‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 86 sur 127 · GAZ DE LA VAPEUR DE CHARBON · texte numérisé non relu

GAZ DE LA VAPEUR DE CHARBON

cessivement en revue chacun des éléments produits dans cette combustion, afin de bien établir le rôle toxique de chacun d’eux. Mais la connaissance de ce précepte de la méthode expérimentale ne suffît pas, et cette étude nous serait encore impossible et les expériences irréalisables, si les progrès rapides de la chimie, depuis le commencement de ce siècle, et surtout les immortelles recherches de Priestley sur les gaz, de Lavoisier sur la combustion et la respiration, n’étaient venus nous mettre en état de comprendre les réactions multiples qui se passent dans l’acte de la combustion du charbon, d’isoler et d’examiner chacun des produits engendrés, et enfin d’en étudier l’action sur les êtres vivants, La physiologie, de son côté, devait aussi faire des progrès pour nous permettre d’isoler les différents organes, les différents éléments de nos tissus, afin de reconnaître ceux qui sont spécialement atteints dans cet empoisonnement.

Mais, ainsi que nous vous l’avons déjà annoncé, avant d’en arriver à ces études spéciales de l’action des gaz, nous allons examiner d’abord ce qui appartient à l’influence de la chaleur, et j’espère que quelques expériences décisives nous suffiront pour nous permettre d’éliminer ce premier agent, et pour vous montrer qu’il ne joue qu’un rôle bien secondaire et même nul dans l’asphyxie par le charbon, au moins dans les conditions les plus ordinaires où elle se présente.

Dans lés premières expériences que j’ai répétées devant vous, nous faisions arriver les produits de la combustion directement du fourneau dans la petite chambre où sont renfermés nos animaux. Ils y étaient amenés au moyen

d’un entonnoir métallique plaeé au-dessus du foyer où s'effectuait la combustion et d’un tube de transportées gaz assez court, puisqu’il n’avait qu’environ 1 mètre 50 centinièires de longueur (voy. tig. 5)'.

Fig. 5. — Appareil pour l’asphyxie expérimentale par les vapeurs de charbon.

C. Caisse vitrée pour mettre les animaux. — T. Thermomètre indiquant, la température de l’intérieur de la caisse. — B. Tube communiquant avec l’intérieur de la caisse et plongeant jusqu’au fond. — F. Fourneau contenant du charbon de bois allumé pour dégager les gaz asphyxiques. — E. Entonnoir destiné à recueillir la vapeur de charbon et à la transmettre par les tubes S, S' jusque dans la caisse vitrée où est un lapin. — R. Tambour de zinc destiné à refroidir le gaz dégagé du fourneau avant sa pénétration dans la caisse à asphyxie.

Les gaz, en se dégageant du foyer, sont h une température très-élevée, et, étant introduits immédiatement dans la chambre, ils en élèvent rapidement la température et peuvent, agir comme air chaud. Mais rien n’est plus facile que d’éliminer cette action de la chaleur; il suffira de faire refroidir les gaz de la combustion avant de les faire parvenir dans la chambre où sont les animaux. C’est ce que nous ferons dans un instant ; et par la comparaison des animaux morts dans les mêmes gaz chauds

INFLUENCE DE LA CHALEUR. ZQo

OU refroidis, nous saurons exactement ce qui doit être attribué à la température de l’air.

Je vous ai déjà dit que cette action est nulle. En effet, la chaleur, dira-t-on, n’est pas un agent toxique? Sans doute, dans les conditions ordinaires de la vie, lorsque cette chaleur est modérée; mais lorsqu’elle atteint un certain degré, elle peut causer la mort par elle-même avec des caractères spéciaux dont je vais vous entretenir quelques instants.

La chaleur seule peut quelquefois causer la mort. C’est ce que nous avons constaté dans des expériences déjà anciennes que nous avons faites ici même au Collège de France; mais la condition nécessaire pour que cette influence délétère se manifeste est que la température du milieu soit plus élevée que celle qui est propre à l’animal sur lequel on expérimente.

Un animal à sang chaud peut vivre dans une atmosphère dont la température est de beaucoup inférieure à celle de son propre corps. Dans les conditions ordinaires de notre atmosphère, nous vivons toujours dans un milieu inférieur à notre propre température; c’est dans la loi générale de notre existence, c’est l’état normal.

La température d’un animal à sang chaud est considérée comme fixe relativement aux variations de température du milieu Cosmique ambiant. Cependant cela n’est pas absolu, et il y a des limites, assez étroites il est vrai, mais réelles, dans lesquelles oscille la température animale. Si un animal à sang chaud se trouve amené à vivre pendant assez longtemps dans un milieu très-refroidi, il finit par se mettre en équilibre de température avec l’exté-

rieur, iî se refroidit lui-même un peu, et il peut finir par . mourir des suites de la réfrigération. De même s’il est placé dans un milieu plus chaud que son corps, la température animale s’élève et l’animal peut finir par mourir de cêt échaüffement.

Nos expériences nous ont appris qu’un animal peut supporter quelque temps une température assez élevée, de 60 et même de 100 degrés, à la condition toutefois que l’air dans lequel il se trouve soit parfaitement sec ; si l’air ' devient humide, les effets de la chaleur seront beaucoup plus nuisibles. Quand l’animal meurt dans une étuve sèche, on voit la température de son corps s’élever peu à peu, et toujours l’animal périt aussitôt que la chaleur normale de son sang s’est élevée de 5 degrés. La mort survient subitement par un arrêt instantané du cœur et une rigidité musculaire générale qui se manifeste presque aussitôt. Une pareille mort n’a aucun rapport avec les phases de l’asphyxie par les vapeurs de charbon. .

Nous allons maintenant faire les deux expériences comparatives que je vous ai indiquées au commencement dé la leçon. Nous faisons dans un cas refroidir la vapeur de charbon, soit en faisant passer sur son tube conducteur un courant d’eau froide, soit en la faisant arriver dans une sorte de tambour de zinc que nous avons fait construire, et qui la retient pendant un certain temps avant qu’elle pénètre dans la caisse.

Vous voyez que les animaux sur lesquels nous avons expérimenté comparativement sont sensiblement morts dans le même temps. Dans le gaz chaud comme dans le gaz refroidi, ils sont morts en cinq à six minutes, c*est-à-

ACTION DE l’acide CARBONIftDE. 367

dire par une action tellement rapide que la chaleur n’aurait pas pu agir dans Cet espace de temps aussi court. La chaleur ne doit donc pas être mise, en cause dans l'asphyxie par le charbon, parce que sês effets sont beaucoup plus lents, et que dans lés conditions dans lesquelles lious nous sommes placés, l’asphyxie a été un phénomène tout à fait indépendant.

En résumé, iiouS pouvons, ainsi que je vOuS l’avais annoncé, considérer l’effet de la chaleur comme nul dans ces circonstances, et par suite, éliminer cette causé de mort dans l’étude de l’asphyxie que nous allons entreprendre.

Arrivons maintenant à l’action des différents gaz produits par la combustion : nous commencerons par les effets de l’acide carbonique.

Ce gaz est-il vénéneux ou ne l’est-il pas *1 C’est là une question importante qui a été longtemps discutée et qui peut-être n’est pas encore absolument résolue.

I L’acide carbonique est certainement nuisible èt détermine la mort quand il existe en certaine quantité dans l’air i que nous respirons. Nous savons que la vie est impossible dans certains lieux où ce gaz se dégage d’une manière constante : tout le monde connaît Thistoire de la grotte du chien ‘,~mm on a conclu de ceS faits que dans l’asphyxie par le charbon, où il se produit de l’acide carbonique, la mort devait être déterminée par la présence de ce gaz, que l’on a dès lors considéré comme un gâz toxique. Or, il importe d’examiner ici à quelle dose l’acide carbonique peut occasionner la mort, et comment il agit quand il manifeste ses effets délétèresi

D’abord, doit-on considérer simplement Taeide carbonique comme un gaz irrespirable ou comme un gaz toxique ? Nous allons ebereher à répondre à cette question, et je vous avouerai tout d’abord qu’il est assez difficile de la résoudre, à cause de la facilité que présentent les gaz de s’éliminer par le poumon.

Il est bien établi que l'acide carbonique n’a aucune action délétère quand il est injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané ; mais quand il est appliqué sur la peau, il occasionnerait la mort dans certains cas suivant quelques auteurs, qui concluent de là que l’acide carbonique est un gaz toxique. Quant à moi, je pense que l’acide carbonique appliqué sur toute la peau peut agir comme un corps capable d’intercepter l’action de l’air qui est indispensable à l’activité vitale. C’est ainsi que si l’on met toute la surface extérieure du corps d’un animal en contact avec un enduit imperméable, on obtient le même effet, même avec les enduits les plus innocents, tels que l’huile, la glycérine. Quelques observateurs ont cru voir dans ces phénomènes une sorte d’asphyxie. M. Gerlach (de Berlin),

■ ayant mis une quantité déterminée d’air en contact direct lavée une certaine étendue de la peau d’un cheval, ob- ;serva, au bout de quelque temps, qu’une partie de l’oxygène de cet air avait été absorbée, et que de l’acide carbonique avait apparu comme dans l’acte de la respiration. Ce fait prouverait donc que les animaux absorbent normalement l’oxygène de l’air par la peau tout aussi bien que par les poumons dans l’acte de la respiration. Mais de plus on a constaté qu’il se produisait un refroidissement considérable dans le corps de l’animal quand la

RÔLE DE l’acide CARBONIQUE.

peau est entièrement soustraite au contact de l’air. L’acide carbonique pourrait peut-être agir comme un véritable enduit gazeux qui empêcherait l’arrivée de l’oxygène au contact de la peau.

On a répété autrefois ces expériences, à l’école d’Alfort, sur les enduits appliqués à toute la surface du corps chez le cheval, et l’on reconnut que, si au moment où les .symptômes morbides commençaient, on venait à mettre à nu une certaine surface de la peau, même assez peu étendue, en rasant les poils à cet endroit, l’animal revenait et : ne mourait pas. ^

Il n’est donc pas possible de mettre en doute l’importance de l’accès de l’air sur la peau ; mais quant à l’action délétère de l’acide carbonique expliquée par son absorption cutanée, je ne la comprendrais pas, puisque ce gaz peut être absorbé très-facilement, ainsi que je vous l’ai dit, par le tissu cellulaire sous-cutané et en quantité même très- considérable, sans produire le moindre accident.

Ainsi, vous voyez ici un lapin sous la peau duquel on a insufflé plus d’un litre d’acide carbonique, cet animal n’en est en rien affecté : au bout de peu de temps, le gaz sera absorbé, et il n’en restera plus de trace.

On peut même injecter l’acide carbonique dans le sang par les veines, il se dissout rapidement sans produire d’accident. J’ai aussi poussé de l’acide carbonique par une artère dans le cerveau ou dans l’aorte sans observer d’effet funeste. Il faut remarquer toutefois ici que ces expériences ne contredisent point celles qui prouvent que le sang veineux est impropre à entretenir la vie. En

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