‹ Leçons sur les anomalies de la réfraction et de l'accommodation suivies de l'examen du sens chromatiques et du champ visuel faites à la Faculté de Médecine de Bordeaux [electronic resource]Chapitre 26 sur 30 · TROUBLES VISUELS DAMS L\ MYOPIE · texte numérisé non relu

TROUBLES VISUELS DAMS L\ MYOPIE

Les degrés faibles de myopie se distinguent à peine de l'emmétropie. Les malades ne sont incommodés que lorsqu'ils cherchent à voir très distinctement les objets très éloignés.

La myopie moyenne nécessite l'usage des verres pour la vision de loin, mais de près la vue est excellente ; elle est même meilleure que celle de l'emmétrope pour plusieurs raisons, dont l'une des principales est que le myope pour voir de près n'a pas besoin de fatiguer son muscle ciliaire.

Le rôle de l'accommodation est réduit à son minimun chez le myope et vous vous rappelez (V. 5mo leçon) la dissociation qui en résulte entre cette fonction et la convergence. Souvent cette dissociation ne présente pas d'inconvénient sérieux, mais il est loin d'en être toujours ainsi. Souvent aussi la couver-

geuce fatiguée finit par faire défaut et avant la production d'un strabisme manifeste, il se produit une tendance à la divergence.

Lorsque cette tendance à la divergence existe, on peut s'en rendre compte en faisant fixer au sujet un objet très fin et en supprimant tout à coup la vision binoculaire à l'aide d'un écran translucide permettant à l'observateur de suivre les mouvements de l'œil. Au moment même où l'oeil est couvert il se porte en dehors ; si l'écran est enlevé, il reprend sa position normale ; mais on constate qu'il faut pour cela un effort de la part du droit interne ; à l'état de repos, la divergence l'emporte sur la convergence, c'est la première étape du strabisme, un degré de plus et la convergence est impuissante, l'œil est toujours dévié en dehors.

Avec l'insuffisance relative, la divergence virtuelle, apparaissent les signes d'asthénopie. Les yeux se fatiguent très vite à ce jeu anormal. Des douleurs de tête, des vertiges, de la diplopie viennent attirer l'attention du malade et du médecin.

Dans les degrés élevés de myopie, ces accidents sont encore plus accusés. Dans ces cas, en effet, la dissociation entre la convergence et l'accommodation est aussi grande que possible, de plus, l'œil est presque toujours très long et cet allongement a de fâcheuses conséquences au point de vue des mouvements de l'œil. Le globe oculaire prend la forme d'un ovoïde allongé dans le sens des axes orbitaires, si bien que les axes visuels ont naturellement une direction divergente que les contractions musculaires ne peuvent vaincre qu'avec difficulté et c'est là une nouvelle et puissante cause de strabisme externe.

Mais ces accidents de la myopie typique sont peu

de chose à côté de ceux qui se produisent dans la myopie maligne.

Dans cette affection le strabisme est plus fréquent encore que dans la myopie typique, et il existe non seulement en puissance, virtuellement, mais encore effectivement an grand détriment de la physionomie des malades.

L'écartement des deux lignes visuelles est plus ou moins grand ; on l'a évalué en degrés dont la mensuration peut être exactement faite par de

Fig. 64. — Arc kératoscopique de Wecker et Masselon.

nombreux instruments parmi lesquels nous citerons l'arc kératoscopique récemment imaginé par Wecker et Masselon .

Cet instrument représenté sur la figure 64, consiste essentiellement dans un arc gradué portant un disque mobile à l'aide d'un crémaillère. Un petit miroir dont l'inclinaison varie à volonté reflète les objets placés derrière la tête du sujet, de telle sorte que si celui-ci regarde dans le miroir, il y voit des

objets distants de plus de cinq mètres, le mur de la maison voisine, les arbres du jardin par exemple.

On fait asseoir le sujet le dos tourné à une fenêtre et on appuie la tige de l'instrument au-dessous de l'oeil à observer, sur la pommette; on invite le malade à voir ce qui se reflète dans le miroir afin de supprimer toute tendance à la convergence. L'œil strabique prend alors sa déviation naturelle. Il n'y a plus qu'à faire glisser le disque blanc jusqu'au moment où il se reflète au centre même de la cornée. La distance qui sépare ce disque de la partie moyenne de l'arc mesure le strabisme en degrés.

Malheureusement le strabisme n'est pas le seul accident de la myopie maligne; l'œil ainsi atteint est avant tout un œil malade, chroniquement enflammé. Il se produit des mouches volantes résultat d'un exsudât dans lecorps vitré, de la métamorphopsie ou changement de forme des objets, des scotomes dus à une choroïdite partielle, à des hémorrhagies rétiniennes petites et disséminées, enfin le décollement rétinien, déplorable privilège des myopes. La cataracte vient souvent terminer la scène et supprimer la vision d'une façon d'autant "plus grave que l'iutervention chirurgicale est alors particulièrement difficile et périlleuse.

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