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ÉCHEC DU CHOLERA EXPÉRIMENTAL

réfractaires spontanément et expérimentalement à l'influence des déjections cholériques directement introduites dans leur corps. Fallait-il espérer qu'on leur communiquerait le choléra avec des cultures pures? La chose paraissait invraisemblable, et cependant on a essayé de la réaliser en torturant, pour ainsi dire, la nature.

On a cherché à se débarrasser de ce qui pouvait protéger l'animal contre l'action du germe cholérique, suc gastrique, bile, mouvements intestinaux. On a alcalinisé le suc gastrique, on a porté directement l'organisme supposé pathogène dans le duodénum, on a introduit dans le péritoine jusqu'à 5 grammes de teinture d'opium par kilogramme d'animal. Les résultats obtenus sont discordants. Quelquefois c'était la mort, le plus souvent la survie. Quand les animaux sont morts, c'était d'ordinaire de péritonite ou de septicémie; aucun fait probant n'a entraîné la conviction. MM. Nicati et Rietsch, Koch, Ferran, Van Ermengen, voilà les seuls convaincus. Les autres, môme M. Cornil, qui a encore le sentiment que le bacille-virgule est bien le bacille du choléra, font des réserves formelles au sujet de la reproduction expérimentale du choléra.

Ces résultats, que je crois négatifs, ne prouvent du reste pas que le bacille de Koch ne soit pas pathogène. Ils prouvent seulement que les animaux, qui sont, comme on le savait, réfractaires à l'action de la matière cholérique, le sont aussi aux descendants cultivés des microbes qu'elle contient.

Mais en est-il de même pour l'homme? Lui qui contracte spontanément le choléra sans qu'on le torture, peut-il être malade à la façon des cholériques lorsque le bacille-virgule se développe en lui?

On ne peut répondre à cette question par une expérience sérieuse. Il existe comme faits expérimentaux ceux de Bochefontaine, qui a avalé sous forme de pilules des déjections cholériques : il a éprouvé des nausées et même des vomissements. Il s'est inoculé des liquides de culture dans le tissu cellulaire; il a obtenu quelques nodosités inflammatoires, mais non pas même l'apparence des accidents généraux du choléra.

La première expérience n'est pas absolument probante. Les

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bacilles pouvaient être absents de la matière ingérée, ils pouvaient y être trop rares; le mode d'administration avait pu les neutraliser.

La deuxième méthode ne peut être invoquée, puisqu'on ne contracte pas le choléra par inoculation hypodermique. Tout ce que nous savons prouve que l'agent infectieux s'introduit par les voies digestives.

Ce procédé d'inoculation a été repris par M. Ferran; celui-ci obtient les phénomènes] locaux éprouvés par Bochefontaine, une histosepsie locale arrivant rarement à la suppuration. Je ne sais ce que peuvent valoir ses inoculations comme moyen prophylactique \

Mais je vois déjà des objections à faire à ses pratiques.

En tout cas, les faits expérimentaux connus sur l'homme ne permettent ni d'accorder ni de refuser au bacille de Koch le rôle pathogénique qu'il réclame; mais, à défaut d'expériences, l'observation peut, par voie détournée, nous conduire à certaines conclusions.

1. Au moment où cette leçon a été faite, on ne possédait aucun renseignement précis pour juger la question Ferran. On pouvait dire seulement que le principe de la méthode, si principe il y avait, n'était pas prouvé en ce qui concerne le choléra. Chercher à créer une sorte d'immunité en changeant simplement la porte d'entrée d'un microbe est un principe connu avant M. Ferran. Les premiers, MM. Arloing, Cornevin et Thomas, dans leurs belles recherches sur le charbon symptomatique, en ont donné la démonstration. Mais ce qui est vrai pour un agent pathogène peut être faux pour un autre, et on doit, là comme ailleurs, se garder de toute généralisation hâtive. Malheureusement la valeur des résultats annoncés par M. Ferran se trouve singulièrement infirmée par le rapport de la mission française, composée de MM. Brouardel, Gharrin et Albarran. Ce rapport nous apprend que M. Ferran n'a pas pu, ou tout au moins n'a pas voulu, faire la preuve de ce qu'il avait avancé et sur la morphologie du bacille-virgule, et sur les effets obtenus chez les animaux. Les phénomènes observés chez les personnes inoculées ne sont en rien semblables à ceux d'un choléra atténué, ainsi que l'avait prétendu le médecin espagnol; leur sang ne contient jamais de bacilles-virgules. De plus, M. Ferran se refuse à s'expliquer sur la composition et la préparation de son vaccin, ou, quand il donne une explication, il l'abandonne quelques jours après pour en choisir une nouvelle. Enfin les statistiques qu'il publie, quelque nombreuses qu'elles soient, sont loin d'être inattaquables. En somme, la preuve scientifique de la valeur de la méthode de M. Ferran n'est point faite. C'est là le verdict prononcé par la mission française, et il est juste de reconnaître que ce verdict n'a été infirmé en rien par les rapports ultérieurs des autres missions (belge, américaine, italienne, commission espagnole) envoyées à Valence pour étudier la même question.

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