‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 111 sur 127 · C. BERNARD · texte numérisé non relu

C. BERNARD

ÀàPHYXIE.

réveiller la sensibilité de l’animal et à rétablir sa respiration ■par des moyens -mécaniques.

Portai avait beaucoup insisté sur l’action de l’air frais sur la peau pouf exciter la respiration, comme on peut l’observer chez l’enfant qui vient de naître. Cette action toute périphérique agit par effet réflexe sur le ccetir et le poumOfi; elle peut finir par rétablir la respiration et la circulation. Si l’on réussit à faire revenir les mouvèihënts respiratoires, lès animaux peuvent être sauves et revenir à la vie.

LOrsqûè l’action de l’air pur et de l’eau froide fëSte insuffisante, certains praticiens ont préconisé l’emploi du fer rougè, e’èst-à-dire la cautérisation. A quel endroit doit-on de préférence appliquer la cautérisation ou l’électrisation? On a parlé de la plante des pieds : mais Ce n’e^ pas encore le point le plus favorable. Le lieu d’élection est celui où les nerfs restant plus longtemps impression^ nables peuvent réagir plus directement sur les mouvè^ mènts respiratoires. A ce titre, les troncs et les rameaux sensitifs du plexus cervico-brachial, un peu en dessotts des clavicules, paraissent devoir être choisis de préférence.

Voilà en résumé les premiers moyens qu’on doit mettre ën usage. Mais s’ils ne réussissaient pas, ou s’il èst déjà trop tard pour en espérer de bons résultats, il faut recourir à d’autres procédés que nous allons maintenant examiner.

Il faudra d’abord chercher à s’assurer si le cœur bat toujours ou du moins s’il existe encore quelque frémisse-^ ment; on essayerait alors la respiration artificielle. Sous cette influence, on peut voir le cœur se réveiller el la

TRAITEMENT

respiration se rétablir lentement. Ce moyen peut réussir dans certains cas ; mais il demande à être employé avec ?beaucoup;de ménagement. En effet, si l’on faisait pénétrer de trop grandes quantités d’air dans les poumons, il ipourrait en résulter des déchirures dont les suites' ne baisseraient pas que d’avoir beaucoup de gravité dans le cas où l’individu reviendrait. On ;peut faire la respiration artificielle avec l’air ordinaire, ou en remplaçant l’air par de l’oxygène pur. Ce dernier procédé est indiqué théoriquement, puisque ce n’est que l’oxygène qu’on cherche à introduire dans le sang. II a du reste reçu l’assentiment de l’expérience’; on l’a employé quelquefois et il a été oouronné de succès : on enoite quelques exemples.

Un autre moyen plus énergique que le précédent, mais qui a été employé, lui aussi, quelquefois, c’est la transfusion. Elle doit s’appliquer aux cas dans lesquels les globules, complètement intoxiqués, ne peuvent pas se révi- Tifîer par la respiration artificielle. Il faut alors modifier le sang en remplaçant les globules inertes par des globules actifs et vivants.

La transfusion n’a plus aujourd’hui toute l’action qu’on ^ lui prêtait lors de sa découverte. On croyait alors qu’il était possible, en transfusant du sang d’un animal à un autre, de lui communiquer en même temps le caractère de l’animal qui avait fourni le sang. C’est ainsi qu’on avait cru un moment pouvoir rajeunir un vieillard en lui trans^ fusant le sang d’un enfant, rendre doux un animal féroce enfui transfusant le sang d’un mouton, etc. Nous- savons maintenant que le sang se renouvelle continuellement aussi bien chez le vieillard que chez l’enfant. Le globule

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est un élément histologique doué de sa vie propre et qui renaît sans cesse dans l’économie.

La saignée simple qu’on pratiquait beaucoup autrefois coptre l’asphyxie est, au point de vue théorique, une mauvaise chose dans l’asphyxie par le charbon, car on soustrait des globules sanguins à un organisme qui les a déjà en partie perdus. Mais si, en même temps qu’on enlève une partie du sang intoxiqué, on restitue une certaine quantité de sang oxygéné, il est certain que la physiologie est en faveur de cette pratique. En effet, M. Pokrowski a vu que le sang intoxiqué se régénère plus vite au contact d’une certaine proportion de sang oxygéné. La transfusion aurait donc de cette façon un double but : rendre de l’oxygène au sang et favoriser la transformation du sang intoxiqué en sang normal.

Chez les animaux, la transfusion réussit très-bien. Chez l’homme on l’a mise quelquefois en pratique, et l’on a obtenu des succès et des insuccès. Elle offre du reste encore de grandes difficultés pratiques. Toutefois, dans ces derniers temps, on s’est beaucoup occupé de perfectionner les procédés de transfusion (voy. Moncoq, Transfusion instantanée du sa7\g, 1874).

Théoriquement ce moyen de la transfusion paraît excellent ; on ne doit cependant l’employer que dans des cas extrêmes, et quand tous les autres moyens déjà cités seront restés sans succès. En ce cas seulement, il n’est pas téméraire de tenter la transfusion. Il est vrai qu’en l’employant dans des cas désespérés, on a peu de chance d’en obtenir de bons résultats. Mais il existe une limite à laquelle on doit pouvoir recourir à ce moyen. Quelle

TRAITEMENT

est-elle ? On ne la connaît pas bien encore, car il est difficile de dire à quel moment la mort est irrémissible. Tant qu’un signe incontestable de la possibilité de rappeler un animal à la vie ne nous sera pas donné, nous ne pourrons nous prononcer avec certitude sur l’emploi de la transfusion dans l’asphyxie.

Il nous a paru que l’élimination de l’oxyde de carbone, ou sa transformation en acide carbonique, était favorisée par le contact des tissus, particulièrement du muscle, et surtout du muscle à l’état d’activité. 11 serait donc très-utile d’exciter des troncs nerveux non-seulement pour déterminer des actions réflexes, mais il faudrait produire aussi énergiquement que possible les contractions musculaires, soit par rélectricité, soit en faisant accomplir au sujet des mouvements et un exercice volontaire dès que ces mouvements seront devenus possibles. On favorisera ainsi l’élimination des dernières traces du gaz toxique.

Je dois me borner à ces quelques indications sur le traitement de l’asphyxie. Ce sujet nous amène à quelques considérations théoriques etprâtiques par lesquelles nous terminerons le cours de ces leçons, je veux parler de l’emploi de l’oxyde de carbone comme procédé d’analyse du gaz du sang, et principalement du sang veineux des divers organes étudiés comparativement dans leurs diverses périodes d’activité et de repos.

HUITIÈME LEÇON

SOMMAIRE : Sang veineux et sang artériel. — Emploi de Uoxyde de carbone pour ranalyse des gaz da sang. — Usage de la pompe à mercure. - Avautages de l’emploi de l’oxyde de carbone. — Sang veineux des divers organes à leurs différentes périodes de repos ou d’activité, — Quelques mots sur le siège des combustions organiques et sur les sources de la chaleur animale : analyses du sang^

Messieurs,,

C’est seulement vers le premier quart de ce siêcîe qne l’on voit formuler le principe suivant : le sang arfériel est toujours identique avec lui-m-ême, quel que soit le lieu de sa provenance,' quant au sang veineux, il diffère suivant les organes d’où on l’a extrait.

C’ est là un fait maintenant hors de doute, et sur lequel nous n’aurons pas à revenir. Nous en avons fait ressortir l’importance dans notre première leçon et nous avons montré combien étaient complexes toutes les questions relatives à l’analyse du sang.

Le sang veineux diffère non-seulement d’après les organes qu’il a traversés, mais encore d’après les divers états de ces organes. Suivant que l’organe est en fonction ou en repos, on trouve autant d’états divers du sang veineux, autant de modifications dans sa composition chimique.

Au fond, qu’est-ce que le sang artériel ? Ce n’est autre

ANALYSES DU SANG

que le sang veineux des. poumoi^. Il n’y a donc ça réalité qu’un seul png dans l’économie, se inodiiaQt suivant les organes qu’il a desservis et traversés, et suir. vant leurs états différents. En effet, si le pounion çst malade on ne remplit pas ses fonctions, le sang artçri^ qui en sort reste noir comme à son entrée dans çet organe, Dans ce cas, le sang artériel peut donç ne pas être toujours identique avec lui-même. Chaque système organique possède un sang particulier qui lui est propre, parce que chaque organe modifie le sang à sa manière. Cette étude est donc très- complexe. Nous n’en-, trerons; pas ici dans les détails d’une analyse complète du sang; nous nous hornerons à l’étude des gaz qu’il eontient.

Les gaz sont à l’état de dissolution dans le sang.. Ce liquide peut contenir jusqu’à 50 pour 100 d’acide, carbonique dans sa composition ; les limites extrêmes de l’oxygène dissous dans le sang sont à peu près les mêmes que dans l’air ; de 20 à 25 pour 100 ; quant à l’azote, il existe en faible proportion, on n’en trouve guère plus de 6 à 8 volumes sur 100 volumes de sang. Mais les proportions de ces gaz subissent parfois des variations considérables. Ainsi, le sang peut arriver à ne plus contenir d’oxygène et à ne renfermer que de l’acide carbonique et de l’azote. Toutefois, à l’état normal, il y a toujours plus d’oxygène dans le sang artériel que dans le sang veineux.

Lorsqu’on cherche à asphyxier un animal, soit en liant la trachée, soit par submersion, il ne meurt pas instantanément. Au moment où l’on empêche l’air de pénétrer

dans les poumons, il existe encore une certaine quantité d’oxygène en dissolution dans le sang ; ce gaz se détruit bientôt, dans les convulsions asphyxiques de l’animal, et celui-ci ne meurt qu’après avoir épuisé tout l’oxygène en réserve dans son sang. Si, après la mort produite dans ces conditions, on fait l’analyse des gaz contenus dans le sang, on ne trouve plus d’oxygène, mais de l’acide carbonique en beaucoup plus grande quantité qu’à l’état normal.

L’oxygène contenu dans le sang est donc incessamment détruit et constamment remplacé dans l’acte de la respiration. Voilà pourquoi les proportions de l’oxygène et de l’acide carbonique contenus dans ce liquide doivent être sujettes à des variations continuelles.

La première fois que Je fis l’expérience de l’intoxication du sang par l’oxyde de carbone, et que je me rendis compte de ce phénomène, il me vint immédiatement à l’idée que cette propriété de déplacer l’oxygène dont jouit l’oxyde de carbone pourrait servir de moyen d’analyse précieux dans la question délicate et controversée de l’extraction des gaz du sang.

J’ai émis, en effet, depuis bien longtemps, l’opinion que tous les poisons doivent devenir, entre les mains du physiologiste, des moyens de recherches ou des instruments pour étudier les fonctions des éléments, isoler leurs propriétés, dans le but de résoudre certains problèmes, qui parfois peuvent être de la plus haute utilité pour la science. Tout poison, en réalité, est un véritable réactif de la vie, un modificateur spécial, puisqu’il agit exclusivement sur tel ou tel tissu, sur tel ou tel élément histolo-

ANALYSES DU SANG

gique. Il constitue un mode d’expérimentation infiniment moins brutal et plus commode que nos méthodes ordinaires, que nos vivisections qui, par les délabrements' profonds produits dans l’être vivant, par les hémorrhagies inévitables, par la douleur, compliquent nécessairement les phénomènes que l’on veut étudier, et introduisent dans l’expérience des complications qui peuvent masquer plus ou moins et gêner l’observation. En un mot, les poisons sont pour nous les moyens d’analyse physiologique les plus délicats et les plus précieux que nous connaissions (i).

Pour en revenir à l’extraction de l’oxygène du sang, j’ajouterai qu’à l’époque ou j’ai fait mes premières observations, les méthodes d’analyse des gaz du sang n’étaient pas perfectionnées comme elles le sont maintenant, et l’oxyde de carbone pouvait être d’un grand succès pour élucider cette question de physiologie chimique. L’étude de cette question ne remonte pas bien loin ; on sait, en effet, que la chimie des gaz n’est pas très-ancienne, et elle ne pouvait la précéder. Le premier travail scientifique sérieux publié sur l’analyse des gaz du sang fut celui de Magnus, de Berlin (2), qui arrivait à conclure, ce qu’on admet encore aujourd’hui en général, à savoir que le sang artériel contient plus d’oxygène que le sang veineux, et que celui-ci contient plus d’acide carbonique que le sang artériel. Choqué cependant des légères différences

(1) Voyez mes Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses ^

(2) L. Magnus, Ueber die ein Blute entkaltenen Gaze {Paggendorffs Ânnalen, 1837, trad. in Ann. des sc. nat, zool., 1837, 2® sér., t. VIII, p. 79).

que présentaient les; analyses de Magnus, Gay-Lussaç attaqua, critiqua ses recherches à TAcadémie des sciences de Paris, et, de concert avec Magendie, ils résolurent de reprendre les expériences de Magnus, mais le peu de temps dont ils disposaient ne leur permit pas de mettre ce projet à exécution. J’étais alors assistant de Magendie, et, d’après diverses expériences commencées, j’avaiS' vu que les procédés de Magnus étaient en effet attaquables, non pas comme méthode, car elle était très-bien conçue par l’éminent physicien de Berlin, mais à cause de la nature complexe du sujet même de l’expérience. Je vis entre autres deux faits importants, le premier, c’est que du sang donnait de l’acide carbonique d’uné manière en quelque sorte indéfinie. En faisant passer, par exemple, un courant d’hydrogène dans du sang, on déplace les gaz du sang, et au bout d’un certain temps, on ne déplace plus rien, et le gaz hydrogène passe sans rien entraîner. Mais si on laisse le sang en repos pendant vingt-quatre heures, restant, bien entendu, toujours en contact avec de l’hy-drogène, et si, alors, on fait repasser le courant gazeux hydrogéné, on déplace de l’acide carbonique pendant un certain temps et le lendemain encore, et ainsi plusieurs jours de suite. Maintenant, quant au procédé de Magnus, voici en quoi il était attaquable : Pour extraire les gaz du sang, il soumettait ce liquide à l’action d’une machine pneumatique. Les gaz s’échappaient en effet ; mais en s’échappant, ils produisaient une telle quantité de mousse qu’il était impossible de déterminer immédiatement leur volume. Il fallait attendre que cette mousse se fût affaissée, c’est-à-dire vingt-quatre heures au moins. Mais, pendant

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