EFFETS TOXIQUES DU CHLOROFORME
1 augmentée en irritant les nerfs sensitifs de la langue par ' un des moyens ordinairement employés, telsqufe le vinaigre ou un courant électrique, puisque les extrémités périphériques de ces nerfs sensitifs ont perdu pour le . moment leur excitabilité sous rinfliience du chloroforme. Mais si l’on irrite la corde du tympan, nerf moteur qui se rend à la glande salivaire sous-maxillaire, on provoque aussitôt la production delà sécrétion salivaire ou son augv L mentation. Le nerf moteur a donc bien conservé ses / fonctions.
La circulation peut être affectée d’une manière trèsnotable par les agents anesthésiques, et, lorsqu’on veut '' üétudier, il faut bien se garder d’employer le chloroforme ou l’éther comme moyen contentif du sujet de l’expé- \ rience, car on troublerait ainsi la marche normale des phénomènes. Cet effet se rattache non-seulement à une action sur les nerfs, mais probablement aussi à une action du chloroforme sur le tissu des vaisseaux et du cœur. Chez les grenouilles qui ont reçu beaucoup de chloroforme, on voit très-bien la circulation capillaire et même le cœür s’arrêter tout à fait.
Le chloroforme peut être administré à dose toxique; quel est le mécanisme de la mort dans ce cas ? Chez les I animaux à sang chaud, on voit la circulation et la réspira- ' twn s’arrêter presque en même temps. L’arrêt du coéur,, que les chirurgiens ont surtout observé, chez l’homme,, dans les accidents mortels qui surviennent quelquefois par suite de l’anesthésie, l’arrêt du cœur suffit pour expliquer fia mort; mais on ne voit pas comment il peut résulter ! de là suppression de l’élément sensitif.
On a cru pouvoir conjecturer, à cause de cette duplicité aù moins apparente d’action physiologique, que le chloroforme est lui-même formé de deux agents, l’un qui aurait des propriétés anesthésiques, et l’autre qui serait un poison du cœur. Cette hypothèse, qu’il est difficile de vérifier sur les animaux à sang chaud, puisque, nous le répétons, dans l’intoxication chloroformique l’arrêt de la respiration (par intoxication du bulbe) et l’arrêt du cœur (par intoxication directe) sont à peu près simultanés, cette hypothèse n’est pas aussi invraisemblable qu’on le croirait d’abord au point de .vue chimique. Des corps bien étudiés par les chimistes, et dont la formule est parfaitement fixée, ont été dédoublés en agents différents. M. Pasteur a distingué deux acides tartriques, l’acide tartrique droit, et l’acide tartrique gauche, parfaitement isomères et capables de se combiner ensemble, dont l’un fermente dans des conditions où l’autre ne fermente pas. M. A. Gautier a montré de même que l’éther cyanhydrique pouvait se décomposer eh deux, corps isomères ayant des propriétés toxiques fort différentes. Des médecins et certains physiologistes ont aussi admis, dans les substances actives sur l’organisme, deux ordres d’effets: l’un médicamenteux, l’autre toxique. Suivant ces idées, l’effet anesthésique du chloroforme serait dû à sa propriété médicamenteuse, et l’action sur le cœur résulterait de son effet toxique.
Mais ce ne sont là que des hypothèses qui montrent que nous sommes encore dans une ignorance complète sur ces questions. Quant à nous, nous pensons que l’action toxique du chloroforme n’est que l’action physiologique