‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 26 sur 127 · SENSIBILITÉ DU CHLOROFORME · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ DU CHLOROFORME

mettre ce chien. La sensibilité des lapins au chloroforme permet de les anesthésier par un procédé extrêmement simple. On se contente de les placer sous une cloche, ou dans un vase quelconque, facile à clore, de manière à former une atmosphère confinée : on y met en même temps de petites éponges ou même des morceaux de papier imbibés de chloroforme. Quand on voit l’animal tomber, on enlève la cloche, et l’insensibilité persiste assez longtemps pour qu’on puisse faire les vivisections nécessaires dans la plupart des cas. Au besoin, on continue l’action plus longtemps, ou on la renouvelle avant que ses effets aient complètement disparu.

Le rat est encore plus sensible que le lapin à l’action du chloroforme. On emploie le même procédé pour l’anesthésier.

Enfin, chez les oiseaux, l’aneslhésie arrive avec une rapidité extrêmement grande, et il suffit, pour la produire, d’une très-petite quantité de chloroforme ; il faut même agir avec beaucoup de précaution pour ne pas exagérer la dose et tuer l’animal. Mais, par contre, cette anesthésie se dissipe aussi fort vite. En général, plus un animal est prompt à ressentir les effets du chloroforme, plus il est prompt aussi à en sortir.

C’est que, en dehors de la susceptibilité- plus ou moins grande que le système nerveux de tel ou tel animal présente relativement à l’action des anesthésiques, il faut encore tenir compte, pour expliquer l’action plus ou moins rapide de ces agents, de l’activité de la circulation et de la respiration des divers animaux. Nous verrons bientôt que les anesthésiques sont portés par le sang vers les centres

5o c ANESTHÉSIQUES.

nerveux : plus la circulation est rapide, plus promptement ces centres sont atteints par les anesthésiques ; mais plus promptement aussi en sont-ils débarrassés par le courant circulatoire et par l’exhalation pulmonaire. Les oiseaux sont, de tous les animaux, ceux qui présentent la plus grande activité dans les actes fonctionnels : ce sont eux qui succombent le plus rapidement à l’asphyxie; ce sont eux aussi qui cèdent le plus rapidement à l’action des anesthésiques et qui, lorsqu’on cesse l’administration de ces agents, les éliminent le plus rapidement par la surface pulmonaire.

La perte de la sensibilité sous l’influence du chloroforme suit une marche que nous étudierons plus tard. Mais nous . pouvons indiquer, comme signe pratique pour reconnaître [I l’anesthésie, que, de tous les organes, c’est la conjonctive b qui conserve la dernière sa sensibilité; les parties qui la perdent immédiatement avant la conjonctive sont celles où se distribuent les nerfs de la cinquième paire. Quand la sensibilité reparaît, elle suit un ordre inverse, c’est-à-dire que c’est la conjonctive qui la recouvre la première.

Quant aux grenouilles, elles se prêtent si facilement à toutes les opérations physiologiques, qu’on a rarement besoin de les anesthésier. Cependant cela peut arriver. Il est facile de leur appliquer le procédé que nous venons d’employer pour les lapins^ les rats, les oiseaux, c’est-àdire de les exposer sous une cloche aux vapeurs de chloroforme. Mais comme ces animaux sont petits et sensibles à l’anesthésie, l’action marche très- vite, et il est difficile de l’arrêter à temps. En employant ce procédé, on tue presque' toujours les grenouilles. Les grenouilles qui pé-

rissent ainsi présentent une rigidité très-grande de tous leurs membres, qui est fort remarquable et qu’on a étudiée sous le nom de rigidité chloroformique.

Pour anesthésier les grenouilles sans les tuer, quand il faut seulement les conserver quelque temps immobiles, j’ai recours à un autre moyen. Au lieu de les exposer aux vapeurs du chloroforme lui-même, j’emplpie une solution dej’agent anesthésique dans l’eau. Cette solution saturée peut encore être allongée d’eau pure en proportions diverses, suivant les exigences de chaque cas ; c’est ainsi que la solution avec laquelle nous allons opérer a été mélangée d’un égal volume d’eau pure.

Le liquide ainsi préparé, on se borne à y jeter les grenouilles, qui sont ainsi complètement enveloppées par l’influence anesthésique et qui l’absorbent de toutes parts. On les retire quand on voit leurs membres s’arrêter et devenir immobiles.

Au lieu de les jeter dans l’eau anesthésique, on peut aussi en injecter une certaine quantité sous la peau .

Voici quelques expériences qui vous indiqueront la durée de l’anesthésie chez la grenouille, suivant le procédé employé :

I. Anesthésie par injection sous-cutanée d’éther ou de chloroforme.

1“ Chloroforme. — Une grenouille rousse reçoit sous la peau du dos un centimètre cube de solution saturée de chloroforme L’anesthésie arrive au bout de cinq minutes; elle dure une heure cinquante-cinq minutes, et le retour complet à l’état normal se pfoduit au bout de deux heures cinq minutes.

2° Une grenouille rousse reçoit sous la peau du dos 2 centimètres cubes de solution d’éther au vingtième (t^). L’anesthésie arrive au bout de dix minutes et dure trente minutes ; le retour complet à l’état noraial a lieu après trente-cinq minutes.

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