RESPIRATION ET CALORIFICATION
phénomènes chimiques exagérés, et par suite à la calorification.
La production de chaleur qui s’observe dans les premiers moments de l’asphyxie répond donc, dans ce cas comme dans tous les autres, à la production de phénomènes chimiques. La température s’élève parce que les combustions s’exagèrent par suite des conditions mêmes de l’asphyxie qui détermine des mouvements convulsifs, autre source de chaleur.
11 s’agit maintenant de préciser les parties de l’organisme où l’activité chimique s’exalte, car elle ne s’exalte certainement pas partout. L’observation a prouvé, en effet, que les sécrétions s’arrêtent presque instantanément ; or, on sait que l’activité sécrétoire est la condition qui règle la production de chaleur dans les glandes. Ainsi, le système glandulaire tombe au repos et cesse d’apporter à la calorification générale son contingent, d’ordinaire considérable.
Dans quel tissu trouverons-nous une source de chaleur capable de compenser et de couvrir ces pertes? Dans le tissu musculaire.
Le sang qui sort des muscles est très-noir : il a subi à un haut degré la transformation du sang artériel en sang veineux, la veinosité. Cette transformation plus complète s’explique par le ralentissement du cours du sang qui signale le commencement de la période asphyxique : les battements cardiaques deviennent moins rapides, l’ondée sanguine perd de sa vitesse et reste ainsi en contact plus prolongé avec les parties intimes des tissus. La veinosité s’exagère. Or, les phénomènes chimiques qui
accompagnent ce passage du sang artériel en sang veineux sont précisément les véritables sources du calorique animal. Et ce fait général est facile à constater dans le cas présent : il suffit de faire pénétrer le thermomètre dans une veine musculaire ; en cessant la respiration artificielle, on verra les premiers symptômes de l’asphyxie apparaître, et la colonne thermométrique s’élever brusquement.
Mais si l’on prolonge l’épreuve, la réserve d’oxygène une fois épuisée, toute nouvelle combustion deviendra impossible. Le sang sera sensiblement identique à son entrée dans le muscle et à sa sortie : aucune création de calorique ne viendra compenser les déperditions incessantes, et la température baissera, cette fois, d’une façon définitive.
D’après cela, la cause principale de l’asphyxie et de la production de chaleur qui l’accompagne, résiderait dans le système musculaire. C’est lui qui épuiserait à peu près instantanément la provision d’oxygène en réserve dans le sang et le rendrait impropre à toute combustion ultérieure, et c’est peut-être pour cela aussi que les chiens curarisés sont asphyxiés beaucoup plus lentement.
Cherchons maintenant ce que l’asphyxie va produire au point de vue calorifique sur le chien curarisé que nous avons sous les yeux. Il respire très-bien par le moyen de J’appareil à respiration artificielle, le sang est rouge dans les artères. Nous suspendons la respiration artificielle et voilà le chien qui s’asphyxie. On a introduit un thermomètre dans le cœur droit afin de voir les modifications de température qui vont survenir.