G. BERNARD
' Voilà’ ce que nous avons constaté en opérant sur un animal. mort normalement.
Prenons maintenant cette autre grenouille que nous venons d’empoisonner par le curare, préparons-la de même et examinons, ainsi que nous l’avons fait précédemment, Pétat de ses nerfs et de ses muscles ; il est évident que toutes les différences que nous trouverons ici, soit en plus soit en moins, seront dues au curare. Or, si nous faisons agir l’électricité sur le muscle, nous voyons qu’il se contracte encore comme dans l’expérience précédente ; mais si nous agissons sur le nerf, nous ne produisons plus la contraction du muscle : donc, le nerf a perdu la propriété d’exciter le muscle et d’éveiller en lui la propriété contractile.
La différence que nous constatons à ce point de vue entre ces deux animaux morts, l’un normalement et l’autre empoisonné par le curare, consiste donc dans la perte d’action de l’électricité sur les nerfs de ce dernier. En réalité, dans ce cas, c’est le système nerveux moteur qui se trouve détruit, puisque le curare a respecté les muscles et n’a tué que les nerfs qui les animent. Comme je viens de vous le faire constater, ce fait est extrêmement facile à obsérver si nous avons la précaution de faire l’autopsie immédiatement après la mort ^ mais si nous avions attendu vingt-quatre heures, nous n’aurions absolument rien vu.
Si Je suis revenu sûr ces considérations générales, dont je vous ai déjà fait part à plusieurs reprises ; si j’ai répété, à un point de vue spécial, l’expérience bien connue aujourd’hui de l’empoisonnement par le curare, c’est que je voulais vous faire bien comprendre toute l’importance