HISTOIRE ET CRITIQLE EXPÉRIMENTALE
s’était produite, dit-il, elle doit être annulée par l’arrivée de l’air du dehors. Eh bien, cependant, dans ce dernier cas, les animaux mouraient aussi facilement que dans le premier, bien qu’il soit impossible d’admettre ici une raréfaction de l’air.
Pour Troja, il y avait donc dans la combustion du charbon formation de gaz toxiques ou d’une mofette, comme on disait dans le temps, et c’est à cela qu’il attribue la cause de la mort.
Mais de quelle nature est le gaz qui se forme dans cet air vicié? Troja ne pouvait le savoir, et il exécuta pour le découvrir des expériences que nous considérerions aujourd’hui comme absurdes. Il ne pouvait en effet en être autrement à cause de l’état peu avancé de la chimie sur les gaz, à l’époque, où il faisait ses recherches.
Partant des expériences de Priestley, qui avait indiqué la 'formation d’un acide, l’acide carbonique, dans cette combustion du charbon, il se demande si ce n’est pas l’acidité de ce gaz, l’acidité de l’air qui produit la mort. Et il expérimente alors sur de l’air dans lequel il répand d’autres vapeurs acides, telles que des vapeurs d’acide chlorhydrique ; mais cet air ainsi vicié ne donne pas la mort aux animaux qui le respirent, d’où il conclut que ce n’est pas l’acidité de la mofette qui tue. Il essaye alors des gaz alcalins, tels que l’ammoniaque, même résultat, et cependant la vapeur de charbon tue ; il attribue finalement la propriété toxique de cette vapeur à un gaz méphitique survenu dans l’air et qui lui est inconnu.
Enfin Troja examine encore une opinion très-répandue, celle de savoir si les animaux asphyxiés ne meurent pas
ASrHYXIK,
par apoplexie, et il dit que dans ce cas le meilleur moyen curatif serait la saignée. Gardané, du reste, avait fait unmémoire spécial sur ce sujet; il combat la saignée et soutient que pour lui les animaux ne meurent pas par apoplexie.
Tel est rapidement l’historique expérimental de la question de l'asphyxie par le charbon, que nous pourrions diviser en trois périodes.
La première période, qui ne comprend que des observations plus ou moins empiriques, remonte à des temps très-éloignés. On a constaté des faits, on les a observés, on les a discutés, mais sans rien, expliquer. Dans le courant du siècle dernier, on trouve diverses thèses soutenues à la Faculté de médecine de Paris, dans lesquelles on discute simplement la question de savoir si la vapeur de charbon est toxique ou non ; les uns soutenant l’affirmative, les autres la négative. Mais ce sont encore là les restes des discussions scolastiques qui n’étaient que des subtilités sans preuves.
La seconde période va au delà des observations ; on veut descendre dans l’organisme, y chercher la cause de la mort. On fait des autopsies cadavériques des individus asphyxiés par le charbon.
Enfin, dans la troisième période, on expérimente sur les animaux vivants.
Ce n’est qu’à partir de la fin du siècle dernier qu’on a commencé à faire des autopsies méthodiques. Nous ne saurions nous dispenser de rappeler à ce sujet le nom de Corvisart, alors professeur au College de France, et professeur de clinique à la Charité ; c’est à lui qu’il faut faire remonter l’institution d’autopsies régulières et mé-