DU SOMMEIL ANESTHÉSIQUE
asphyxie. Mais ceux qui soutiennent que l’anesthésie peut survenir sans asphyxie et sans que le sang devienne noir dans les artères, n’en ont pas moins raison.
Nous vous ferons connaître, dans la prochaine leçon, les résultats de nos propres expériences sur ce sujet, et nous vous montrerons en outre que les inhalations anesthésiques atteignent je nerf sensitif d’une manière toute physiologique, ce qui nous fournira une nouvelle preuve deridètitité des lois pathologiques et physiologiques.
QUATRIÈME LEÇON
SOMMAIRE : Théorie de l’anesthésie et du sommeil (suite). — Phases d’hy. pérémie et d’anémie. — Nouvelles démonstrations de l’influence des centres nerveux; anesthésie par influence. — Anesthésie par influence réalisée au moyen delà chaleur. — La sensibilité commence à disparaître à l'extrémité périphérique du nerf sensitif. — H n’y a pas de véritable anesthésie
locale. Toutes les anesthésies se réduisent au même phénomène intime.
Il y a des agents anesthésiques divers, mais il n’y a qu’une anesthésie.
Messieurs,
Nous avons examiné dans la dernière leçon la question relative à la circulation cérébrale pendant la durée de l’anesthésie, et nous avons indiqué les recherches récentes qui conduisent à rejeter l’opinion ancienne de la congestion du cerveau pendant le sommeil naturel et le sommeil anesthésique.
Afin de pouvoir nous prononcer en connaissance de cause, nous avons répété quelques expériences dont je vais vous exposer les résultats.
Voici un lapin sur lequel on a pratiqué, avec une rugine, un trou circulaire à la boîte crânienne, ayant à peu près les dimensions d’une pièce de 50 centimes; puis, ^ les fragments d’os une fois enlevés, on a incisé la duremère, et l’on a découvert alors la surface du cerveau tapissée des nombreux vaisseaux de la pie-mère.
Le cerveau ainsi mis à nu, il est facile de constater qu’il est plus rosé quand il contient beaucoup de sang, et moins
SOMMIilL CHLOIIOFOKMIQÜE.
rose, plus pâle, quand il en contient moins; c’est là une conséquence évidente de la coloration rouge du sang, qui doit nécessairement teindre d’une nuance rose plus ou moins accusée les parties pâles ou incolores où il se distribue en quantité plus ou moins grande. On peut donc suivre sans aucune peine, au travers de cette fenêtre crânienne, toutes les variations de la vascularisation cérébrale.
Quand l’animal est dans son état ordinaire, la teinte du cerveau est peu rosée ; mais lorsqu’il fait des efforts plus ou moins violents, exagère l’énergie de ses mouvements, pousse des cris, se livre à une agitation quelconque, on voit aussitôt une grande abondance de sang dans le cerveau ; tous les vaisseaux augmentent de volume et prennent une teinte plus accusée, qui recouvre ainsi toute la surface cérébrale : il y a une hypérémie très-marquée. En même temps, par une conséquence de ces premiers phénomènes, le cerveau lui-même, devenu plus rouge et gonflé de sang, fait saillie hors de la boîte crânienne par l’ouverture qu’on y a pratiquée, et il en résulte une sorte de hernie. Le tout disparaît lorsque l’animal redevient calme.
Examinons maintenant ce qui se passe lorsque nous soumettons ce lapin à l’influence du chloroforme ou de l’éther.
Au moment où l’on administre l’anesthésique, on voit d’abord une hypérémie cérébrale avec les caractères que nous venons de décrire. Le cerveau rougit, se gonfle et fait hernie par le trou du trépan. Mais bientôt les phénomènes changent : la hernie rentre dans la boîte crâ-
nienne, le cerveau reprend son volume normal, sa teinte diminue progressivement, et en très-peu de temps il devient sensiblement plus pâle qu’à l’état ordinaire, avant l’expérience» Les membres sont alors en pleine résolution et complètement insensibles. Si l’opération a été trèslaborieuse, ou si l’on répète plusieurs fois de suite l’expérience, il peut en résulter une meurtrissure de la substance cérébrale herniée, qui alors ne se dégorge plus. et ne rentre même plus dans la cavité crânienne. Ce sont là de? causes d’erreurs qu’il faut avoir soin d’éviter dans ces expériences, qui sont d’ailleurs assez délicates à exécuter.
11 y a donc deux phases successives et parfaitement distinctes, ou plutôt opposées, dans l’état de circulation cérébrale sous l’influence des anesthésiques. La première phase correspond aux expériences où l’on a trouvé de l’hypérémie; la seconde, aux expériences qui ont montré au contraire le cerveau en état d’anémie. J’insiste sur éôs contradictions des expériences, parce qu’il faut toujours en arriver à les expliquer par des conditions différentes, comme nous venons encore de le faire dans ce cas.
L’hypérémie correspond à l’agitation qui marque le commencement de l’administration de l’agent anesthésique 5 mais ce n’est point un état spécial, puisqu’on peut le reproduire autrement, par exemple en faisant tout Amplement crier l’animal. Nous avons déjà vu, en effet, que cette agitation observée aux premières atteintes du chloroforme ou de l’éther tient à une irritation spéciale tout à fait distincte de l’influence anesthésique, et que, dans cette première période, il en résulte des phénomènes étrangers à l’anesthésie.