ACTION SUR LE SANG
deux pattes de devant de l’animal : voilà ce qui arrive. — Si nous examinons d’abord le membre injecté avec le sang normal, nous voyons que les propriétés des muscles, des nerfs, qui n’étaient point encore perdues, mais peutêtre diminuées, sont réveillées et se conservent.
Mais si nous passons maintenant au membre injecté avec le sang intoxiqué, nous constaterons que toutes les propriétés des tissus nerveux et musculaires s’éteignent , peu à peu et finissent par se perdre. — Cette expérience me paraît concluante pour vous montrer que le sang d’un animal asphyxié par l’oxyde de carbone est devenu impropre à révivifîer les propriétés des tissus.
En résumé, sous l’influence du gaz toxique, le sang perd donc non-seulement la' propriété d’absorber l’oxygène et de le transporter dans l’économie, mais, de plus, il a complètement perdu le pouvoir physiologique d’entretenir les propriétés vitales des tissus.
L’expérience vient donc de nous montrer que le sang normal, injecté dans un membre d’un animal, entretient les propriétés vitales des muscles et des nerfs ; tandis que si l’on remplace le sang oxygéné par du sang intoxiqué par l’oxyde de carbone, toutes ces propriétés disparaissent. Cette expérience nous permet encore de constater un autre fait : à l’état normal, vous savez que le sang, après être devenu artériel, c’est-à-dire s’être chargé d’oxygène, se dépouille de ce gaz en circulant dans les tissus et revient par les veines, tenant en dissolution de l’acide carbonique. Ce changement survenu dans la composition des gaz du sang est accompagné d^un changement dans sa couleur.
Ici, dans notre expérience, nous voyons les mêmes choses se passer. Le sang artériel normal, injecté dans le membre, prend les propriétés du sang veineux dans les capillaires, et revient noir par la veine; ce qui prouve, en d’autres termes, qu’il a la propriété physiologique véritable du sang artériel de passer de l’état artériel à l’état veineux, en circulant et en vivifiant les tissus ; et l’on peut dire que plus il y a eu d’acide carbonique formé dans cette combustion intérieure, plus il y a de vitalité dans les organes, parce qu’habituellement la rapidité de cette transformation est liée à l’énergie des propriétés vitales du sang et à l’intensité de la production de la chaleur animale indispensable aux manifestations de la vie. Mais si maintenant nous ej^aminons ce qui se passe pour le sang intoxiqué par l’oxyde de carbone, nous voyons qu’il reste rouge, et qu’en revenant par les veines, après avoir circulé dans le membre, il se montre rouge comme en entrant dans l’artère. C’est là un signe évident que ce sang est devenu impropre à l’entretien de la vie. Pour vous montrer combien l’expérience précédente est décn siye et combien ce caractère que possède le sang normal de révivifier les tissus est un caractère sensible, nous allons faire en quelque sorte la contre-épreuve et renverser l’expérience précédente. Nous allons en effet changer les canules qui portent le sang. Nous ferons arriver le sang normal dans la patte qui, précédemment,
: recevait le sang intoxiqué et avait perdu ses propriétés, et nous verrons cette patte, inerte tout à l’heure, repren- , dre peu à peu la motricité qui était disparue de ses nerfs, tandis que si nous faisons passer le sang intoxiqué dans