‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 68 sur 127 · C, BERNARD · texte numérisé non relu

C, BERNARD

présentent aussi un danger ; si la dose est. un peu forte et si l’injection est faite rapidement, on tue subitement l’animal ; la mort se produit par arrêt du cœur, comme si ce muscle était directement atteint par l’arrivée du chloral au contact de la face interne de ses cavités. Si l’on considère les doses énormes que les chirurgiens ont injecté dans les veines, il semblerait que l’homme est moins sensible à l’action du chloral que le chien; nous avons obsèrvé pour notre part que nous faisions toujours périr les chiens, lorsque nous faisions pénétrer plus de 3®', 5 à k grammes dans leur système veineux. Nous nous servons d’ordinaire d’une solution contenant 1 gp.: de chloral pour 2 cent, cubes. Nous injectons, pour plonger l’animal dans le sommeil, successivement et à un intervalle de cinq à dix minutes, deux fois 3 cent, cubes, ce qui fait en tout 3 grammes de chloral. Lorsque nous dépassons cette dose, nous voyons souvent l’animal périr subitement.

: 11 faut ajouter cependant que plus l’injeetion est faite loin du cœur, moins les dangers de mort sont considérables. Ainsi sur le chien, l’injection dans la jugulaire est bien plus souvent et plus rapidement fatale que l’injection dans la crurale, sans doute parce que dans ce dernier cas, lè chloral, s’est mieux mêlé au liquide sanguin et arrive plus dilué au contact du cœur. Chez les animaux de petite taille, comme le lapin, les injections veineuses sont très'facilement mortelles, parce qu’on ne peut jamais les faire assez loin du cœur. Au contraire, chez l’homme, comme le prouvent les tentatives chirurgicales que nous avons rappelées plus haut, ces injections seraient relative-

ment inoffensives, et on les fait en effet à une distance relativement plus considérable du cœur.

Nous nous sommes donc arrêté, au point de vue de la pratique expérimentale, à la règle générale suivante : pour les animaux de petite taille, tels que le lapin et le cochon d’Inde, nous préférons l’injection sous^cutanée. Nous faisons usage d’une solution diluée pour hâter l’ab-^ sorption (1 gram. de chloral pour 5 gram. d’eau) | on peut faire en même temps plusieurs injections partielles sur divers points du corps. Pour le chien, nous faisons l’injec-' tion intra-veineuse, dans la crurale, très-lentement et d’ordinaire à deux reprises.

Quels sont les phénomènes que nous observons dans ces circonstances, avec les doses et la solution précédemment indiquées ?

Par le chloral comme par l’action de l’opium, on voit la force du cœur diminuer considérablement, et par suite s’abaisser la pression dans les vaisseaux. Voici un chien de forte taille *, on a injecté dans la veine crurale 3®% 5 de chloral en deux fois et à intervalles très-rapprochés : un hémodynamomètre à levier, tel que vous nous l’avez vu employer si souvent, est en communication avec la carotide de l’animal; vous voyez que le levier s’élève très-faiblement et le tracé qui s’inscrit vous permettra en effet de vérifier bientôt combien est faible la secousse correspondant à chaque pulsation, si vous la comparez à la secousse que donnaient les pulsations normales de ce même animal. Vous verrez en même temps, que, outre l’affaiblisse-, ment de la pression produite par chaque contraction cardiaque, il y, a de plus abaissement de la pression

constante, et ce fait ne vous étonnera pas, puisque je vous ai précédemment signalé une dilatation vasculaire périphérique, qu’il est facile de constater sur la langue et sur la muqueuse buccale de cet animal. Rappelons que l’opium détermine une injection vasculaire semblable des membranes muqueuses. Nous verrons plus loin que le chloral produit aussi une congestion profonde des organes viscéraux.

Vous voyez que ce chien est parfaitement endormi , mais il est facile de constater qu’il n’est nullement insensible; si l’on serre les pattes entre les mors d’une forte pince, l’animal pousse un faible gémissement ; il sent ; il en est de même si l’on comprime fortement le pavillon de l’oreille. L’excitation électrique produit le même effet; elle le produit même d’une manière plus considérable. Ce chien a été chloralé il y a environ une demi-heure; nous excitons par l’électricité la surface de la lèvre supérieure et du nez, l’animal se réveille ; il relève la tête, fait des mouvements généraux des membres. Puis il retombe dans son assoupissement, mais le sommeil est déjà moins profond.

On voit bien que l’état dans lequel le chloral plonge les animaux n’est qu’un sommeil plus ou moins' profond lorsqu’on commence par donner une faible dose de cette substance et qu’on répète successivement l’injection. On n’a d’abord qu’un assoupissement léger, puis, avec des doses considérables, un sommeil si profond qu’il ressemble à une véritable anesthésie; mais en suivant les gradations successives de cet état, on voit que ce n’est bien réellement que du sommeil. Alors, quand on pince

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