ANTISEPSIE GÉNÉRALE PAR VOIE INTRA-VEINEUSE
bien, il n'y a rien qui doive être appliqué actuellement à la thérapeutique de l'homme; mais je suis en droit de rechercher par l'expérimentation sur l'animal la solution de problèmes qui intéressent à un si haut degré l'avenir de la médecine. — Pour tenter l'antisepsie générale par la voie intra-veineuse, il fallait s'attaquer d'abord aux maladies dans lesquelles le microbe habite le sang exclusivement. On m'objectera peut-être que les agents pathogènes des maladies infectieuses de l'homme n'habitent pas, en général, le sang; ce serait oublier la fièvre récurrente, le charbon, la pustule maligne. Mais, pour ne parler que des maladies infectieuses des animaux, si contre la septicémie de Charrin mes essais ont été nuls, contre le charbon bactéridien j'ai obtenu quelques résultats encourageants.
J'ai communiqué l'an dernier la liste de quelques-unes des substances qui peuvent être utilisées au point de vue de l'antisepsie générale. Je n'en veux retenir que le mercure.
Pour mes essais, j'ai choisi le bi-iodure de mercure, le plus antiseptique, mais non le plus toxique des sels de mercure : l'équivalent thérapeutique de l'iodure de mercure est 0^^002. Au delà de cette dose, on provoque une albuminurie longtemps persistante. Cette dose est dissoute, à l'aide d'une égale quantité d'iodure de sodium, dans 5 à 12 centimètres cubes d'eau.
Or voici le bilan des essais d'antisepsie générale que j'ai entrepris avec l'iode et le mercure.
La majorité des animaux atteints du charbon bactéridien auxquels j'ai pratiqué les injections de bi-iodure de mercure, a succombé. Toutefois, quand on a pratiqué l'inoculation des bactéries non plus sous la peau, mais dans le sang, dans les veines, la survie a été plus longue de plusieurs heures, d'un jour même; en outre, quand les animaux sont morts, on ne trouvait plus de bactéries dans leur sang, ni dans les cultures de leurs organes, et les inoculations faites avec leur sang étaient négatives. Pourquoi mouraient-ils donc? Sans doute parce qu'ils n'avaient pu supporter le double assaut de la maladie
300 AVENIR DE l'antisepsie GÉNÉRALE
expérimentale et de la médication, mais ils n'avaient plus actuellement le charbon.
Enfin, après une série d'insuccès, un animal a guéri, et cet animal, réinoculé 12 jours après, n'a pas contracté le charbon. Ti'est là un fait unique, sans doute, mais je puis dire qu'il est plein de promesses, et ce seul fait permet de croire que l'antisepsie générale n'est pas un vain rêve, une chimère thérapeutique.