‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 62 sur 127 · C. BESNARD · texte numérisé non relu

C. BESNARD

pratiquée sur une région très-sensible. Dès qu’on cessa les inhalations de chloroforme, X. . . se réveilla, necon* servant aucun souvenir de ce qui s’était passé, mais restant dans une certaine ivresse. Reporté dans son lit, X... cause avec ses camarades; puis une heure après s’endort; ce sommeil dura une heure environ. Point de vomissements ni de nausées. »

Observation 11. [Injection de 0®",006 de morphine.)

« Vollenveler, cavalier au 6® lanciers, est soumis le 7 mars à la chloroformisation après une injection de 0®',006 de chlorhydrate de morphine. Injection faite à huit heures trente-cinq du matin. Chloroformisation commencée à neuf heures quinze. Cet homme, très-excitable et sachant par expérience les effets du chloroforme (il avait été anesthésié au mois d’octobre 1869), se refuse à l’anesthésie et se débat fortement. Cependant on parvient à lui faire inspirer un peu de chloroforme, et après quelques inspirations, résolution musculaire complète.

» Aux premières inspirations le pouls devient dur, puis se ralentit ; il devient ensuite fréquent, puis se ralentit de nouveau.

» Le réveil se fit aussitôt que l’on eut cessé les- inhalations et le malade recouvra aussitôt toute sa connaissance. Point de vomissements ni de nausées; tii grammes de chloroforme ont été employés. »

Observation TII. [Injection de chlorhydrate

de morphine.)

^ Le nommé X...^ caporal au 18® régiment de ligne,

atteint d^’un rétrécissement dn canal de l’urèthre, suite de blennorrhagie chronique, devait être opéré à jeun le? mars 1870 par l’uréthrotomie interne.

» Le matin, à huit heures quinze minutes, on pratique l’injection de O^^OOh de chlorhydrate de morphine. A neuf heures, le malade sent un peu d’assoupissement, les yeux sont fatigués et la tête lourde. L’opération d’uréthrotomie est faite à neuf heures trente minutes. Après les premières inspirations de chloroforme administré sur une compresse, le pouls se ralentit, mais reste dur. Bientôt le malade prononce des paroles incohérentes. Il entend de forts battements dans la tête, qu’il traduit d’une manière vulgaire en criant : « les cloches, les cloches » . La réso^ lütion musculaire complète suit presque instantanément cette courte période d’excitation. En même temps, le pouls est devenu fréquent, mou et petit. Aucun symptôme d’excL tationne réparaît et l’on ne constaté qu’un léger soupir au moment de la section du canal. Aucun spasme de la glotte et pas de mouvement des muscles de la face. L’opération est terminée à neuf heures quarante-sept. On a usé 40 gram . de chloroforme et il en reste sur la compresse qui en est imbibée. Dès que l’on cesse l’anesthésie, la cornée devient sensible; les muscles de l’œil, en résolution complète auparavant, commencent à se contracter d’une manière irrégulière. L’intelligence revient bientôt et le malade se réveille, mais sans somnolence. X... ne se souvient de rien ^ cause un peu sans éprouver de nausées. Dans la journée il n’y a point de malaise, point de céphalalgie. L’appétit n’a pas été troublé et le malade regrette seulement son repas du matin, >>

Observation IV. [Injection de 0®%009 de chlorhydrate de morphine.')

» X. jeune soldat, vingt et un ans, d’un tempérament lymphatique, atteint d’un abcès profond de l’aisselle qui devra être ouvert.

» Le 14 mars 1870, l’homme est à Jeun. A huit heures trente-cinq minutes du matin, on fait une injection de O^^OOO de chlorhydrate de morphine par la, méthode hypodermique. L’opération est commencée à neuf heures quinze minutes. A ce moment, la pupille est un peu rétrécie : on ne constate pas dans les urines la présence de la morphine ; le pouls est fort, 76 pulsations ; aucun assoupissement.

» A neuf heures dix-huit minutes, on commence l’anesthésie par le chloroforme : le pouls devient aussitôt plus petit et plus fréquent ; les pupilles se dilatent — à neuf heures dix-neuf minutes, le pouls commence à se ralentir et les inspirations plus rares deviennent plus profondes,

» A neuf heures vingt et une minutes, les pupilles sont complètement dilatées ; le pouls reste le même, et la résolution musculaire devient complète après une courte période d’excitation qui dure trois minutes et demie.

» On ouvre l’abcès. Au moment où l’abcès est ouvert, mouvements réflexes peu marqués de l’œil. Cependant l’insensibilité de la pupille est complète.

« A neuf heures vingt-trois minutes, l’anesthésie est suspendue. Elle a duré en tout cinq minutes. A neuf heures vingt-quatre minutes, la pupille s’est rétrécie et la sensibilité revient à neuf heures vingt-cinq minutes. Le malade

ne parle pas encore. A neuf heures vingt-six minutes, la pupille se contracte et le malade regarde les personnes qui l’entourent. — A neuf heures vingt-sept minutes, il ne reconnaît pas encore les personnes, prend le chirurgien et ses aides pour des officiers. A neuf heures vingthuit minutes, il se met lui-même sur son séant, et reprend toute sa connaissance à neuf heures vingt-neuf minutes. Cependant, il paraît fatigué et hébété. — ■ 20 grammes de chloroforme ont été nécessaires pour obtenir la résolution musculaire et 8 grammes pour maintenir le sommeil jusqu’à la lin de l’opération. A dix heures du matin, le malade mange avec appétit et ne ressent ni nausées, ni céphalalgie, ni malaise. »

Observation V. {Injection de 0^%007 de chlorhydrate de morphine.)

» Le 1 4 mars, on procède à l’extirpation des ganglions du cou chez un homme de vingt-cinq ans, buveur émérite, d'un tempérament très-nerveux.

» A six heures quarante-cinq minutes du matin, on fait une injection de 0®', 007 de chlorhydrate de morphine. A huit heures un quart, on constate dans les urines la présence de la morphine, mais le malade n’est pas assoupi. A neuf heures cinq minutes, on ne retrouve plus la morphine dans les urines, le pouls est à 116, les pupilles sont rétrécies.

» On commence la chloroformisation à neuf heures trente-cinq minutes : le pouls tombe à 100; le malade prononce des paroles incohérentes, la face est fortement congestionnée; soubresauts de tendons, à neuf heures

2ii6

trente-neuf minutes; faible résolution museulaire, pouls pelit, contraction des muscles de l’œil, respiration fréquente, mais peu profonde. A neuf heures quarante-cinq minutes, le malade chante à haute voix; pas de résolution; insensibilité de la pupille. A neuf heures quarante-trois minutes, pouls plein, 80 pulsations, la congestion diminue et les pupilles sont contractées, mais la résolution n’est pas atteinte ; à dix heures douze minutes, l’opération étant terminée, on cesse la chloroformisation : cris violents, le malade se débat; à dix heures vingt minutes, le réveil paraît complet, le malade semble étourdi, mais répond cependant aux questions qu’on lui adresse.

» On a usé i 20 grammes de chloroforme ; le malade est reporté dans la salle, il s’endort à dix heures et demie, se réveille à deux heures; il se plaint d’un peu de mal de tête, mais ne se souvient de rien, pas même de ce qu'il nous avait dit à dix heures vingt minutes, au moment du réveil apparent. »

Observation VI, [Injection de 0°’',005 de chlorhydrate de morphine.)

<< Le 16 mars, On procède à une opération d’uréthrotomie interne chez un jeune homme de vingt ans, qui ne présente du reste aucun antécédent révélant chez lui l’abus des alcooliques.

M A huit heures un quart, on injecte O^^OOh de chlorhydrate de morphine ; on commence la chloroformisation à neuf heures trente-huit minutes. Après quelques inspirations, le malade prononce quelques paroles incohérentes, remue un peu les yeux, hienlôt après l’insensibilite et ta

résolution musculaire sont complètes. Au moment de l’opération, aucun signe de sensibilité ; le malade se réveille àneufheures cinquante minutes ; la chloroformisation avait cessé à neuf heures quarante-cinq minutes. Avant de s’endormir et aussitôt à son réveil, il se plaint de l’administration du chloroforme : il ne lui reste qu’un peu d’hébétude, la connaissance est complète, les pupilles, d’abord contractées, se dilatent ensuite extrêmement et demeurent dilatées jusqu’au lendemain. Pendant tout ce temps, les inspirations sont profondes, pas de céphalalgie; le malade mangé à dix heures avec appétit et ne ressent aucun malaise pendant tout le reste de la journée. »

OçsERYATioN YII, [Injectioti de 0^^008 de chlorhydrate de morphine.)

« Le 18 mars, on ampute le testicule gauche chez un homme de quarante ans, d’un tempérament nerveux.

» A sept heures cinquante-cinq minutes, on injecte Û^',008 de chlorhydrate de morphine; on commence la chloroformisation à neuf heures trente-cinq minutes : à neuf heures trente-huit minutes, agitation et mouvements violents qui durent jusqu’à neuf heures trente-neuf minutes, heure à laquelle la résolution et l’insensibilité sont complètes. Les pupilles, dilatées aux premières inspirations, se contractent après la période d’excitation. L’opération terminée, on cesse la chloroformisation à neuf heures cinquante-cinq minutes ; le malade ne revient à lui qu’à dix heures dix minutes ; le réveil est lent. On a usé 58 grammes de chloroforme. La respiration n’a été "gênée à auçun moment de l’opération ; les inspirations

étaient profondes; à son réveil, le malade a vomi des matières glaireuses, des mucosités; enfin de la bile. Il mange à dix heures vingt-cinq minutes ; dans la journée, il ne se plaint point de céphalalgie, mais il a le soir des vomissements, qu’il attribua à sa tisane qui lui inspirait du dégoût. »

Observation VIII. {Injection de 0®'',009 de chlorhydrate de morphine.)

« Résection scapiilo-humérale chez un homme de vingt-deux ans, de constitution robuste, atteint de carcinome de la tête humérale gauche. Injection à huit heures dix-sept minutes de de chlorhydrate de mor¬

phine; la chloroformisation est commencée à neuf heures dix minutes ; le malade se plaint de l’odeur de l’anesthésique ; à neuf heures quatorze minutes, il ne refuse plus le chloroforme, respire bien et se plaint d’entendre des cloches ; période d’excitation peu marquée, mais paroles précipitées et incohérentes ; à neuf heures seize minutes, il est en résolution; l’insensibilité est complète; on procède à l’opération. Dans le courant de l’opération, des mucosités embarrassant les voies respiratoires, le malade étant atteint de bronchite, à trois reprises différentes je fus forcé d’en exciter l’expulsion en introduisant l’index dans la gorge; point de spasme du larynx. La chloroformisation a cessé à neuf heures quarante -trois minutes ; la sensibilité revient à neuf heures quarante-cinq minutes. Le réveil ne fut complet qu’à neuf heures cinquante minutes. Le malade est ahuri, mais reconnaît les personnes qui l’entourent ; très-pusillanime, il ne veut pas manger

de la journée, quoiqu’il n’ait ni céphalalgie, ni nausée ; Ü5 grammes de chloroforme ont été usés. »

Observation IX. [Injection de 0®',010 de chlorhydrate de morphine.)

« Amputation du testicule droit chez un homme robuste, bien musclé, âgé de trente-cinq ans, d’un tempérament bilieux.

» A huit heures vingt, injection de O^^OIO de chlorhydrate de morphine. Pas d’assoupissement. La chlo^ roformisation commence à neuf heures vingt- trois; à neuf heures vingt-cinq, période d’excitation, contractions musculaires. Le malade se met sur son séant et prononce quelques mots inintelligibles; à neuf heures vingt-six, la résolution est complète; on procède à l’opération. Malgré l’anesthésie et la résolution, le malade manifeste de la douleur par des contractions musculaires lors de la ligature du cordon. Les pupilles, d’abord dilatées, étaient resserrées après ^excitation. Le pouls, d’abord accéléré sous l’influence de l’émotion, devint mou et de fréquence à peu près normale. La chloroformisation cessa à neuf heures quarante. La sensibilité revintàneuf heuresquarante-deux, et à neuf heures quarante-trois rétablissement complet. Le malade est hébété; mais à neuf heures quarante-cinq, l’intelligence est rétablie ; il a un peu mal à la tête, comme s’il avait fait la noce la veille, selon son expression. On n’a usé que 40 grammes de chloroforme. Il a eu toute la journée un peu de céphalalgie; il a mangé le soir et déjà dans l’après-midi, mais la nuit il n’a pu dormir et a eu des vomissements aqueux. »

Observation X. [Chloroformisation sans association d opium.)

« On incise pour traiter un décollement périnéal chez le malade opéré d’une fistule anale, sujet de l'observation /. On commence à neuf heures vingt-huit la chloroformisation simple; à neuf heures trente, période d’excitation qui se continue jusqu’à neuf heures trente-sept; à ce moment, la résolution n’est pas encore complète. On opère néanmoins, et à chaque section le malade s’agite. On cesse la chloroformisation à neuf heures quarante, sans avoir pu obtenir la résolution musculaire complète.

» 40 grammes de chloroforme ont été employés. A neuf heures quarante-sept, le malade n’a pas encore repris connaissance complète. On le croirait dans un état d’ivresse très-prononcé. Des vomissements surviennent, bien que le malade fût à jéun. Le malade ne peut pas manger avant une heure de l’après-midi et il vomit encore dans la nuit.’ Le lendemain il est encore poursuivi parle goût de chloroforme et il vomit de nouveau. Le malade avoue franchement qu’il a été beaucoup plus indisposé par la cbloroformisation de cette seconde .opération que dans la première, et il demande pourquoi on ne s’est pas servi de la même méthode que précédemment, »

Observation XL [Injection de O^LOIO de chlorhydrate de morphine.)

a Résection du tibia, à sa partie moyenne, à la suite d’une fracture; opération pratiquée le 23 mars 1870, chez

un homme de vingt-cinq ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin, d’une bonne constitution.

» On fait à cet homme à jeun une injection hypodermique de 0®%01 de chlorhydrate de morphine, à sept heures vingt-huit du matin; à sept heures trente-cinq, léger gonflement autour de la piqûre de la lancette, tenant à ce qu’une partie de l’injection a été faite dans le derme de la cuisse. L’injection a été fractionnée en deux parties : Time à un membre,' et la seconde à l’autre membre (0®'’,005 à chaque).

» A sept heures cinquante, pouls 136. Respiration, 2i. Le malade accuse un léger vertige et un peu de céphalalgie sus-orbitaire. Néanmoins il ne ressent aucune pesanteur de tête, ni besoin de sommeil.

» A sept heures cinquante-cinq, on commence Tanesthésie par le chloroforme; à sept heures cinquante-six, les pupilles sont dilatées, la respiration devient plus fréquente, mais peu profonde; à huit heures, la respiration plus lente devient plus profonde encore: à huit heures une minute, la pupille est rétrécie, mais les muscles de [l’œil se contractent encore; à huit heures deux minutes, la résolution des muscles oculaires n’est pas obtenue : insensibilité de la pupille; à huit heures 'trois minutes, l’insensibilité persiste; les inspirations deviennent profondes. On commence l’opération à ce moment, et le malade pousse un soupir; à huit heures quatre minutes trente-cinq secondes,, le malade prononce des paroles incohérentes; l’insensibilité est générale; mais les muscles de l’œil se contractent encore. La respiration ne présente rien d’anormal ; à huit heures

huit, les inspirations deviennent très-protondes et le malade ronfle.

» A huit heures dix minutes, on cesse de donner du chloroforme; à huit heures douze, les pupilles sont rétrécies, et l’œil exécute des mouvements. La respiration est toujours profonde. Le sommeil se prolonge jusqu’à huit heures quarante. Le malade se réveille à ce moment. Il recouvre alors toute son intelligence. Il n’éprouve ni nausées ni vomissements. Aucun malaise dans la journée. A trois heures de l’après-midi, il mange avec appétit et sommeille un peu. hO grammes de chloroforme ont été employés pendant l’anesthésie. »

Observation Xll. [Injection r/e 0”%010 de chlorhydrate de morphine?)

« Résection de l’extrémité inférieure de la jambe, chez un homme âgé de cinquante-trois ans, d’une constitution robuste, d’un tempérament très-sanguin.

» A sept heures quatorze, on fait une injection hypodermique de 0®%01 de chlorhydrate de morphine, dans le tissu cellulaire de la cuisse. Point de vertiges ni de phénomènes dus à l’opium. On commence l’anesthésie à huit heures trente-cinq. Pouls 88. Respirations 38. Les pupilles sont assez dilatées. A huit heures trente-six, pouls 100. L’état de la pupille ne change pas; contractions énergiques des muscles de l’œil. Forte période d’excitation. Mouvements des bras, de la tête et du tronc; à huit heures trente-sept, ronflement, pupilles dilatées.

» A huit heures trente-sept minutes trente secondes, le malade semble en résolution musculaire complète.

OPIUM ET CeLOP.OFORME. 253

Pouls 80. Paroles incohérentes. A huit heures trente-huit, pouls 120; les paroles sont continues. Les respirations deviennent profondes. La face est très-congestionnée ; on cesse d’administrer le chloroforme. A huit heures quarante, respiration calme sans ronflement, insensibilité.- On commence l’opération.

» A huit heures quarante-deux, pouls 108 ; contracture des membres supérieurs et inférieurs. On est obligé de maintenir les membres, et en particulier celui sur lequel on opère.

» A huit heures quarante-cinq, résolution musculaire incomplète. Le malade ronfle un peu. A huit heures quarante-sept, tendance au réveil. On administre une nouvelle dose de chloroforme. A huit heures cinquante, on suspend l’administration. Pouls 108. Respiration calme, lente; insensibilité et disparition des mouvements.

» A huit heures cinquante-cinq, réveil complet. Pupilles fortement contractées. Il n’y a pas eu de vomissements, mais des nausées pendant quarante-huit heures. L’opération a eu une durée totale de dix-huit minutes. On a usé 35 grammes environ de chloroforme. »

Observation XIII. {Injection de 0^^015 de chlorhydrate de morphine.')

« Extirpation d’une tumeur encéphaldide du scrotum., chez un homme de vingt-huit ans, d’une bonne constitution, d’un tenipérament lymphatico-sanguin. Injection à sept heures cinq, de O^^Olh de sel de morphine. Pouls fréquent et dur. Point de symptômes dus à l’opium. La chloroformisation commence à sept heures trente-cinq ;

à sept heures trente-sept, le malade résiste et rejette le chloroforme; ilseroidit. Les pupilles, auparavant dilatées, sont contractées. A sept heures trente-huit, face congestionnée; le pouls se ralentit et devient mou, petit; à sept "Leures trente-neuf, la congestion disparaît, le pouls revient, la respiration se fait bien ; à sept heures quarantedeux, excitation très-forte nécessitant le maintien par des aides ; à sept heures quarante-trois, l’excitation persiste encore, mais moins forte ; à sept heures quarante-cinq, la résolution musculaire est complète, même celle des muscles de l’œil ; à sept heures quarante-six, la résolution persiste, pupilles fortement contractées : à sept heures cinquante, nouvelle excitation, mais moins forte que précédemment; à sept heures cinquante et une minutes, on cesse de donner du chloroforme ; le malade est très-tranquille, la résolution paraît être complète ; à sept heures cinquante-trois, réveil, agitation nécessitant une nouvelle administration de l’anesthésique à la suite de laquelle le sommeil persiste, la respiration est bonne, un peu fréquente. Pendant la chloroformisation, les caractères du pouls ont été les suivants : — - pouls au début à peu près normal, dur; au milieu, il devint lent et mou; à la fin, il se releva et devint fréquent.

» Réveil complet à huit heures dix, obnubilation. Point de céphalalgie. Vomissements aqueux. Le malade a sommeillé trois heures après l’opération. »

Observation XIV. [Injection de 0^',005 et de 0®'‘,01 de chlorhydrate de morphine.)

» Le 6 mai 1870. On procède à une amputation de

jambe chez un homme de cinquante-trois ans, d’une constitution -primitivement bonne, mais un 'peu affaibli, d’un tempérament lymphatico-nerveux.

» On fait une première injection, à 7 h. 45, de 0®',01 de chlorhydrate de morphine, dans le tissu sous-cutané de la cuisse et du côté où l’on devait faire l’opération. Une seconde injection de 0®%005 à 8 h. 15, dans le tissu souscutané de la poitrine. On commence la chloroformisation à 8 h. 5 m. 30 s.. • la respiration est très-profonde. A 8 h. 5 m. 50 s., à la cinquième inspiration de chloroforme, les paroles deviennent incohérentes, agitation légère. A 8h. 6, le malade se débat, mais non avec une aussi grande force. A 8 h. 6 m. 20 s., ronflement, insensibilité complète, résolution générale même des muscles de l’œil. A 8h. 8, respiration un peu embarrassée. A 8h. 8 m. 45 s., pupilles fortement contractées, respiration profonde. A 8 h. 10, on cesse les inhalations de chloroforme, l’insensibilité et la résolution restent absolues. A8h. 11, le malade ne respire pas, quoique le diaphragme se contracte avec énergie, la face est congestionnée, les veines du cou sont turgescentes, les lèvres cyanosées. On est obligé de retirer en avant la langue, qui ferme l’ouverture des voies respiratoires. Â 8 h. 11 m. 22 s., respiration avec ronflement. A 8 h. 12, la résolution est générale. A 8 h. 13, les pupilles se contractent; à8h. 15, même état. A8h. 16, le pouls, primitivement fort, a faibli; insensibilité et résolution complètes, respiration profonde, non exagérée. A 8 h. 17, même état. A 8 h. 25 m. 16 s., les muscles or- . biculaires se contractent. A 8 h* 19 : cette contraction augmente, les pupilles restent contractées, le pouls et la

respiration restent bons. A 8 h. 21, le malade continue à dormir, l’opération est terminée, les pupilles sont toujours contractées. A 8 h. 26, il ouvre les yeux, le pouls est un peu faible; à8h. 28, il est complètement réveillé et reporté dans son lit. A 8 h. 30, il a toute son intelligence. Vomissements de mucosités, sensation de gêne du côté de l’estomac. — 35 grammes environ de chloroforme ont été employés.

» Point de céphalalgie, point de vomissements dans la journée : il ne se plaint que d’une douleur très-vive du côté de la plaie, due à l’amputation. Point de sommeil consécutif à l’opération : la nuit qui suit l’opération est assez agitée par suite de la douleur qu’il éprouve. »

Observation XY. [Injection de 0®’’, 005 de chlorhydrate de morphine.)

« Le 8 avril 1870. On procède à l’extraction d’un séquestré du maxillaire inférieur chez un homme âgé de vingt-quatre ans, d’une très-forte constitution, d’un tempérament nerveux.

» A 7h, du matin, on fait une injection de 0^’’, 005 de morphine. On commence la chloroformisation à 8 h, 36; à 8 h. 39, faible excitation qui va en augmentant jusqu’à 8h. kO; à 8 h. ôl, résolution et insensibilité complètes; à 8 h. Ü8 on cesse de donner du chloroforme. Le malade se réveil'e à 8 h. 50. — kO grammes de chloroforme ont été usés. »

Observation XVI. [Chloroformisation sans association de morphine j

« l.e2mai 1870. On ouvre un abcès sous le muscle

sous-scapulaire chez l’homme qui fait le sujet dé l’observation VIII : la chloroformisation se fait sans qu’on ait pratiqué d’injection de morphine. On n’observe que très-peu d’excitalion ; la durée de la chloroformisation est de 10 m. environ, et l’on n’use que 30 grammes de chloroforme. Le réveil est lent, la lucidité n’est complète que 8 m. après la cessation de l’administration du chloroforme. Vomissements le jour même et nausées le lendemain; la résolution n’a pu être complète. »

Observation XVII.

« Le 20 mai, on ouvre un abcès inguinal chez un homme de soixante-deux ans, grand buveur, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution détériorée. On injecte en une seule fois 1 centigramme de chlorhydrate de morphine, à 7 heures 45.

» On commence la chloroformisation à 7 heures 45 ; à 7 heures 46, mouvements d’extension et d’abduction du membre supérieur gauche ; pouls fréquent, mou, dépressible; pupilles dilatées. A 7 heures 45, les pupilles commencent à se rétrécir, la respiration est superficielle mais peu rapide; le pouls reste fréquent. A 7 heures 4.8, excitation légère, caractérisée par des chants, des paroles incohérentes. A 7 heures 49, tout à coup la respiration s’arrête : cyanose de la face, le pouls cesse. Nous tirons la langue en avant, mais sans succès, la respiration et la circulation ne se rétablissent pas ; les museles inspirateurs sont contractés comme dans le tétanos. La respiration artificielle est pratiquée par le soulèvemenl des côtes, en même temps l’index est introduit jusque dans l’arrière-

Page 1