MORPHINE; INFLUENCE SUR LA DIGESTION
tement sur les intestins, car on produit le phénomène en injectant de très-petites doses de morphine dans le tuhe intestinal ou dans son voisinage, et de plus diverses observations médicales semblent conduire aussi à cette conclusion.
^ Cependant on pourrait encore répondre que le cerveau [du pigeon ne paraît guère atteint, puisqu’on n’observe [pas de sommeil, tandis que l’action sur la digestion est itrès-énergique. Mais tout cela n’est ni assez précis, ni suffisamment concluant. Il faut donc rester dans le doute, car tant qu’on n’a pas d’expérience décisive, on doit savoir se maintenir dans cette situation expectative afin de s’exciter à chercher, au lieu de s’endormir dans une opinion non justifiée.
On doit seulement faire des hypothèses pour chercher à comprendre quelles sont les diverses solutions possibles. C’est à ce titre que nous allons encore essayer de montrer qu’une action directe sur l’intestin s’expliquerait par un mécanisme fort simple, résultant des propriétés indépendantes des ganglions sympathiques.
Bichat avait avancé que les ganglions du système nerveux grand sympathique constituaient des centres nerveux indépendants comme le cerveau lui-même. Cette opinion avait été assez généralement regardée comme fausse, parce qu’on avait trouvé de nombreuses connexions entre le système nerveux grand sympathique et le système nerveux cérébro-spinal ; or, ces connexions semblaient naturellement avoir pour but de soumettre le grand sympathique à l’influence des centres cérébro-spinaux. Les faits anatomiques paraissaient donc contraires à l’opinion de
Bichat ; mais on ne pouvait pas dire qu’elle était fausse absolument : c’était une question d’expériences, et là les expériences négatives ne pouvaient pas infirmer les expériences positives qui viendraient à se produire.
C’est ainsi que je comprenais la question, et j’ai institué une expérience qui a été en partie la justification de l’hypothèse de Bichat, puisqu’elle a fourni le premier fait à l’appui de eette hypothèse. Ce fait est relatif au ganglion nerveux de la glande salivaire sous-maxillaire.
Cette glande a (fig. '4) reçoit du sang par des rameaux artériels A, i ; des veines correspondantes emportent le sang qui a baigné son tissu, et elle est pourvu d’un conduit excréteur c, par lequel la salive sous-maxillaire se déverse dans la bouche (fig. 4).
Mais ce qui nous intéresse surtout, ce sont les rapports de cette glande avec le système nerveux. Elle reçoit du nerf lingual 1, un rameau spécial 2, qu’on appelle la corde du tympan. Avant de pénétrer dans la glande sousmaxillaire, la corde du tympan, rameau facial, s’accole pendant quelque temps avec le nerf lingual. Le nerf lingual provient de la branche maxillaire inférieure de la cinquième paire nerveuse cérébrale, le trijumeau, et, après avoir distribué quelques rameaux 3 à la muqueuse buccale, il aboutit à la bmgue, pour servir d’organe spécial au sens du goût.
^ Enfin, près du point où la corde du tympan 2 se sépare du nerf lingual après s’y être accolée quelque temps, on trouve un petit ganglion du système nerveux grand symiialhique : c’est le ganglion sous-maxillaire.
Lorsqu’on irrite la langue, c’est-à-dire le nerf lingual,
MORPHINE
salivaire sous-maxillaire du chien et' les nerfs en rapport ntrer que cette glande peut entrer en sécrétion sous l’itiaclion réflexe rlont le centre est dans le ganglion sympathique sous-maxillaire.
Olande salivaire sous-maxillaire. — b. Glande salivaire . sublinguale. — Ç- Conduit excréteur de la glande sous-maxillaire. — d. Conduit excréteur de sublinguale. — 1. Nerf lingual provenant de la branche maxillaire H' de la cinquième paire nerveuse cérébrale (le trijumeau). — 2.' Corde
^ tympan, rameau du nerf facial se distribuant dans la glande sons-maxillaire près s être accolé quelque temps au nerf lingual.
par un moyen quelconque, on provoque aussitôt dans la glande sous-maxillaire une sécrétion active dont il est facile de se convaincre en recueillant le produit à l’extrémité du conduit excréteur c. Le phénomène s’explique très-bien par une transmission de l’action de l’extrémité du nerf lingual au cerveau et du cerveau à la glande sousmaxillaire par le nerf facial et la corde du tympan. C’est la marche ordinaire des actions nerveuses réflexes.
Mais si l’on coupe la corde du tympan et le nerf lingual en 1 , ce circuit devient impossible, et cependant la glande salivaire se met encore à sécréter lorsqu’on irrite l’extrémité inférieure du nerf lingual. Il faut éviter dans ce cas d’exciter le nerf lingual avec un courant électrique, pour écarter l’objection tirée de courants induits qui iraient irriter directement le tronc périphérique de la corde du tympan. On peut employer du sel marin, de l’éther, un pincement, et l’action de ces corps sapides produit encore, dans ces circonstances, la sécrétion salivaire (1).
Le seul moyen d’expliquer la sécrétion de la glande sous-maxillaire dans ce cas, c’était de supposer une action réflexe du nerf lingual sur la corde du tympan, action dont le ganglion sympathique sous-maxillaire serait le centre. C’est ce qui a lieu en effet ; car, si l’on arrache le ganglion sous-maxillaire, la sécrétion ne se produit plus lorsqu’on irrite le nerf lingual, comme il a été dit précédemment.
Ce ganglion sympathique Joue donc le rôle d’un petit centre indépendant ; mais il ne Jouit pas de cette autonomie
(1) Compt. rendus de P Acad, des sciences,
morphine; action sur les ganglions périphériques. 289 d’une manière indéfinie, et il semble dépendre du cerveau pour sa propre nutrition. En effet, au bout de trois, quatre ou cinq jours après la section du nerf lingual, rirritation du nerf lingual ne produit plus aucune sécrétion dans la glande sous-maxillaire.
On sait que les nerfs une fois séparés du cerveau dégénèrent : est-ce là ce qui empêche l’action de se produire, ou cela tient-il à la dégénérescence du ganglion lui-même? C’est là une question que je me réserve de suivre plus tard. Mais ce qui est parfaitement certain dès maintenant,- c’est que le ganglion sympathique sousmaxillaire peut, au moins pendant un certain temps, agir et par conséquent être affecté comme un centre indépendant (1).
Ce point de départ une fois démontré, quoi de plus naturel que d’admettre l’existence dans les intestins de ganglions sympathiques jouant aussi, dans des limites analogues, le rôle de centres, et que la morphine attein-
(i) Nous sommes parvenus, par des recherches toutes récentes, à résoudre cette question. On sait que le trijumeau a son centre trophique dans le ganglion de Casser II s’agissait de savoir si en conservant l’influence trophique de ce centre, c’est-à-dire en s’opposant à la dégénérescence du nerf lingual, nous obtiendrions encore, et pendant un temps considérable, le phénomène -nerveux réflexe qui se produit dans le ganglion sous-maxillaire. Or, chez un chien qui avait la corde du tympan intacte, ét le trijumeau coupé avant le ganglion de Casser, on pouvait, huit jours après, amener par action réflexe un écoulement énorme de salive. Nous avons dit précédemment que dans l’expérience pratiquée par l’ancien procédé, on ne pouvait plus observer ce phénomène déjà deux ou trois jours après la section du nerf lingual et de la corde du tympan. L’action du ganglion sous-maxillaire est donc conservée quand le nerf lingual, branche de la cinquième paire, n’est pas dégénéré. {Yoy.Bull. de la Soc. de biologie, lA mars 187A.) Toutefois il faut ajouter une autre différence, c’est que la corde du tympan tient encore au centre nerveux et pourrait peut-être être le siège d’action réflexe elle-même.