‹ Leçons sur les anomalies de la réfraction et de l'accommodation suivies de l'examen du sens chromatiques et du champ visuel faites à la Faculté de Médecine de Bordeaux [electronic resource]Chapitre 19 sur 30 · IMAGE RENVERSÉE DANS LA MYOPIE. — SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

IMAGE RENVERSÉE DANS LA MYOPIE. — SA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE

En effet, lorsque le myope n'accomode pas, le fond de son œil éclairé vient évidemment produire s. m image réelle et renversée au remotum; il suffira donc à ' l'observateur de savoir reconnaître cette image pour diagnostiquer la myopie.

Toutefois, les myopies faibles, dont le remotum est à 1 mètre et au-delà, ne sont pas reconnaissables par ce procédé, parce que l'observateur se place forcément dans le champ môme de la vision du myope, entre le R et l'œil. Mais pour les myopies de plus d'une dioptrie, on peut obtenir des approximations très rapprochées dans l'évaluation du vice de réfraction.

La figure 50 montre bien les phénomènes essentiels sur lesquels repose cette méthode.

Ji'a partie bien éclairée, le vaisseau a b, par exemple, vient former une image renversée en a' b'. C'est

cette image que l'observateur emmétrope, placé eu E, doit reconnaître en se mettaut à la distance convenable.

Après l'avoir aperçue, cet observateur s'éloignera, se rapprochera tour à tour et constatera qu'elle occupe un point fixe. Alors il s'approchera de cette

image de plus en plus jusqu'au mouieut où il la fera passer en deçà de son proximum, ce qu'il reconnaîtra par le vague de ses contours et enfin par sa disparition complète. En somme, pour l'observateur, le problème est celui-ci : placer l'image renversée du myope assis en face de lui, à son propre proximum. Ceci fait, il ne restera plus qu'à mesurer la distance qui sépare M de E, l'œil de l'observé de l'œil de l'observateur. De cette distance on déduira la longueur toujours connue du proximum de l'observateur, et le reste représentera la distance exacte du remotum de l'œil observé, c'est-à-dire la mesure de sa myopie.

Pour être bien compris, prenons un exemple : Supposons qu'entre l'œil de l'observateur et celui de l'observé la distance soit de 40 centimètres et que l'observateur emmétrope normal ait son proximum à 15 centimètres, 40-15 mesurera la valeur du remotum de l'observé, soit 25 centimètres. Le vice de réfraction sera de 4 D. On arrive assez vite à pratiquer cet examen dans de bonnes conditions, car il est toujours facile, pour l'observateur, d'accomoder au maximum afin de bien placer l'image renversée à son proximum. Ce qui est généralement difficile pour les commençants, c'est le relâchement complet de l'accomodatiou, nécessaire pour l'image droite, car on n'est jamais bien sûr de ne pas mettre du tout en jeu le muscle ciliaire; mais un observateur attentif peut, au contraire, toujours donner son maximum d'effort, et il lui sera toujours facile de connaître son proximum par l'expérience, si l'échelle de Uonders, pour une raison quelconque, ne peut le lui donner avec précision.

Ce que nous venons de dire nous fait immédiatement comprendre comment l'observateur peut me-

surer la myopie en se servant de son remotum à la condition qu'il soit myope lui-même.

Le remotum de l'emmétrope et de l'hypermétrope n'existe pour ainsi dire pas, objectivement parlant, puisque l'un est à l'infini, l'autre au-delà de l'infini; mais le myope peut tirer parti de son point de vision le plus éloigné dans le cas qui nous occupe. Il manœuvrera comme précédemment, de façon à placer l'image réelle et renversée à son remotum. De la distance totale qui sépare les deux yeux, il déduira la longueur de son remotum et obtiendra par différence celui de l'observé.

Souvent, dans la pratique, on applique rapidement ce procédé de détermination de la myopie, sans mesurer autrement que par approximation la distance qui sépare l'observateur de l'observé. Il est alors impossible de dire exactement de combien de dioptries il s'agit dans le cas particulier, mais on reconnaît très bien la myopie faible, la myopie moyenne et la myopie forte. On a des renseignements suffisants pour déjouer la simulation, pour savoir si l'examen par les verres d'essai, qui devra toujours précéder l'examen objectif a été pratiqué dans de bonnes conditions.

Dans ce diagnostic de la myopie par l'image renversée, il faut aussi mettre en pratique une petite manœuvre des plus simples qui corroborera les conclusions obtenues par les moyens précédents. Cette manœuvre repose sur le déplacement de l'image renversée pendant que le miroir réflecteur se déplace et l'observateur avec lui. Si pendant qu'il fixe l'image renversée, l'observateur porte sa tête à droite ou à gauche, il voit suivre l'image en sens inverse, à droite, s'il incline la tête à gauche, à gauche s'il l'incline à droite. Ce phénomène est absolument carae-

téristique de la myopie, et dans les cas douteux, il seia d'une très grande utilité.

On peut aisément l'expliquer en remarquant que le cône lumineux qui éclaire successivement le fond de l'œil de droite à gauche ou de gauche à droite, emporte avec lui dans le même sent l'objet éclajré, le vaisseau par exemple fixé par l'observateur. Dans le fond de l'oeil, en réalité, l'objet marche dans le même sens que le pinceau lumineux réfléchi par le miroir; mais tous les phénomènes qui se passent au fond de l'œil apparaissent à l'extérieur absolument opposés, puisque l'image est réelle, aérienne et ren versée. Si l'objet suit ou mieux paraît suivre le pinceau lumineux de dedans en dehors, du côté nasal vers le côté temporal, l'image de cet objet fait le chemin contraire.

L'éclairage de l'œil par le miroir simple tient donc une grande place dans le diagnostic de la myopie et la production de l'image renversée donne les renseignements les plus précieux; mais nous l'avons déjà dit, l'éclairage simple, direct de l'œil, peut aussi produire une image droite dont l'intérêt est capital pour la mensuration des amétropies .

L'étude de la myopie par l'image droite, complétera ce que nous avons dit de l'image renversée ; mais c'est surtout l'hypermétropie qui relève de ce deuxième procédé de mensuration. Il n'est pas de moyen plus simple, plus pratique, plus rapide, plus heureux que celui-là dans toutes les manœuvres qui ont pour but le diagnostic des diverses amétropies.

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