ACTION SÜR LE SANG
difiée sous l’influence de l’oxyde de carbone. Voilà ce que nous allons chercher, et pour cela nous n’avons qu’une chose à faire : prendre dans le ventricule droit le sang veineux qui arrive au cœur chez cet animal asphyxié par l’oxyde de carbone, et voir si ce sang -possède, comme à l’ordinaire, la propriété d’absorber l’oxygène.
Voici cette expérience qui se fait devant vos yeux, et vous constaterez facilement que ce sang a perdu à peu f près complètement sa propriété absorbante par l’oxygène. Nous sommes donc arrivés par cette expérience à découvrir un caractère de ce mode essentiel d’empoisonnement. C’est en 1855 que j’ai fait cette expérience fondamentale,, qui m’a servi à donner l’explication de la mort par l’oxydé de carbone ; explication qui a été depuis adoptée par tous les physiologistes. Je vis dans mon premier essai que le sang d’un animal empoisonné par l’oxyde de carbone avait absorbé cinq fois moins d’oxygène qu’â l’état normal. Voici, du reste, les résultats d’une analyse que M. Gréhant vient de faire devant vous sur un animal intoxiqué par l’oxyde de carbone. Une certaine quantité de sang veineux non intoxiqué ayant été pris sur un chien a absorbé 5,5 d’oxygène et exhalé 3,0 d’acide carbonique. Alors on empoisonne l’animal jusqu’à ce qu’il tombe sur le flanc, et le sang pris dans le même vaisseau, après intoxication par l’oxyde de carbone, n’a plus absorbé quA 1,3 d’oxygène et exhalé 0,5 d’acide carbonique.
Le sang veineux d’un animal asphyxié par l’oxyde de carbone a donc, comme vous le voyez, perdu en majeure partie et peut même perdre en totalité la propriété d’absorber l’oxygène de l’air. Voilà un fait acquis
désormais à nos connaissances et que nous expliquerons plus tard.
Il s’agit maintenant de savoir si la perte de cette propriété absorbante de l’oxygène a enlevé au sang sa faculté physiologique d’entretenir la vitalité des tissus.
Ainsi, par exemple, un animal qui meurt par hémorrhagie, ne meurt que par la suppression d’un élément indispensable à l’existence de tous ses tissus : mais ces tissus eux-mêmes ne sont pas encore morts aussitôtaprès la soustraction du sang : ils ne meurent que quelques instants après. Aussi, si pendant qu’il en est temps encore, on injecte du sang normal dans les vaisseaux , on voit les propriétés, des tissus se réveiller à mesure que la transfusion s’opère. — Voyons donc si le sang d’un animal asphyxié par l’oxyde de carbone peut servir à la transfusion comme le sang normal. Voyons s’il peut, comme ce dernier, entretenir, réveiller les propriétés de ces organes, de ces tissus, ou de ces éléments organiques.
. Voilà comment nous allons exécuter devant vous cette expérience.
Nous prenons du sang à un chien en lui pratiquant une saignée. Nous asphyxions ensuite Tanimal par l’oxyde de carbone, et, quand il est mort, nous lui reprenons de son sang : de cette façon, nous avons deux échantillons de sang provenant du même animal, mais différents entre eux par la raison que l’un d’eux a été pris sur l’animal à l’état sain et que l’autre a été retiré après l’intoxication par l’oxyde de carbone.
Cela fait, nous allons injecter chacun de ces sangs défibrinés et convenablement préparés dans chacune des