‹ Leçons sur les anomalies de la réfraction et de l'accommodation suivies de l'examen du sens chromatiques et du champ visuel faites à la Faculté de Médecine de Bordeaux [electronic resource]Chapitre 27 sur 30 · TRAITEMENT DE LA. MYOPIE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA. MYOPIE

La myopie est donc une affection infiniment plus sérieuse que le vulgaire ne le croit communément. Sans doute une myopie faible, typique, permet une vision parfaite et de très longue durée, mais les

degrés moyens ou élevés entraînent toujours des troubles qu'il faut connaître et combattre.

Tout d'abord il faut s'attacher à prévenir la myopie ou à l'arrêter quand elle existe et nous devons insister sur le traitement prophylactique.

Prophylaxie de la myopie. — Il faut régler, gouverner, modérer le travail des yeux. Dans ces derniers temps de très grands progrès ont été réalisés et nul doute que le nombre croissant jusqu'ici des myopiej scolaires ne diminue avec l'observation exacte des préceptes posés par Javal, Cohn, Landolt, E. Trélat, etc., etc.

Les sièges et les tables doivent être construits de telle façon que l'enfant puisse, quand il écrit, appuyer ses avant-bras, sur la table, sans porter le corps en avant, sans lever les épaules, et quand il lit, appuyer la partie inférieure de son dos sur un dossier convenable.

Le livre sera placé sur un plan incliné, afin d'éviter que l'enfant se penche en avant pour se rapprocher; on a d'ailleurs imaginé à ce sujet des redresseurs qui tiennent là tête de l'enfant à une distance de trente centimètres .

Il sera souvent indispensable de faire cesser fréquemment le tiavail et les nouveaux programmes scolaires en interrompant les heures d'étude par de nombreuses récréations sont à ce point de vue très utiles.

L'éclairage devra être abondant. Ce sera, autant que possible, le soleil. Les peuples civilisés ont la malheureuse habitude de prolonger les soirées au détriment des matinées et de ne pas se servir, autant qu'il serait possible, de la lumière naturelle. En ce qui concerne l'éducation des enfants, surtout de ceux qui sont menacés ou atteints de myopie, il faut

sévèrement réagir contre ce déplorable vice de nos mœurs.

La source de l'éclairage artificiel devra être placée à gaucho, un peu au-dessus de la tête du sujet et cela parce que nous écrivons et nous lisons de gauche à droite.

Enfin, il ne suffit pas que les objets soient bien éclairés, il faut encore qu'ils aient des dimensions convenables.

Il importe notamment que les caractères d'imprimerie des livres scolaires aient des dimensions suffisantes La hauteur des plus petites lettres ne doit pas être moindre de 1 millim.5, et l'épaisseur des pleins au moins de 0 millim. 25. Les différentes lettres du même mot doivent être distantes au moins d'un demi-millimètre (Cohn). Dans les pensionnats de jeunes filles il faut aussi surveiller les travaux de broderie, de couture et exiger que les yeux atteints de myopie en soient autant que possible dispensés, tout au moins que les conditions d'éclairage soient aussi favorables que possible.

D'ailleurs, empressons-nous d'ajouter que les verres correcteurs seront pour les myopes jeunes ainsi que pour les adultes d'un très grand secours. Etudions maiutenaut dans quelles conditions ces verres doivent être prescrits.

Ti aitement de la myopie par les verres correcteurs. — Dans la myopie typique les verres correcteurs suppriment le vice de réfraction. Ils constituent pour le mal un remède sonverainement efficace.

Dans la myopie atypique au contraire leur usagfdoit-être modéré, soumis à certaines règles, sans quoi ils pourraient devenir un véritable danger.

A priori, il semble que rien n'est plus simple que d'indiquer de bons verres correcteurs aux sujets

atteints de myopie typique; en réalité il faut que le choix de ces verres soit le résultat d'un examen très judicieux et très approfondi.

Il faut autant que possible, par les divers moyens à noti'e disposition, reconnaître la myopie réelle et non la myopie apparente.

Par la méthode de Donders les sujets paraissent souvent plus myopes qu'ils ne le sont réellement à cause de la contraction du muscle accommodateur. Dans ce cas, on serait conduit à prescrire des verres beaucoup trop forts, et il vaut mieux attendre que ce spasme pathologique ait disparu. Au besoin, on s'en rendra maître par les my d viatiques .

On prendra donc toujours pour base du calcul la myopie réelle et encore dans les cas les plus favorables convient-il de donner toujours un verre un peu au-dessous du degré de myopie.

Le verre concave bien choisi ramène l'œil aux conditions générales de l'emmétropie et le sujet voit de loin dans de bonnes conditions, aussi pour la vision à longue distance peut-il, sans inconvénient, porter son veire constamment.

Pour la vision de près, au contraire, le verre choisi pour voir de loin est toujours nuisible. Le sujet doit lire, écrire sans verres ou avec des verres différents des premiers selon le degré de. son vice de réfraction. Ainsi, un myope de 2 dioptries et 1/2, dont le retnotum est à 40 centimètres, n'a pas besoin de verres correcteurs pour voir de près ; au contraire, un myope de 6 D à qui vous prescrivez 5 D ou 5 D 1/2 pour voir de loin pourra lire, écrire, coudre avec un verre concave de 3D. En effet, son remotum est à 16 centimètres, mais avec un concave de 3 D il sera reporté à 33 centimètres, chiffre suffisant pour permettre tous les petits travaux ordinaires. Si le

sujet veut voir à 50 centimètres, pour le piano, la peinture par exemple , vous prescrirez 4 dioptries ; mais il y aurait grand péril pour lui à lire avec des verres de 5D1/2; car, il devrait, avec le secours de son accommodation, lutter contre la concavité du verre .

A ce qui précède, il faut ajouter des réserves relativement aux myopes de plus de 12 dioptries. Dans ce cas l'influence rapetissante des lentilles concaves est telle que 1 on ne peut augmenter le champ de la vision qu'en diminuant par trop la surface de l'image et, par conséquent, l'étendue impressionnée de la rétine, si bien que l'acuité visuelle perd d'un côté ce qu'elle gagne de l'autre. Aussi, chez eux, faudra-t-il se contenter d'un à peu près et donner des verres qui permettront au sujet de se conduire aisément, de reconnaître ses amis dans la rue ou dans un salon, sans chercher à lui rendre l'acuité normale, d'autant mieux que les myopes d'un degré très élevé ont toujours grand avantage à faire reposer leurs yeux

Les verres concaves ne produisent exactement leur effet que lorsque Taxe visuel passe bien exactement par leur centre. Ce que nous avons dit à ce sujet des verres convexes peut leur être appliqué.

Dans les cas ordinaires, il suffira de veiller à ce que les verres soient bien exactement centrés afin qu'ils n'exercent aucune influence sur la convergence; d'autrefois, il y aura, au contraire, utilité à les décentrer afin de diminuer l'effort de convergence nécessaire à la fixation d'un objet rapproché.

Pour obtenir ce résultat il faudra décentrer les verres de façon à faire voir l'individu par la partie Interne de la lentille concave.

En disposant les verres comme sur la figure 65,

l'objet placé en 0' tombe sur la rétine en M au niveau de la macula. Il en résulte finalement que l'objet 0' est vu en 0 dans le prolongement de la ligne M D.

L'effort de la convergence est diminué de toute

Eig. 65.

la différence qui existe entre l'angle métrique D 0' A et D 0 A .

En disposant les verres comme sur la figure précédente on diminue la convergence du sujet et nous le répétons, c'est là souvent un avantage précieux ;

mais nous ne devons pas oublier que les myopes sont affectés d'un pouvoir de divergence excessif et que pour prévenir la transformation de la divergence virtuelle en strabisme externe on pourra au début solliciter la convergence et la mettre en demeure de lutter contre la divergence. On décentrera alors les verres dans le sens opposé, c'est-à-dire qu'on fera passer les lignes de regard par la partie externe des verres .

Pour exercer la vision binoculaire le sujet devrait dans ce cas faire de grands efforts qui, peut-être, corrigeraient la divergence et préviendraient le strabisme, mais ces exercices orthoptiques ont peu de prise sur la marche du mal et il faut le plus souvent en arriver au traitement chirurgical. D'ailleurs, il n est pas sans danger de faire ainsi converger à l'excès les myopes; leur vice de réfraction, les lésions du fond de l'œil peuvent en être aggravés d'autant. Nous préférons, au contraire, diminuer leur convergence comme l'indique la figure 65 et avoir recours au traitement chirurgical, la ténotomie si le strabisme apparaît.

Le décentrage des verres peut donc servir à deux fins : 1° à soulager, à diminuer la convergence en leur faisant remplir l'office de prisme à base interne; 2° à exagérer la convergence pour prévenir le strabisme externe, en obtenant au contraire l'effet d'un prisme à base externe. Bien rarement ou a recours à ce dernier moyen, théoriquement recommandable, mais en pratique défectueux autant qu'innefficace.

Il est. au contraire, souvent très utile de diminuer les efforts de convergence pour vaincre l'asthénopie et ses accidents ordinaires et lorsque cette indication n'est pas suffisamment remplie par les

lentilles concaves on aura recours au prisme.

Mais avant de choisir le prisme convenable il est indispensable de mesurer le degré de l'insuffisance musculaire. Pour cela on place devant l'un des yeux

Fig. G6. — Prisme de Crétés

un prisme à base inférieure en faisant regarder au malade un point noir coupé par une fine ligne verticale S'il n'y a pas d'insuffisance du droit interne, le sujet voit deux points placés l'un au-dessus de

l'autre sur la même ligne verticale ; au contraire, s'il y a insuffisance ou strabisme latent, les deux points sont séparés non seulement en hauteur, mais encore latéralement. Cet écart latéral indique et mesure la divergence virtuelle, et voici comment. A l'état normal, sans prisme placé devant l'un des yeux, la convergence parait se faire régulièrement parce que les yeux sollicités par le désir de voir l'objet simple, d'éviter la diplopie font des efforts excessifs pour que les droits internes amènent le regard sur un seul point; mais avec le prisme à base inférieure, il faut forcément voir double et dans ce cas la diplopie ne pouvant être évitée le sujet ne fait plus le moindre effort de convergence, à l'écartement en hauteur s'ajoute un écartement latéral.

Il est clair que le prisme à base interne qui supprimera cet écartement latéral mesurera l'insuffisance des droits internes. En expérimentant les divers prismes des boîtes d'essai on peut par le tâtonnement trouver le prisme correcteur, mais il vaut mieux se servir du double prisme de Crétés ou du prisme de Berlin.

Le prisme de Crétés, représenté ci-dessus, (Fig. 66) fournit rapidement et sans changer d'instrument toute la série, à l'aide de deux prismes qui tournent dans un anneau de façon à s'ajouter ou à se retrancher à volonté .

Le prisme de Berlin, encore plus simple, consiste en un verre prismatique enchâssé dans un anneau. Ce prisme d'abord vertical peut tourner et transporter sa base progressivement on dedans. Une échelle gravée sur la monture indique la valeur du prisme selon le mouvement de rotation qui lui a été imprimé.

On obtiendra ainsi le degré du prisme capable de corriger l'écart latéral. Supposons qu'on ait obtenu

6° ; avec un prisme de 3° placé devant chaque oeil on aura la correction voulue.

Quand la myopie n'excède pas 3 D, le sujet n'ayant pas besoin de verres pour voir de près ne portera que ses prismes pour lire et écrire. Si la myopie est plus forte, on combinera les verres prismatiques avec les verres sphériques appropriés.

A leur action prismatique les verres concaves ajoutent une action cylindrique à l'égard de tous les faisceaux de rayons lumineux qui ne les rencontrent pas perpendiculairement à leur plan.

Cette action cylindrique rend très souvent des services aux myopes atteints d'un léger degré d'astigmatisme. Dans ces cas le tâtonnement, l'habitude indique aux sujets le degré d'inclinaison qu'ils doivent donner à leur verre pour corriger avec leurs verres sphériques seuls leur double vice de réfraction.

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