‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 82 sur 127 · DE LA RUPTURE DU POUMON · texte numérisé non relu

DE LA RUPTURE DU POUMON

dans les voies aériennes. J’ai montré que c’est par un autre mécanisme que s’opère la lésion du tissu pulmonaire; et ;en effet, la section des vagues amène une sorte d’insensi- Ibilité pulmonaire, d’où il résulte que l’animal ne sait plus limiter ses efforts respiratoires à la capacité de ses poumons. Il fait des mouvements respiratoires exagérés qui i distendent outre mesure le thorax et par suite le tissu pulimonaire qui ne peut quitter la plèvre. J’ai constaté directement que la capacité inspiratoire d’un lapin est beaucoup plus grande après la section des vagues qu’à l’état normal ; cette dilatation exagérée des poumons amène bientôt chez les mammifères, surtout s’ils sont jeunes, des ruptures qu’on peut voir à l’œil nu, et par suite des ecchymoses qui empêchent l’hématose de se produire et qui amènent alors la mort par asphyxie. — Mais la section elle-même des pneumogastriques peut aussi amener la imort par d’autres causes, car chez les oiseaux l’altération I des poumons dont nous parlons n’a Jamais lieu, et cependant la section des nerfs vagues est aussi une opération mortelle pour ces animaux. On a alors attribué la mort à la paralysie des organes digestifs.

. Ces lésions pulmonaires sont donc consécutives à une gêne respiratoire, mais elles ne sont aucunement spécifiques de l’asphyxie par le charbon.

Pour revenir à notre sujet qui est l’asphyxie, nous constatons en définitive que les expérimentateurs dont je vous ai entretenu précédemment n’ont pas trouvé la véritable cause de cette mort et qu’ils l’ont attribuée à tort, soit à l’altération des poumons, soit à celle du système vasculaire qui lui était consécutive.

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Troja reconnaît d’ailleurs des causes multiples, et il admet encore que la mort peut aussi dépendre des nerfs. L’expérience qu’il fit pour appuyer cette opinion est exacte par elle-même, comme expérience, mais l’interprétation qu’il en a faite est fausse. Voici ce qu’il dit delà perte de la sensibilité et de l’irritabilité à la suite de l’asphyxie par la vapeur du charbon : Si l’on prend, dit Troja, un animal asphyxié par le charbon, et si, par un moyen quelconque, on excite la moelle épinière, on n’a plus la moindre réaction : sa sensibilité est donc totalement perdue; mais si, au même moment, on vient à irriter le nerf sciatique, les convulsions se produisent dans les muscles du membre dont l’irritabilité est conservée.

Troja s’appuie même sur cette perte de sensibilité de la moelle pour combattre les idées de Portai touchant l’action de la vapeur de charbon sur le cœur, et il dit avec raison qu’il est très-difficile de séparer ce qui appartient aux nerfs de ce qui appartient à la respiration et à la circulation chez les animaux supérieurs, tandis que chez- les animaux à sang froid, ces deux ordres de phénomènes peuvent être facilement isolés l’un de l’autre et séparés comme distincts. Prenez une grenouille, par exemple, ditil, et coupez-lui la moelle épinière, le cœur ne cesse pas de battre; d’un autre côté, enlevez le cœur, et la grenouille n’a pas perdu la faculté de sauter et de se mouvoir.

Or, Troja ayant asphyxié une grenouille par le charbon remarqua que la moelle avait perdu son irritabilité, tandis que le cœur continuait à battre encore. D’où il conclut à l’action de la vapeur de charbon sur le système nerveux et, contrairement à Portai, à son absence d’influence sur le cœur.

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