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PROTECTION CONTRE L'INTOXICATION ICTÉRIQUE

colore proportionnellement à la durée de son immersion, et l'urine se décolore. Quand on intoxique brusquement Tanimal, il faut considérer la quantité de poison soluble qui peut à un moment donné impressionner les cellules nerveuses, et le temps nécessaire à la fixation du pigment sur les fibres blanches tendineuses, aponévrotiques, etc., pour les colorer. Pour colorer un tissu, c'est le temps qu'il faut, bien plus que la concentration de la bile.

Une fois débarrassée de sa matière colorante, la bile perd une partie de sa toxicité; aussi, quand on injecte la bile en nature, il suffît de mettre une lenteur suffisante dans l'injection, pour que les fibres blanches, fixant la bilirubine, préservent les cellules nerveuses. Pendant ce temps les sels biliaires s'échappent par les reins, ou se brûlent dans le sang. On peut ainsi expérimentalement et chniquement avoir la coloration ictérique sans l'intoxication, grâce à la lenteur de l'injection ou de la résorption.

Cliniqueinent, si toute la bile sécrétée en huit heures était jetée en bloc dans le sang, on verrait éclater immédiatement des accidents nerveux mortels. Mais, comme l'élimination s'opère incessamment par les reins, comme les fibres du tissu conjonctif se colorent incessamment, tandis que le sang ne résorbe que graduellement, les accidents nerveux sont écartés. Les tissus servent donc de protection à l'organisme contre certains poisons. La clinique nous montre que Tictère le plus intense, un ictère noir, ne tue pas, précisément parce que la matière colorante, dix fois plus toxique que les sels biliaires, se trouve fixée.

Ainsi, outre la protection hépatique et intestinale, l'organisme trouve contre l'intoxication biliaire une protection dans des tissus qui, dans la hiérarchie fonctionnelle des éléments anatomiques, occupent le rang le plus inférieur et qui soutirent au sang pour la fixer sur eux-mêmes la plus grande partie de la matière colorante. Enfin le rein intervient aussi pour une part en éliminant les acides biliaires; on trouve dans les urines des ictériques, incomplètement oxydé sous forme de matières

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sulfurées, sulfo-conjuguées, le soufre, dérivé de la taurine, et qui devrait s'éliminer par l'intestin.

Malgré cette élimination par le rein, une partie des sels biliaires impressionne, en passant à travers l'organisme, les globules sanguins, les cellules hépatiques, les fibres musculaires, les éléments épithéliaux, et, suivant que le rein joue plus ou moins parfaitement son rôle d'émonction, il se fait une destruction plus ou moins rapide de ces éléments. Tantôt la désassimilation est seulement activée et l'amaigrissement est rapide. Tantôt la désassimilation est si prompte que l'oxygène disponible cesse de pouvoir suffire aux combustions; la dégénérescence graisseuse résulte alors de la persistance d'un des produits de dédoublement de la matière azotée.

En outre, la rétention des acides biliaires agit sur la cellule hépatique qui elle-même subit la dégénérescence graisseuse. Alors un fait nouveau se produit, conséquence fonctionnelle de l'atrophie aiguë du foie : c'est la suppression des actes terminaux de la désassimilation.

Les matériaux de désassimilation ne subissent plus toutes les métamorphoses auxquelles ils sont soumis normalement dans le foie. La matière désassimilée ne devient plus excrémentitielle : les substances albuminoïdes restent colloïdes, au lieu d'être cristalloïdes et partant dialysables. L'urée, substance éminemment diurétique, diminue ; la conséquence en est une diminution de l'action rénale; or c'est là un danger de plus, une nouvelle entrave à l'élimination. Souvent aussi le rein est malade pour sa part par la même cause qui a produit l'ictère, une maladie infectieuse, par exemple. Mais alors il s'agit d'une intoxication tout autre. Le foie ne fabrique plus de bile, et cependant ce n'est pas l'achoHe qui tue le malade. L'intoxication est due à tout ce qui empoisonne l'organisme quand le rein ne fonctionne plus, et en outre aux matières qui habituellement doivent être transformées par le foie en matériaux excrémentitiels.

Le plus grand danger dans l'ictère, c'est l'imperméabilité rénale. Par contre les ictères graves avec reins perméables peuvent guérir.

YINGT-CINQUIEME LEÇON

(18 juin 1S85) ICTÈRE GRAVE ET ICTÈRES AGGRAVÉS

Importance de l'intégrité fonctionuelle et anatomiquedu rein au point de vue de la guérison de l'ictère. — Causes diverses qui font que le relu est souvent malade dans les ictères.

Conséquences de l'imprégnation des tissus par la bile. — Diminution, puis suppression des fonctions hépatiques : influence de l'arrêt des fonctions du foie sur l'assimilation et la désassimilation. — Accumulation dans le sang des déchets de la nutrition incomplètement transformés et devenus impropres à l'excrétion. — A l'auto-intoxication par les poisons naturels succède l'intoxication par des poisons anomaux.

Filiation des accidents dans les ictères aggravés : cholémie, acholie, urémie. Toxicité extrême des urines des ictériques, tant que les reins sont perméables. Importance de la polyurie dans le pronostic de l'ictère.

Distinction entre les ictères aggravés et la maladie particulière appelée ictère grave, ou atrophie jaune aiguë du foie, qui est peut-être causée par un agent infectieux, et qui peut évoluer sans ictère.

De ce que j'ai dit dans la précédente leçon sur les causes de l'intoxication dans l'ictère, je veux retenir qu'il y a deux poisons dans la bile : les sels biliaires qui ont été incriminés de tout temps, et, d'autre part, une substance jusqu'ici méconnue au point de vue toxique, la matière colorante. G^est là une notion nouvelle, je crois, en pathogénie.

Je veux insister aussi sur ce fait que, si dans l'ictère une quantité considérable de poison entre dans l'économie, cependant dans l'immense majorité des cas cette introduction n'est pas suivie de mort, parce que l'organisme est protégé doublement.

D'abord le rein emporte en partie le pigment et les acides biliaires ou leurs dérivés : aussi l'urine devient-elle toxique, et

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