ILS AGISSENT SUR LES CENTRES NERVEUX
Chez la grenouille qui a le train antérieur plongé dans l’eau chloroformée, l’anesthésie se produit, et elle se produit non-seulement dans la partie supérieure du corps qui est immergée, mais aussi dans la partie postérieure, qui n’est aucunement en contact avec la liqueur anesthésique. C’est exactement ce que nous avons observé tout à l’heure chez la grenouille placée dans la même position, mais qui n’avait subi aucune ligature, et dont les communications circulatoires étaient par conséquent tout à fait intactes. Ici il est bien clair que ce n"est plus le sang qui a généralisé l’anesthésie du train antérieur au train postérieur, puisqu’il n’a pu accomplir ce trajet que la ligature lui avait complètement fermé. La transmission de l’anesthésie n’a donc pu se faire que par une autre voie, et cette voie c’est nécessairement la moelle épinière et les nerfs, puisque c’est la seule communication qui subsiste entre les deux parties du corps.
Voici en effet ce qui s’est passé. Dans le train antérieur, le sang circule librement sous l’impulsion du cœur; il s’est chargé du chloroforme qui a pénétré par la peau, et il a conduit ce chloroforme en contact avec le cerveau et la moelle épinière, qui ont été ainsi anesthésiés. Puis les nerfs lombaires et tous les autres nerfs qui prennent leur racine dans la moelle épinière ont été anesthésiés à leur tour sous l’influence de la moelle, et anesthésiés dans toute leur étendue, bien qu’ils ne fussent exposés à l’action anesthésique qu’à leur origine médullaire et que tout le reste de leur trajet en restât parfaitement à l’abri.
Examinons maintenant l’autre grenouille, dont le train
postérieur seulement est plongé dans l’eau chloroformée. Celle-ci n’est anesthésiée, ni dans la tête et le corps, que le chloroforme ne touche pas, ni même dans les troncs nerfs des pattes postérieures, qui sont directement en contact avec cette substance. Au contraire, la grenouille placée dans la même position sans avoir subi de ligature s’était anesthésiée complètement dans toutes les parties du corps, émergées ou immergées. En voici la raison : Le train postérieur a bien pu recevoir, par la peau, du chloroforme qui a imbibé les extrémités nerveuses et a produit une anesthésie locale toute superficielle; mais ce chloroforme n’a pu agir que sur la peau du train postérieur, puisque ,1a ligature l’empêche de pénétrer dans le train antérieur ; donc, ici le chloroforme a touché seulement les nerfs sensitifs des pattes de derrière, sans pouvoir atteindre l’origine de ces nerfs dans la mdélle épinière, ni la moelle elle-même. Il peut en résulter, comme nous l’avons dit, une anesthésie locale et passagère dans les pattes, mais on n’obtient pas d’anesthésie générale.
Cela prouve que l’influence anesthésique portée sur les extrémités périphériques des nerfs cutanés ne peut pas remonter le long des nerfs sensitifs dont les troncs conservent leur sensibilité, et que, pour frapper ces nerfs, elle doit nécessairement les atteindre par leurs extrémités centrales. En un mot, c’est sur le système nerveux central que s’exerce l’action du chloroforme et de l’éther, et l’anesthésie des centres nerveux enlève leur sensibilité aux nerfs sensitifs dont l’origine a été touchée, tandis que le résultat inverse ne se produit pas, l’action du chloroforme sur l’extrémité périphérique ou le tronc des nerfs