DU SOMMEIL EN GÉNÉRAL
Il eut l’idée très-simple de pratiquer une eouronne de trépan chez des chiens, afin d’examiner directement, par la fenêtre ainsi ouverte dans la boîte crânienne, quel était rétat de la circulation cérébrale pendant le sommeil naturel et aussi pendant faction du chloroforme.
Il trouva que, pendant le sommeil naturel, le cerveau devenait pâle, exsangue; son volume diminuait et s’aflaissait notablement au-dessous de la plaie osseuse, sans doute parce qu’il dégorgeait le sang contenu dans ses veines; enfin, on voyait les petits vaisseaux se vider de sang et perdre leur coloration, au point de devenir invisibles. Quand l’animal se réveillait, le cerveau reprenait son volume ordinaire, sa coloration rouge accoutumée ; les vaisseaux étaient de nouveau remplis de sang, avec leur apparence normale, et l’activité circulatoire, auparavant éteinte, se ranimait.
Peu de temps après, en 1868, un médecin de l’armée des États-Unis d’Amérique, M. Hammond, publia des expériences analogues qui le conduisirent aux mêmes conclusions (1). Dès 1854, M. Hammond avait eu occasion d’observer l’anesthésie cérébrale pendant le sommeil naturel chez un individu qui avait eu le cerveau mis à nu sur une étendue considérable (trois pouces dans un sens et six dans l’autre), à la suite d’un accident de chemin de fer.
En 1860, un autre médecin des États-Unis, M. Bedford-Brown, avait également observé l’anémie cérébrale chez l’homme, dans un cas de fracture du crâne, et cette
(1) William A. Hammond, On VaJtefulness, Philadelphia, 1866.
fois pendant la durée du sommeil anesthésique. Mais, an moment de l’administration de l’agent anesthésique, il y avait eu au contraire turgescence et hypérémie du cerveau pendant quelques instants (1). Enfin, en 186/i, M.A. Ernest Samson (2) publiait en Angleterre des expériences faites sur des grenouilles avec le chloroforme, l’éther, l’alcool et l’acide carbonique, expériences d’où il concluait, — en rapprochant ses résultats des faits déjà observés par M. Durham, — que l’anesthésie était accompagnée d’un ralentissement notable de la circulation (3).
Il ne suffit pas encore de faire des expériences pour qu’une question soit tranchée, il en faut faire de bonnes, et, par conséquent, avant de donner son adhésion, il faut critiquer les expériences qu’on rapporte. Or, les expériences de MM. Durham et Hammond étaient exécutées dans de bonnes conditions ; ils faisaient un trou dans la boîte crânienne pour observer ce qui se passait à l’intérieur, et comparaient l’état de la circulation cérébrale avant, pendant et après le sommeil.
La trépanation ne pouvait pas troubler les résultats de Cet examen, car on aurait pu remplacer le morceau d’os enlevé par une plaque de verre, qui, au pointée vue actuel, aurait rempli le même rôle et n’en aurait pas moins permis de voir tout ce qui se passait à la surface du cerveau.
Du reste, l’analogie conduisait déjà à cette idée de l’a-
(1) Bedford-Brown, American Journal of medical science, octobre 1860, page 339. New-York.
(2) Samson, Çhloroform .• ils action and administration. London, 1865.
(3) Voyez aussi ; A. Samson, On the action of anœstheiics andontk administration of çhloroform {Medico.l Times and Gazette, 1864).