‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 6 sur 127 · CIRCULATION · texte numérisé non relu

CIRCULATION

Les partisans de Galien continuèrent cependant à soutenir leur théorie en disant que les aliments ne s’en rendaient pas moins au foie, où l’on supposait alors que les chylifères devaient aboutir. Mais bientôt Pecquet (1) vint démontrer, par de nouvelles expériences, que ces vaisseaux chylifères, au lieu d’aller au foie, se réunissaient dans une dilatation du système lymphatique, la citerne de Pecquet, et que le chyle était ensuite porté par le canal thoracique et versé dans le sang peu avant le poumon, dans la veine sous-clavière. Alors le foie fut complètement dépossédé de la faculté hématosique.

Dans sa doctrine, qui n’était au fond qu’un tissu d’hypothèses mêlé à quelques faits vrais, Galien admettait encore, dans le ventricule gauche, l’existence d’une chaleur innée, et c’était sous l’influence de cette chaleur innée que se développait l’esprit vital qu’il avait imaginé et localisé dans ce même ventricule. C’est après avoir été imprégné de cet esprit vital que le sang qui sortait du ventricule gauche se rendait au cerveau pour y préparer les esprits animaux, qui se répandaient ensuite dans tout le corps au moyen des nerfs. Servet admit encore la chaleur innée et les esprits animaux, mais il avait abandonné l’esprit naturel que Galien supposait exister dans le foie. Quant à Descartes, il abandonna la chaleur innée et l’esprit vital ainsi que l’esprit naturel, mais il continua d’admettre l’existence des esprits animaux se formant dans le cerveau et se distribuant ensuite dans les nerfs.

(1) Jean Pecquet, Exper. nov. anat. Paris, 1654.

HISTORIQUE

Cette théorie des esprits animaux a persisté jusqu’au siècle dernier, et ce n’est que depuis les expériences de Haller, de Bichat, qu’elle a définitivement disparu et que les esprits animaux ont été remplacés par les propriétés vitales des tissus.

La chaleur innée fut aussi renversée par les progrès de la chimie moderne et par les expériences de Lavoisier sur la respiration, expériences dont il déduisit une théorie dans laquelle il assimilait cet acte physiologique à une combustion capable de produire de la chaleur, ainsi que cela se voit dans tous les procédés chimiques de cette nature.

En résumé, nous avons vu toutes les idées erronées de Galien disparaître peu à peu et successivement, à mesure que les expériences, en se multipliant, nous ont apporté des connaissances positives.

Je vous ai retracé cette esquisse historique rapide pour que vous restiez bien convaincus que toutes les erreurs ne prennent naissance que quand on abandonne la voie expérimentale, et que la seule manière de les faire disparaître est de les soumettre au critérium des expériences, qui les Juge définitivement.

Ainsi se trouve justifiée la proposition que j’ai émise en commençant, à savoir qu’en physiologie, l’observation simple nous laisserait dans l’ignorance ou livrés aux hypothèses et à toutes sortes d’erreurs et privés des moyens de les faire disparaître, si nous ne pouvions recourir aux expériences sur l’organisme vivant.

Le sang et la circulation du sang ont été l’objet d’un nombre considérable de recherches faites dans la voie

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