EFFETS DU CHLORAL
ranimai, il ne répond parfois que très-tardivement à cette excitation par un faible gémissement ; mais un instant après, la même excitation produit une réaction immédiate, comme s’il avait été réveillé par la première.
Chez le lapin lès phénomènes sont tous aussi nets : à un moment où l’animal est si profondément endormi qu’on pourrait le croire complètement anesthésié, on le réveille si bien en lui pinçant les pattes ou tes oreilles, que l’animal secoue la tête ou la patte comme pour se débarrasser d’une irritation dont il paraît avoir parfaitement conscience.
Nous avons vu que les animaux soumis à l’opium présentaient une paresse de la sensibilité^ mais que de plus ils offrent une grande susceptibilité vis4-vis de certaines excitations du sens de l’ouïe, telles que le bruit que l’on fait en frappant sur une table, ou celui que produit la chute d’eau d’un robinet brusquement ouvert. Nous n’avons rien observé de semblable chez les animaux chlorates. Mais, malgré cette différence, tout dans les s'ymptônies nous permet de rapprocher les effets du chloral de ceux de la morphinè et non de ceux du chloroforaie. Le chloroforme est un anesthésique; le chloral n’est qu’un hynoptique.
Au point de vue de la contention des animaux mis en expérience, le chloral nous sera plus utile que la morphine, carie soiiimeil qu’il procure est plus calme, vu le manque d’excitabilité particulière qui caractérise le sommeil par l’opium.
Nous sommes donc porté à penser que le chloral agit par lui-même et non en se dédoublant et en donnant
âlO . ANESTHÉSIQUES.
naissance à du chloroforme. L’haleine des animaux chloralés ne sent jamais le chloroforme; elle exhale au contraire très-nettement l’odeur de melon si caractéristique du chloral.
Mais, pour n’emprunter nos arguments qu’aux réactions physiologistes, à celles que nous produisons sur l’organisme même, nous avons éncore d’autres raisons pour identifier Fraction du chloral à celle de la morphine et non à celle du chloroforme. Nous voulons parler des effets que l’on obtient par la combinaison de ces agents entre eux.
Partant de l’idée que le chloral agit comme le chloroforme, nous avons eu l’idée de combiner l’action de cet agent, le chloral, avec celle de la morphine; nous aurions dû observer dans ce cas ce que nous observions précédemment en morphinant un animal . chloroformé, et constater les phénomènes sur lesquels nous avons longuement insisté dans nos précédentes leçons. Il n’en a rien été. Cette double administration augmente l’état de sommeil ; Feffet hypnotique est plus considérable, mais l’excitabilité de l’opium n’est pas éteinte par le chloral comme par le chloroforme, et l’animal ne tombe pas dans cette résolution musculaire qui. en fait une masse comme inerte et incapable de la plus légère réaction.
Si maintenant le chloral est l’analogue de la morphine, on pouvait penser à combiner ses effets avec ceux du chloroforme. C’est ce que nous avons essayé en effet, et alors nous avons observé les mêmes phénomènes, qu’avec Jà morphine. Un animal chloralé, que l’on soumet à l’inhalation chloroformique, ne se, comporte .pas comme .un
LE CHLORAL EST UN HYPNOTIQUE. Bll
animal déjà chloroforme auquel on donne encore du chloroforme, il se comporte comme un sujet préalable^ ment morphine que l’on anesthésie. En effet la sensibilité que le chloral laisse persister disparaît complètement dès les premières inhalations de chloroforme; il faut en éffet très-'peu d’anesthésique pour produire cet effet, absolument comme chez les animaux morphinés. Le chloral joue dnnc bien dans ce cas le même rôle que la morphine. Ainsi nous ne saurions admettre physiologiquement la théorie qui ne veut voir dans l’action du chloral que lé résultat du chloroforme produit par dédoublement au gein dé l’économie ; les symptômes produits par l’action, soit du chloral simple, soit du chloral combiné aux ânes-»* thésiques ou aux hypnotiques, ne permettent pas d’établir cette assimilation.
, Quant aux recherches chimiques qui permettraient de eonstater ce dédoublement du chloral au sein de l’organisine, elles ne nous ont donné que des résultats négatifs. En vain avons-nous recueilli les produits de l’expiration d’animaux chloralés, en condensant ces produits dans un réfrigérant ; jamais nous n’avons pu y constater les nooinr dres traces de chloroforme. Nous vous avons dit précédemment que.M, Personne, dans des cireonstanees semblables, avait obtenu avec le sang des réactions qui semblaient l’autoriser à conclure à la présence du chloro* forme; mais ces réactions peuvent fort bien être dues au chloral lui-même. Liebreich, qui lej premier a parlé du dédoublement du chloral, n’a affirmé que. par analogie, et il n’a eherché à apporter aucune expérience démonstrative. C’était une simple hypothèse qu’il émettait d’apçès
les réactions faites in vitro ^ et qui l’ont amené à rechercher les effets physiologiques du chloral.
Il nous resterait une dernière question à élucider, c’est celle du mécanisme intime de l’action du chloral. Cette action a lieu sur les éléments nerveux centraux, sur les cellules nerveuses, et tout porte à croire qu’elle consiste en un acte physico-chimique, connne cela a lieu, d’une manière générale, pour toutes les actions toxiques ou médicamenteuses (voy. quatrième leçon, p. 137); on peut penser ici à une semi-coagulation, aune combinaison dans le genre de celle que nous avons étudiée à propos des anesthésiques. Ici la chose est d’autant plus probable, que l’on vient de ‘découvrir que le chloral forme avec les substances albuminoïdes une combinaison assez bien définie.
Cette découverte a eu pour point de départ l’étude des propriétés antiseptiques et antiputrides du chloral. Les premières recherches dans ce sens furent faites par MM. Dujardin-Beaumetz et Hirne (1), qui,' faisant agir des solutions à divers titres d’hydrate de chloral sur une solution d’acide quinique impur, sur une solution d’albumine, sur de la chair musculaire, des urines, du lait, de la colle de pâte, observèrent que la fermentation faisait absolument défaut dans ces circonstances.
M. Personne a fait des expériences semblables (2) ; il a montré de plus que cette propriété antifermentescible et antiputride était due à ce que le chloral se combine avec l’albumine; cette combinaison se dissout dans un excès d’albumine, à la manière du composé d’albumine et de
(1) Union méd., 1873, 62 et 63.
(2) Compt.rend, de V Acad, des sciences, 12janv. 1874.
CFILORAL COMME ANTIPUTRIDE. Si 3
bichlorure de mercure. 11 a étudié la nature de cette combinaison, et a pu obtenir un produit qui, pulvérisé et desséché à 100 degrés, a fourni à l’analyse 12,56 pour 100 de chlore, ce qui représente 17,20 pour 100 de chloral.
Aussi a-t-on fait depuis, et avec succès, des essais de conservation, d’embaumement avec le chloral ; une solution de chloral à 5 pour 100 injectée dans les vaisseaux d’un cadavre de lapin ou de chien, jusqu’à réplétion du système circulatoire, a permis de conserver pendant un et deux mois les corps de ces animaux, sans qu’il se manifeste les moindres signes de putréfaction, même dans la cavité abdominale. Nous avons pu, dans une solution semblable, conserver longtemps des viscères trèsdélicats, tels que le pancréas, dont on connaît la grande altérabilité.
Nous n’avons pas à nous étendre ici sur l’étude du composé chimique du chloral et des matières organiques; nous devions seulement vous en signaler l’existence pour vous rendre compte, au point de vue théorique, du phénomène intime de l’action du chloral : il est probable que c’est par une combinaison chimique de ce genre que cet agent produit ses effets ; c’est ce qu’admet M. Personne lui-même, quoiqu’il ne veuille Voir dans l’action du chloral que les effets du chloroformé. Les matières albuminoïdes de l’organisme vivant, dit-il, contractent une combinaison avec le chloral non détruit,., et cette combinaison forme en quelque sorte un réservoir de chloral, qui ne le cède que successivement à mesure que la circulation vient détruire la combinaison formée.
N’ est-il pas plus simple, à notre avis, de considérer celte combinaison même, se produisant au niveau de l’élément nerveux central, comme le mode selon lequel se produit l’action intime du chloral, qui agit alors comme cbloral^ et non comme source de chloroforme.
Nous terminerons en signalant un dernier fait que nous avons observé à plusieurs reprises sur nos chiens chloxalés, et que M. Vulpian vient de signaler à l’Académie de médecine (1) comme une source de dangers pour les injeclions intra-veineuses de chloral. Nous voulons parler d’une hématurie considérable. Chez tous les animaux soumis à l’action du chloral, les urines sont très-rares, et dans un certain nombre de cas elles sont remplacées par un liquide fortement sanguinolent. A l’autopsie nous ne trouvons aucune lésion du canal de l’urèthre, de la vessie ou des uretères ; le sang vient des reins, que l’on trouve très-* congestionnés et ecchymosés par places.
Du reste le chloral ne congestionne pas seulement les reins; nous avons déjà signalé la rougeur des membranes muqueuses ; il agit de même sur les autres viscères, par exemple sur le foie ; dans les recherches de glycogénie ■sur des animaux chloralés, nous avons trouvé la glande hépatique très-congestionnée et en même temps très-riche en sucre. — Il y aurait lieu de rechercher si les organes encéphaliques ne sont pas également congestionnes et à apprécier le rôle que cette hypérémie cérébrale pourrait jouer dans l’action hypnotique du chloral.
C’est avec raison que l’on a signalé ces faits aux chh
. (1) Séance du 2 juin 1874. , . . .