LE SANG ET LA RESPIRATION
désorganisé dans sa composilion, et enfin la circulation peut réellement cesser.quoique la vie persiste. La cessation de la circulation n’est donc pas dans tous les cas un signe certain de mort.
Les observations sur les cholériques auxquelles je viens dé faire allusion ont été faites par Magendie en 1832, et elles ont été répétées plus tard en Allemagne.
Magendie était médecin à l’Hôtel-Dieu au moment où éclata cette terrible épidémie cholérique de 1832... C’est alors qu’il constata l’absence de toute circulation chez certains malades encore parfaitement vivants, puisqu’ils je mouvaient et parlaient. On ne sentait plus le pouls ; il eut l’idée d’ouvrir l’artère radiale et même j’artère axillaire. Elles étaient vides et il ne s’en écoulait pas de sang.
1 Et cependant, je le répète, ces malades parlaient encore, i pouvaient encore se lever sur leur séant et se mouvoir idans leur lit.
Comment expliquer ce phénomène? La physiologie va nous en donner la clef ; sous l’influence de l’état maladif particulier que nous appelons le choléra, à un certain moment, les malades se refroidissent considérablement et leurs tissus sont placés en quelque sorte à l’état des tissus -des animaux hibernants. A ce moment, la respiration se fait chez eux comme chez les grenouilles, les marmottes, en hiver. L’oxygène de l’air, en pénétrant dans les poumons, n’y détermine plus de combustion et par suite plus de chaleur; l’air expiré ne contient plus d’acide carbonique. La circulation finit ainsi par se suspendre.
Placés dans ces conditions, les malades semblent donc présenter quelque exception aux lois générales de la res-
ASPHÏXIE.
piration et de la circulation chez l’homme; mais ces exceptions ne sont qu’apparentes et s’expliquent très-bien aussitôt qu’on fait intervenir les modifications survenues dans l’économie par la maladie. Ici encore, vous voyez combien il est important de ne jamais séparer l’état pathologique de l’état physiologique. Leur étude doit se faire simultanément et la connaissance parfaite de l’un est indispensable si l’on veut comprendre et expliquer l’autre.
Nous connaissons du reste en physiologie expérimentale un certain nombre de moyens propres à transformer un animal à sang chaud en animal à sang froid, et de rendre alors, un lapin par exemple, beaucoup moins sensible à l’arrêt de la circulation. Nous avons montré dans des leçons antérieures que l’on obtenait cet effet en refroidissant lentement l’animal ; en lui sectionnant le bulbe et pratiquant ensuite la respiration artificielle; enfin en enduisant la surface cutanée d’un vernis imperméable. Nous reviendrons du reste bientôt sur ce dernier procédé et sur la théorie des phénomènes que l’on observe alors sur les animaux dont on a ainsi supprimé les fonctions de la peau.
Le sang peut donc présenter, dans l’état physiologique et dans l’état pathologique, des degrés de vitalité trèsdifférents. Je vous ai déjà dit qu’on devait le considérer comme constitué par un liquide que l’on rencontre universellement dans l’économie, le plasma, et dans lequel nagent des éléments organiques, les globules rouges du sang, éléments tout à fait particuliers au sang et qui ne se rencontrent que dans le système sanguin (voy. Leçon d’introduction, p. 10}.
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Ces globules du reste n’existent pas chez tous les animaux ; on ne les rencontre que chez les vertébrés. On peut donc avec raison les considérer comme des organes de perfectionnement ajoutés chez les vertébrés pour faciliter les échanges gazeux qui se font continuellement entre les deux milieux dans lesquels vivent nos tissus, c’est-àdire entre le sang et l’air atmosphérique que nous respirons.
Ces organes de perfectionnement ont des fonctions qui' peuvent parfois varier considérablement. Elles sont évidemment nulles chez les invertébrés, puisque ces animaux n’ont pas de globules dans leur sang. Elles sont presque (Oulles pendant l’hiver chez les hibernants; en général, lorsque les phénomènes respiratoires vont en diminuant, les globules deviennent de moins en moins importants, et réciproquement leur importance est d’autant plus grande que les phénomènes vitaux sont plus actifs.
Ce fait est très-sérieux et mérite d’être considéré, car il y a là une loi relative, non-seulement à l’activité de la fonction des globules, mais encore à l’activité vitale, normale ou pathologique de tous les organes.
Et en effet il est hors de doute que les maladies sont d’autant plus nombreuses chez un être que son organisme est plus perfectionné. L’homme est sans contredit Eêtre le plus parfait, mais il est aussi le plus vulnérable et sujet aussi à plus de maladies. Les maladies du sang sont beaucoup plus fréquentes et plus faciles à se produire chez les animaux supérieurs que chez les autres. Pour l’asphyxie, par exemple, c’est une loi que l’on explique facilement. Mais dans ce cas surtout il ne faut jamais conclure direc-
tement d’un animal à un autre, ni de l’homme à l’animal, ni même d’un animal quelconque à son semblable sans avoir examiné avec soin les circonstances particulières qui auraient pu influer sur l’observation. Quelques exemples du reste suffiront pour vous le faire bien comprendre.
Et en effet ces phénomènes, très-variables en apparence, sont cependant en rapport direct avec les propriétés même du sang.
On asphyxie, on le sait, très-facilement un oiseau, un mammifère ; mais placez par exemple sous la même cloche un oiseau et une grenouille : au bout de très-peu de temps, l’air sera suffisamment vicié pour que l’oiseau ne puisse plus y vivre, et il mourra bien longtemps avant que la grenouille en paraisse même incommodée.
Nous observerions des différences analogues en plaçant sous une même cloche deux lapins, dont l’un serait à l’état normal et l’autre artificiellement refroidit, c’est-à-dire transformé en animal à sang froid, par Tun quelconque des moyens que nous avons indiqués plus haut. Du reste nous trouvons celte différence naturellement réalisée chez les animaux hibernants. Voici en effet un fait très-curieux observé par MM. Régnault et Reiset : On avait mis deux marmottes en état d’hibernation dans un même appareil, fermé avec soin et dans lequel on faisait passer la quantité d’air nécessaire à leur respiration dans ces circonstances. Les deux marmottes dormaient, mais à un moment l’une des deux, par une circonstance fortuite, s’étant réveillée, ne trouva plus une quantité d’oxygène suffisante pour vivre, et elle mourut, tandis que celle qui était restée en-