‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 110 sur 127 · SON TRAITEMENT RATIONNEL · texte numérisé non relu

SON TRAITEMENT RATIONNEL

ble bande spectroscopique irréductible, dans le cas de l’oxyde de carbone.

Cette observation symptomatique permet de préjuger quels seront les signes de l’asphyxie mixte, due à la fois aux deux gaz. Ces signes seront dans le sens de l’action la plus énergique. On voit donc que suivant les proportions relatives des deux gaz, l’asphyxie pourra affecter des formes tout opposées, manifestant dans un cas les symptômes de l’asphyxie carbonique, dans un autre, les symptômes de l’asphyxie oxycarbonée. Ainsi s’expliquent les résultats discordants trouvés par les premiers observateurs.

Après avoir indiqué d’une manière générale la cause physiologique de la mort dans l’asphyxie par le charbon, il nous resterait maintenant à en poursuivre l’étude dans tous ses détails, afin d’en déduire finalement le traitement rationnel que l’on devra faire suivre toutes les fois qu’on aura été appelé à temps près des asphyxiés. La médecine rationnelle sera bien entendu l’œuvre du temps ; nous ne pouvons pour le moment que signaler la direction dans laquelle les recherches doivent être faites pour atteindre ce but.

Or, pour pouvoir instituer un traitement rationnel, il est indispensable de connaître l’élément organique atteint, car c’est sur lui que devra être dirigée l’action thérapeutique. Toutefois, avant d’en être arrivé là, on peut trouver par tâtonnement des traitements empiriques plus ou moins utiles; mais ils n’éclaireront vraiment la médecine et ne constitueront une thérapeutique scientifique que lorsque la physiologie pourra expliquer leur mode d’action.

Pour le cas qui nous occupe, nous savons que c’est sur le sang qu’agit la vapeur de charbon. Nous connaissons le mécanisme de son action et nous savons qu’il occasionne la mort par élimination et par privation d’oxygène, en éteignant dans les globules leur propriété absorbante pour ce gaz. L’indication à remplir est donc de fournir l’oxygène qui manque, de chercher à régénérer le sang et de faire que les globules qui ne sont pas encore complètement morts puissent de nouveau absorber l’oxygène de l’air et le porter dans l’organisme.

Rappelons encore ici en quelques mots les principaux phénomènes qui accompagnent ordinairement l’asphyxie.

L’animal tombe d’abord, puis il reste un certain temps sans connaissance : il est insensible'et a perdu toute conscience. Les mêmes phénomènes se constatent chez l’homme, et l’on constate aussi la disparition de la conscience et de la sensibilité dès les premiers moments- de l’asphyxie. On a vu souvent des individus assoupis devant le brasier qu’ils avaient allumé pour s’asphyxier, tomber au milieu des charbons ardents et subir de profondes brûlures sans pousser le moindre cri. Dans cette première période de l’asphyxie, les globules sanguins ne sont point encore complètement paralysés, et si l’individu est soustrait à temps à la vapeur méphitique, ces globules peuvent peu à peu reprendre leurs fonctions. Cependant si l’influence asphyxique se prolonge, les mouvements respira^ toires deviennent de plus en plus rares et finissent par cesser tout à fait, alors les globules sanguins sont complètement intoxiqués.

Le traitement, pour s’adapter à ces différents cas, doit

TRAITEMENT

nécessairement varier selon que l’asphyxie est plus ou moins avancée. Ce que nous allons dire s’appliquera aussi bien aux animaux qu’à l’homme.

Au moment où l’homme tombe, s’il est possible de le soustraire immédiatement à l’action délétère de la vapeur de charbon, et de le transporter en plein air, il suffit de lui jeter un peu d’eau, et de le rafraîchir au moyen de boissons froides. Ce traitement était préconisé par Portai. Dans ces cas d’intoxication au début, les individus reviennent assez vite à la vie. Mais quand l’homme ou l’animal, après être tombés, restent longtemps, — quelques heures, par exemple, — dans le milieu vicié où ils se trouvent et où ils n’ont pu respirer que péniblement, il se produit des altérations secondaires, telles que lésions ou ruptures dans les poumons, déjà observées par Troja et signalées par lui comme caractéristiques de l’asphyxie, tandis qu’elles n’en sont qu’une conséquence accidentelle. Dans ce second cas comme dans le premier, il faut encore soustraire les individus à l’air vicié et leur faire respirer le plus possible d’air pur; mais on peut voir les individus mourir ultérieurement par suite de pneumonies ou autres affections locales accidentelles. Ils meurent donc en réalité des conséquences de l’empoisonnement et non du poison luimême.

Lorsque la respiration a complètement cessé chez l’animal ou l’individu intoxiqués, c’est le cas le plus grave : il faut chercher à tout prix à ranimer les mouvements respiratoires, car un arrêt un peu prolongé de la respiration est une cause certaine de mort. Dans ce cas, beaucoup de moyens ont été proposés. On peut d’abord chercher à

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