C. BERNARD
2“ Le tissu cellulaire et les veines ;
3" La surface pulmonaire.
Il est évident que nous nous plaçons ici au point de vue de la physiologie expérimentale et de la thérapeutique ; car dans les conditions normales, il n’y aurait réellement que deux surfaces absorbantes, la surface respiratoire pour les gaz, et la surface de la membrane muqueuse digestive pour les substances liquides ou dissoutes. Les accidénts (morsures, piqûres), les tentatives thérapeutiques, les expériences physiologiques mettent tous les jours en jeu l’absorption qui peut se produire après pénétration dans les tissus, et notamment dans le tissu cellulaire sous-cutané, ainsi que l’introduction directe dans les veines.
Absorption gastro-intestinale. — Rien n’est plus infidèle que l’absorption par la surface gastro-intestinale : selon que l’animal sera à jeun, ou qu’il viendra de faire un abondant repas, les liquides introduits dans l’estomac seront rapidement ou lentement absorbés.
surface du tube digestif est moins absorbante pour les poisons pendant la digestion, ce qui paraît assez singï lier au premier abord, puisque pendant ce temps les vaisseaux des organes sont turgescents. Mais il s’effectue alors une sorte de mouvement de transport des vaisseaux aux organes abdominaux, dans le but de fournir abondamment tous les sucs nécessaires à la digestion. Or, ce mouvement contrarie le phénomène d’osmose en ' sens inverse, nécessaire pour l’absorption. C’est ainsi que si l’on excite la sécrétion d’une glande, lorsqu’on injecte de la strychnine dans cette glande^ ce poison n’est
ABSORPTION PAR l’iNTESTIN.
pas absorbé; tandis qu’en dehors de la sécrétion, la stry- ' chnine, injectée dans la glande, tue rapidement. En temps de digestion, la lenteur de l’absorption parle canal alimentaire explique pourquoi un certain nombre de substances très-toxiques, avalées pendant cet état, ne manifestent point leur effet ; c’est ainsi que le curare peut être avalé impunément pendant la digestion , tandis qu’à jeun il occa- ^bnne^^és accidents quand la dose est assez forte. Il y a 75ufrê“ cela, pendant période de digestion, un autre phénomène qui diminue l’activité des substances in gérées, c’est leur dilution dans une grande quantité de liquide. Or, la même dose médicamenteuse, dissoute dans une petite quantité de liquide, est plus active que quand sa solution est très-étendue, parce que dans un même temps elle passe en plus grande proportion dans le sang. C’est ainsi que la quantité d’alcool nécessaire pour enivrer une personne restera sans effet quand elle est prise étendue dans une très-grande quantité d.’eau. Ces faits sont trop connus, pour que nous ayons besoin d’y insister ici.
En résumé, on ne peut donc savoir, lorsqu’on introduit une substance dans l’estomac, si elle pénétrera toute dans le sang. D’ailleurs, cette quantité même n’est pas la seule donnée du problème; il faudrait savoir en combien de temps elle pénétrera, car si l’absorption se fait très-lentement j comme l’élimination se produit au furet à mesure, il pourrait arriver que le sang n’en contint Jamais que des proportions inactives, et en tout cas impossibles à déterminer d’avance. Or, ce qu’il nous importe surtout de connaître, c’est la quantité de substance toxique ou médicamenteuse qui se trouve à un moment
donné dans le milieu intérieur, dans le sang; c’est de celte quantité que dépend la possibilité de l’action de la substance en question sur les éléments anatomiques au contact desquels elle produit son effet. Nous en rappellerons ici un exemple aujourd’hui bien connu, c’est celui du curare (1). Ce poison violent peut être absorbé par la surface intestinale, sans produire aucun effet. Cela tient à ce que cette absorption est très-lente, et que le rein élimine très-rapidement le curare. 11 en résulte que ce poison, i introduit par cette voie, ne se trouve jamais dans le sang [ à une dose suffisante pour agir sur les nerfs moteurs : i d’où il résulte que, de fait^ le curare ingéré dans l’esto- I mac n’est pas un poison. Cet exemple suffit pour montrer combien peu on pourra compter sur l’absorption stomacale. Encore ne voulons nous point parler ici des états pathologiques de la membrane muqueuse digestive, états qui peuvent modifier d’une manière imprévue l’absorption intestinale et amener par suite la plus grande discordance dans les effets thérapeutiques, que l’on recherche. Aussi
(1) Pour ce qui est de l’absorption du chloroforme et de l’éther, la lenteur . de leur pénétration par la voie gastro-intestinale est. anciennement connue. Les médecins emploient depuis longtemps des potions éthérées ou chloroformées, et savent très-bien qu’elles n’endorment pas ; tandis que, dès avant la découverte de l’anesthésie, on avait eu plusieurs fois l’occasion de remarquer que les inhalations de ces substances faisaient tomber dans la torpeur; on a seulement remarqué cette action plus tard, lorsque la vulgarisation rapide de ' l’anesthésie chirurgicale eut appelé l’attention sur ces faits, dont on ne comprenait pas auparavant le sens véritable et l’intérêt. Du reste, ce que nous venons de dire des agents anesthésiques est vrai de toutes les substances volatiles qu’on veut faire agir sur l’organisme, à moins qu’elles ne. soient relativement peu volatiles, comme l’alcool, de manière à traverser, en partie au moins, les poumons, au lieu de s’y exhaler en totalité, comme le. font les corps très-volatils.