CINQUIÈME LEÇON
DE LA CONVERGENCE — NOTATION DE LA CONVERGENCE — MESURE DE l' AMPLITUDE DE CONVERGENCE. — AMPLI- TUDE RELATIVE DE LA CONVERGENCE ET DE L'ACCOMO- DATION.
Dans les leçons qui précèdent, nous avons étudié l'œil à l'état statique et à l'état dynamique, et tour à tour nous avons montré les positions occupées par le proximum et le remotum, selon que l'œil était au repos ou que l'accomodation entrait en jeu.
La situation du proximum est étroitement liée au pouvoir de l'accomodation ; l'œil statique n'est disposé à recevoir que les rayons lumineux qui viennent de la plus grande distance possible, du remotum ; et lorsque l'accomodation n'existe pas, lorsque par exemple le cristallin est enlevé, le remotum et le proximum se confondent. Il n'y a qu'un point de l'espace où la vision s'exerce distinctement. Ce point est l'infini pour l'œil emmétrope , il est au-delà de l'infini pour l'hypermétrope et en deçà de l'infini pour le myope. On exprime ce fait en disant que l'hypermétrope a un R. négatif et le myope un R. positif
Pour un œil donné dont l'état statique est toujours le même, le remotum est constant; pour l'oeil emmétrope, par exemple, ce remotum est toujours à l'infini; mais le proximum varie essentiellement selon l'âge et nous avons vu qu'il s'éloigne de plus en plus à mesure que l'élasticité du cristallin diminue.
Plus tard, nous apprendrons à déterminer l'amplitude d'accomodation avec les verres d'essai et avec les optomètres; aujourd'hui, avant d'aller plus loin dans cette étude de l'oeil à l'état dynamique, il est indispensable de nous souvenir que l'oeil n'est pas un organe impair, fonctionnant seul dans une direction toujours la même.
Si nous ne regardions qu'avec un oeil, nous pourrions toujours regarder au devant de nous, dans la direction de l'axe optique à l'état de repos ; mais nous devons au contraire voir avec les deux yeux, c'est-à-dire fusionner les deux images rétiniennes.
Il y a convergence toutes les fois que les yeux regardent le même objet; s'ils regardent l'infini il y a convergence à l'infini, c'est-à-dire que les lignes de regard sont parallèles ; plus l'objet se rapproche, plus les yeux convergent pour le fixer en même temps, ainsi que cela est nécessaire dans la vision binoculaire.
Lorsque l'objet fixé est placé sur la ligne médiane, la convergence est la même pour chaque œil ; le degré de convergence est au contraire différent, pour chacun des yeux lorsque l'objet est placé plus à droite ou plus à gauche.
Pour la commodité de l'étude, il était nécessaire de mesurer d'une façon précise cet angle de convergence ; on y est arrivé par le raisonnement suivant:
Un œil qui regarde à l'infini présente un angle de convergence de » c'est-à-dire, nul; un œil qui con-
verge à 5 mètres, un angle de {, à un mètre, de ^etc. et on a convenu de ceci : que tout œil fixant un objet à 1 mètre a un angle de convergence égal à 1, s'il fixe à 0,50 centimètres, son angle est double, 2 ; à 0,25 centimètres, quadruple ; et l'on obtient ainsi les mesures : 1 angle métrique, 2 angles métriques, 4 angles métriques, etc.
Cette manière de mesurer la convergence est d'autant plus heureuse qu'ainsi que nous l'avons vu, les chiffres qui représentent les dioptries d'accomodation sont absolument les mêmes.
Ainsi un œil qui regarde un objet à 20 centimètres accomode de 5 dioptries, puisque T) = ^-0 et de même il converge 5 angles métriques puisque A-M. on G = 035- = 5 angles métriques.
Etant donné ce procédé de mensuration, demandons-nous maintenant ce qu'il faut entendre par amplitude de convergence.
L'amplitude de convergence est mesurée par la différence qui sépare l'angle de convergence maximum de l'angle de convergence minimum.
Si nous nous reportons à la figure 24, nous pouvons supposer que le point R représente le point le plus éloigné que les deux yeux 0 et 0' puissent voir ensemble ; dans ce cas-là l'angle 0 R M représente l'angle de convergence minimum ; cet angle s'appellera R. Si le point P est, d'autre part, le point le plus rapproché possible pour la vision binoculaire, l'angle 0 P M, désigné par P, sera évidemment l'angle de convergence maximum, et l'amplitude de convergence, c'est-à-dire la différence entre l'angle maximum et l'angle minimum sera P - R. On obtiendra ainsi la formule toujours vraie : Ac = P - R.
Le remotum de la convergence, le point R de la figure 24, n'est point toujours d'ailleurs placé à
une distance finie ; en général les deux yeux voient très nettement et ensemble à une grande distance, l'angle 0 R M dans ce cas devient nul : R = <x> =0.
Quelquefois le punctumremotum de la convergence se trouve placé au-delà de l'infini ; dans ce cas il y a divergence, ou si l'on aime mieux l'angle de convergence est négatif ; il est possible de mesurer cette partie négative de la convergence en I I se servant de prisme à arête
tournée vers la tempe ; ces prismes font dévier vers leur base les rayons lumineux parallèles, de telle façon que les rayons qui traversent l'oeil prennent une direction telle que le sujet est obligé de mettre en évidence toute sa puissance de . divergence pour les réunir sur la macula. (Voir Fig. 25.)
L'angle de déviation F S Z est égal à l'angle de dive: gence I S D. Or, on sait que la déviation produite par un prisme est égale à la moitié de l'angle du sommet du prisme, et, comme la valeur de ce dernier anglo 'B | est inscrite sur chaque prisme,
"M 0 il est toujours facile d'en tirer Fig 24 la valeur de l'angle de diver-
gence de l'œil observé.
Supposons par exemple que les prismes P et P' correspondent au numéro 4, l'angle de déviation sera
de deux degrés et le sujet qui fusionnera encore les images rétiniennes en regardant à travers les deux prismes dont nous parlons aura deux degrés de divergence ou de convergence négative.
En pratique il est inutile de mesurer la convergence négative ; il est même permis de toujours considérer l'angle de convergence minimum comme nul, bien qu'il soit rare que les deux axes optiques soient en parallélisme.
Il est beaucoup plus important de bien mesurer l'angle de convergence maximum ; pour cela, il suffit de placer un objet sur la ligne médiane et de le rapprocher le plus possible des yeux ; on reconnaîtra ainsi que l'angle de convergence maximum équivaut à 11 ou 12 a. m., c'est-à-dire que l'objet peut être très rapproché de l'oeil.
Ceque nous venons de dire de l'amplitude de convergence et de l'amplitude d'accomodation montre que les deux fonctions sont absolument synergiques; qu'à 3 dioptries d'accomodation correspondent 3 angles métriques de convergence et vice versa ; notons cependant que le pointle plus rapproché del'accomodation est généralement plus éloigné que celui de la convergence maximum. Il en est de même pour le punctum remotum, celui de l'accomodation est à l'infini, tandis qu'il existe toujours au-delà une convergence négative. La convergence et l'accomodation ont une marche parallèle sauf aux deux extrémités, la première dépassant toujours la seconde.
Rien d'ailleurs n'est plus naturel que cette union des deux fonctions. L'anatomie et la physiologie faisaient déjà prévoir ce résultat. La convergence est sous la dépendance du muscle droit interne innervé par le moteur oculaire commun et le muscle
de l'accomodation tire ses filets de h même joigine par l'intermédiaire de la racine gross3 et courte du ganglion ophtalmique. Le nerf de la troisième
, paire tient les deux fonctions sous sa dépendance.
Il ne faudrait pourtant pas croire qu'il existe un parallélisme absolu entre l'accomodation et la convergence . Si vous donnez à un emmé-
tropejeune, pourvu d'un pouvoir accomodatif considérable, des verres concaves de 2 dioptries, il pourra très bien fixer l'objet et le voir nettement ; c'est-à-dire qu'il utilisera 2 dioptries d'accomodation de plus sans pour cela faire vaiier l'angle métrique de sa convergence.
Les deux fonctions sont donc dissociables; de même, à l'aide des prismes, Donders a prouvé qu'on pouvait augmenter la convergence sans faire varier l'accomodation.
Mais cette dissociation de la convergence et de l'accomodation ne va pas très loin; l'écart ne peut-être que de quelques dioptries, c'est ainsi que pour un degré de convergence toujours le même, l'accomodation ne peut osciller en deçà ou au delà de quelques degrés; il existe pour chaque angle métrique un maximum
Fig. 25.
et un minimum d'accomodation, c'est ce que Donders appelle : amplitude d'accomodation relative.
Cette amplitude d'accomodation relative, n'est pas la même dans l'emmétropie et dans Pamétropie.
Dans l'a métro pie, en effet, les deux fonctions sont pour ainsi dire en désaccord constant à cause même du vice de réfraction ; ainsi par exemple, un myope de 8 dioptries fixe à 12 centimètres 1t2 un objet sans dépenser à aucun degré la force accomodatrice qu'il possède, tandis qu'il dépense pour voir binoculairement 8 a. m. de convergence. Lorsque le même sujet, atteint de 8 D. de myopie voudra voir à 10 cent., il n'aura à faire qu'un effort accomodateur de 2 dioptries tandis qu'il verra l'objet avec un angle métrique de 10 a. m. Ainsi chez le myope, la convergence l'emporte toujours de beaucoup sur Faccoinodation.
Chez l'hypermétrope on observe des faits inverses; l'accomodation est toujours plus élevée que la convergence etcecis'explique parce qu'avant de converger, l 'hypermétrope est d'abord tenu de corriger son hypermétropie. Supposons par exemple un hypermétrope de 3 dioptries qui fixe un objet placé à 50 centimètres, il doit d'abord accomoder de 3 dioptries pour corriger son vice de réfraction, ensuite de 2 dioptries pour voir l'objet à 50 cent, soit 5 dioptries d'accomodation, tandis qu'avec deux angles métriques, il dispose de la convergence voulue.
Donc le myope converge plus qu'il n'accomode, et l'hypermétrope accomode plus qu'il ne converge ; ces données trouveront leur importance lorsque nous étudierons les phénomènes cliniques des vices de réfraction et que nous aurons à expliquer le strabisme fonctionnel qui les accompagne si fréquemment.