‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 64 sur 127 · MORT DU NERF SENSITIF · texte numérisé non relu

MORT DU NERF SENSITIF

tomiques; leur action consiste en effet à détruire telle propriété ou tel élément, et un élément meurt toujours de la même manière. De sorte que lorsque deux substances agissent sur le même élément, elles finissent par s’ajouter dans une action commune, quoique chacune, prise isolément, puisse avoir des traits spéciaux qui caractérisent les périodes de ses effets.

Voyons donc comment les tissus vivants en général, et les éléments nerveux en particulier, perdent leurs pro- Apriétés. Des divers éléments de l’organisme, c’est le nerf I sensitif qui meurt sans doute le premier. Ainsi, quand on supprime le sang d’un organisme, par exemple en fai- ^sant périr l’animal par hémorrhagie, la sensibilité disparaît d’abord, à un moment où la motricité, la contractilité, les propriétés du sang, etc., persistent encore (1).

Maintenant comment meurt le nerf sensitif? Il perd son excitabilité et ses propriétés vitales sans doute ; mais les perd-il graduellement, de façon que, par exemple, l’excitabilité nerveuse normale étant représentée par 20,

(1) Si nous examinons le cas où l’on supprime lé sang non dans un orga~ nisme^ mais dans une partie, dans un membre, par exemple, nous savons que les choses ne se passent pas de même. Quand on empêche l’arrivée du sang dans un membre, alors les nerfs moteurs sont atteints les premiers.

Nous avons eu occasion d’étudier les effets de l’anémie locale dans un membre en reproduisant sur des chiens les manœuvres opératoires, qui, dans ces derniers temps, ont été mises en pratique par les chirurgiens pour faire des 'amputations sans hémorrhagies. Nous voulons parler du procédé indiqué par Esmarch au Congrès chirurgical de Vienne (avril 1873) (voy. Billroth, Wiener Medizinische Wochenschr., n“ 29, 1873. — Esmarch, Sammlung Klinischen Yertraege de. Volkmanii, 1873, n° 58. — Voy. encore Krishaber, Revue scientifique, n° 2, juillet 1874). Ce procédé consiste à enrouler fortement autour du membre, à partir de son extrémité (depuis les doigts), une bande élastique qui refoule complètement le sang des parties ainsi comprimées. En faisant ensuite, avec un fort tube de caoutchouc, une ligature serrée C. BERNARP, 18

elle descende progressivement de 20 à 19, puis à 18 puis à 17, et ainsi de suite, jusqu’à devenir nulle? Non, ce n’est pas ainsi que se passent les choses ; et ce que nous allons dire de l’élément sensitif s’appliquera également à tous les autres éléments histologiques, élément musculaire, élément nerveux moteur, etc.

I Quand un élément histologique meurt ou tend à mourir, son irritabilité, avant de diminuer, commence toun jours par augmenter; et ce n’est qu’après cette exaltation ^ primitive, qu’elle redescend et s’éteint progressivement.

autour de la partie supérieure de l’appareil, le membre, débarrassé de la bande roulée, demeure exsangue. Dans ces conditions on peut opérer complètement à sec, comme sur le cadavre, et l’on trouve même moins de sang que sur le cadavre; l’anémie est complète, presque effrayante. On devine facilement les avantages que peut tirer la chirurgie de ce procédé.

Mais, au point de vue de la théorie, la répétition de ce procédé nous a donné des résultats non moins intéressants. Nous avons constaté d’abord, comme il était facile de le prévoir, que la contractilité du muscle est bientôt perdue ; mais comment se comportent les nerfs? Il a été facile, à maintes reprises, de se convaincre que la sensibilité persiste, tandis que les fonctions des nerfs moteurs sont abolies avant celles du muscle (au bout d’une minute pour le nerf, de trois minutes pour le muscle).

Nous voyons donc d’abord que le procédé d’Esmarch n’est nullement un moyen anesthésique ; aussi donne-t-on du choroforme aux opérés, car sans l’anesthésique, l’opération serait plus douloureuse que dans les circonstances ordinaires.

Quant à l’explication de la dilîérence que nous observons alors entre les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs, nous l’avons déjà donnée précédemment (voyez notre Rapport sur la physiologie générale); nous savons en effet que ces deux ordres de nerfs puisent leurs propriétés à des extrémités différentes, et, si nous pouvons ainsi nous exprimer, dans des systèmes capillaires différents. Le nerf moteur puise son excitabilité dans le système capillaire du muscle : c’est là qu’il faut amener les poisons, c’est là qu’il faut supprimer le sang pour éteindre cette excitabilité (curare) . — Le nerf sensitif puise ses propriétés dans la moelle, dans les centres nerveux, et ce n’est que par les capillaires de ces centres que, soit les poisons, soit l’anémie, peuvent agir sur la sensibilité.

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