DES FONCTIONS DU FOIE
le pigment biliaire diminue dans les urines, et, à un moment donné, chez des malades primitivement intoxiqués par la bile, l'intoxication biliaire se trouve supprimée. On cesse aussi de trouver dans les urines les acides biliaires ou les corps. sulfoconjugués ou le soufre incomplètement oxydé qui en dérivent.
Quand on administre à un malade atteint d'atrophie aiguë du foie une substance qui dans les conditions normales doit subir dans le foie certaines métamorphoses, des substances qui, comme la naphtaline, fixent des radicaux sulfurés, on constate que l'élaboration de ce corps, de cette naphtaline, par exemple, ne s'accomplit pas suivant les procédés normaux.
Au lieu de s'éliminer à l'état de naphtylsulflte de soude, elle se trouve, chez les cholériques par exemple, dans Turine sous un état encore indéfini, malgré les recherches de M. Rosenstiehl ; , elle y donne naissance à une matière colorante spéciale, d'un / violet pourpre analogue à la teinte du permanganate de potasse. Cette coloration, due à une anomalie d'élaboration de la naphtaline, je l'ai constatée aussi dans l'atrophie aiguë du foie et dans deux cas de fièvre typhoïde. Ainsi, quand le foie est détruit, les matières de désassimilation sont vicieusement élaborées; la chimie de l'ictère grave nous donne le droit de le dire, et ce cas particulier de l'élaboration anomale de la naphtaline dans l'atrophie aiguë du foie et le choléra nous en fournit une démonstration plus rigoureuse encore.
Outre les désordres résultant de la suppression des fonctions hépatiques, dans l'ictère grave, le rein, s'il n'était pas encore malade, ne tarde pas à le devenir. De même que le plomb, l'argent, le mercure, la cantharide en s'éliminant produisent de vraies néphrites toxiques, de même le poison biliaire et les poisons secondairement fabriqués dans l'organisme, par le fait de la désassimilation imparfaite, déterminent en s'éliminant des altérations rénales. Yoilà donc une nouvelle entrave à Témonction rénale, une nouvelle cause de rétention de poisons dans l'organisme. Enfiu les vaisseaux aussi deviennent malades; des exlravasations se produisent; et, dans des cas qui ne sont
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pas exceptionnels, l'hémorrhagie rénale vient encore augmenter rimperméabilité du rein.
Ainsi, pendant que les chances d'intoxication biliaire diminuent, apparaissent des causes d'intoxication secondaire qui vont toujours en augmentant par suite de l'imperméabilité rénale, de l'élaboration anomale du foie et de l'altération de toutes les cellules du corps.
A l'auto-intoxication par des poisons naturels va succéder l'auto-intoxication par les poisons morbides.
Si l'on se récrie contre celte complexité singulière des phénomènes, si l'on s'étonne de me voir substituer à l'idée trop simple et naturelle de la pathogénie des accidents graves de l'ictère par l'action des sels biliaires celle de processus différents qui s'ajoutent les uns aux autres et se commandent, je répondrai que pas un seul anneau de cette chaîne ne peut être démontré faux, et que la vérité peut être établie pour chacun des faits de détail en particulier. Leur hiérarchie, leur subordination seule peut être révoquée en doute.
Or, pour les ictères devenus graves, on est obligé d'invoquer cette succession de processus divers.
Je ne puis al'firmer d'une façon certaine que tel est l'enchaînement absolu des faits, mais je crois fermement que tous jouent un rôle, et j'ai grande tendance à croire que la filiation des accidents est la suivante : empoisonnement biliaire (cholémie); — dégénérescence cellulaire, notamment altération des cellules hépatiques; — atrophie du foie et suppression de ses fonctions (acholie) ; — altérations rénales de causes diverses aboutissant à l'insuffisance rénale; — enfin auto-intoxication mixte : par acholie, c'est-à-dire par la rétention de produits toxiques anomaux, et par urémie, c'est-à-dire par non -élimination des produits toxiques normaux que l'urine emporte physiologiquement.
Cet élément urémique n'est pas toujours comparable à l'urémie ordinaire; ce ne peut être une urémie d'origine alimentaire, les malades se nourrissant à peine, ni une intoxication par résorption de la bile, puisque celle-ci cesse d'être sécrétée;