HISTOIRE ET CRITIQUE
plus se distinguer du sang artériel ; il dit avoir fait particulièrement cette observation quand il plaçait le réchaud de charbon dans la chambre où était l’animal; ce qui dépend peut-être de ce que l’asphyxie était plus rapide et l’air moins vicié et appauvri par la respiration. Je ne fais, du reste, qiie vous signaler ici ce fait sur lequel nous reviendrons plus tard.
Il me reste encore quelques mots à vous dire sur les opinions particulières que Portai s’était faites relativement à la cause de la mort par asphyxie due à la vapeur du charbon. Il admettait, comme Troja, que la présence delà vapeur de charbon à l’état de gaz élastique dans les vaisseaux pouvait être une cause de mort; mais il supposait aussi que cette vapeur méphitique agissait directement sur le cœur comme un poison stupéfiant. Voici les expériences qu’il fit à ce sujet : Il prit deux grenouilles dont le cœur qvait été mis à nu et battait encore, et il en plaça une dans la vapeur de charbon : il vit que son cœur cessait de battre bien avant celui de l’autre grenouille laissée à l’air. Il ajoute aussi que chez les grenouilles le cœur cessait plus vite de battre sous l’action de la vapeur de charbon, lorsque l’animal n’était pas décapité que lorsqu’il l’était. D’où il conclut que la vapeur de charbon agit comme un poison stupéfiant, et qu’elle tue en agissant sur les nerfs elles muscles, et en allant passer {lar le cerveau. Ce sont là des analyses physiologiques vraiment étonnantes pour le temps ; car elles semblent signaler réellement le mécanisme des actions réflexes.
Les opinions de Portai sont donc différentes de celles de Troja, relativement au mécanisme de la mort par la
vapeur de charbon, et nous pouvons dire, dès à présent, que les opinions de ces deux auteurs ne sont vraies ni l’une ni l’autre.
Cependant, ils se sont adressés à l’expérimentation, et je vous ai cité leurs expériences pour vous montrer combien il était difficile d’arriver immédiatement à la solution des problèmes. 11 ne suffit donc pas d’expérimenter, mais il faut faire de bonnes expériences, et suivre une méthode qui les dégage de leur cause d’erreur. Il faut de plus que les secours des connaissances physico-chimiques, indispensables pour analyser certaines questions, soient suffisamment développés pour que l expérimentation soit lumineuse. Vous voyez donc combien la méthode expérimentale offre de difficultés. Aussi les sciences physiologique et médicale ne sauraient se constituer en un Jour, et ce n’est que par dés efforts successifs et persévérants qu’on arrivera à la connaissance de la vérité.
DEUXIÈME LEÇON
SOMMAIRE ; Perforation du poumon dans les expériences sur l’asphyxie. Caractère éventuel de cet accident. — Mécanisme de ces ruptures. — Recherche de l’agent toxique de la vapeur de charbon. — Ancienne théorie delà raréfaction de l’air, — Expériences et autopsie. — Études sur les gaz qui composent la vapeur de charbon, -s- Influence de la chaleur Expé¬
riences comparatives pour éliminer cette cause d’erreur. — Action de l’acide carbonique. — Absorption de ce gaz par la surface cutanée et souscutanée. — Expériences où ce gaz est absorbé par un seul poumon. — Hydrogène carboné. - Oxyde de carbone. — Couleur du sang dans l’empoisonnement par l’acide carbonique et par l’oxyde de carbone. — Expériences comparatives.
Messieurs,
Nous avons examiné les différentes phases historiques de l’étude de l’asphyxie par les vapeurs de charbon. Nous avons particulièrement insisté sur la période expérimentale, inaugurée par Portai et ses élèves. Avant de passer à l’exposé des expériences nouvelles, nous devons revenir sur quelques points intéressants des théories émises par les premiers expérimentateurs.
Portai et ses élèves, Troja et Carminati, comme je vous lai rapporté, avaient cherché à élucider la question de 1 asphyxie par des expériences directes, mais ils étaient loin d’être toujours d’accord sur les résultats mêmes de ces expériences. C’est ce qui arrive toujours au commencement de l’étude d’une question scientifique quelconque. 1^0 est toujours obligé de tâtonner au débuts et chaque
auteur émet d’abord les opinions les plus diverses et les plus controversées ; mais plus tard, à mesure que les expériences se perfectionnent et que les moyens d’études deviennent plus nombreux, les contradictions s’expliquent, les faits se réduisent et la solution du problème avance.
Troja avait observé des perforations, des ruptures du tissu du poumon, et il les avait attribuées à l’action de la vapeur même du charbon pénétrant dans cet organe.
Déjà dans notre première leçon d’introduction (voyez page 12), consacrée à une étude rapide du milieu intérieur, je vous ai fait connaître les opinions que les anciens avaient de la respiration : ils croyaient que l’air inspiré passait de la trachée dans les poumons et de là, par l’extrémité des bronches, pénétrait dans la veine pulmonaire, et enfin dans le ventricule gauche du- cœur, et delà dans le système artériel. C’est par un mécanisme à peu près semblable que Troja semble vouloir expliquer la présence de l’air dans les artères et dans le cœur après la mort.
C’est en tenant compte des conditions diverses dans lesquelles les expériences ont lieu, que la critique expérimentale des faits, vous ai-je dit, doit être entreprise.
L’altération, la déchirure et la perforation des poumons peut se produire, ainsi que je vous l’ai dit, toutes les fois que l’asphyxie est lente et la respiration très-difficile : si elle est rapide et s’il y a eu intoxication sans gêne respiratoire, aucun de ces phénomènes ne se manifeste. Je désire vous donner la preuve de l’opinion que J’avance,