration du sang par l’asphyxie s’accompagnaient de changements analogues dans la distribution calorifique.

L’expérience a d’abord été faite sur un chien, dont on gênait la respiration en comprimant et en bouchant les narines. Un thermomètre introduit par la carotide était placé dans l’aorte thoracique ou dans le tronc artériel brachio -céphalique, suivant les cas.

Voici le tableau de l’expérience :

Température du sang artériel.

Respiration libre . . 39°, 4

^ — gênée (asphyxie) . 40°, 0

— laissée libre . 39°, 3

— de nouveau gênée (asphyxie) . 39°, 6

— ^ laissée libre . 39°, 1

3‘*, 46', narines bouchées, abaissement subit . 39°, 0

3 46' 1/2, asphyxié continue, élévation . 39°,3

3 47', respiration laissée libre, élévation continue. 39°,4

3 48', respiration libre^ haletante, abaissement. . . 38°,8

3 49', respiration toujours libre . . . 38°, 6

Analysons maintenant les résultats précédents.

Avant toute manoeuvre qui compromît la fonction respiratoire, on obtenait 39”, 4. En interceptant alors les voies à l’air de la respiration , on voyait se produire le fait noté ci-dessus : la température s’élevait. Seule-

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