‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladiesChapitre 191 sur 227 · TRENTE-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-DEUXIÈME LEÇON

RÈCAPITLLATIOÎV GÉNÉRALE

Parvenus à la fin de cette étude sur le rôle de l'auto-intoxication dans les maladies, nous aurons profit à jeter un regard d'ensemble sur les notions que nous avons acquises, et c'est à cette récapitulation que nous devons consacrer la dernière de ces leçons.

Nous avons d'abord reconnu que les maladies peuvent être le résultat de quatre grands processus.

L'homme, avons-nous dit, porte en lui-même la cause de bien des maladies. Sa vie peut ne pas être normale, ou, pour exprimer la même idée avec d'autres mots, sa nutrition peut être défectueuse : cette nutrition viciée peut lui avoir été transmise par hérédité; il peut être aussi victime de troubles nutritifs acquis. De là les maladies par trouble préalable de la nutrition.

L'organisme humain peut être rendu malade par des causes extérieures, mécaniques, physiques ou chimiques. Pour ne donner qu'un seul exemple de chacun de ces ordres de causes, citons les traumatismes, les brûlures, les empoisonnements. Ces causes atteignent directement les cellules et provoquent leur réaction immédiate. Je dois reconnaître que ce processus pathogénique reste rarement à l'état de simplicité et que souvent il est rendu plus complexe par les réflexes nerveux ou par l'infection.

Les causes extérieures, en elTet, peuvent aussi exercer sur

nous une action indirecte par l'intermédiaire du système nerveux; c'est par ce procédé pathogéniqiie nouveau que se développent les maladies que j'ai appelées maladies par réactions nerveuses.

Enfin notre corps peut être envahi par le parasitisme et devenir malade par voie d'infection.

L'intoxication, lorsqu'elle agit primitivement, est comprise dans l'un des grands processus patliogéniques ; mais les autres processus, aussi bien les troubles préalables de la nutrition que les réactions nerveuses et l'infection, peuvent aussi agir secondairement par intoxication.

Quand la nutrition est ralentie, chez les obèses, chez les goutteux, par exemple, il est fréquent d'observer certains troubles nerveux, l'apathie, l'accablement, l'inaptitude au travail, la céphalée, et de constater dans les excrétions rénales, cutanées ou pulmonaires des produits incomplètement oxydés de la désassimilation, l'acide oxalique, les acides gras volatils. On admet, non sans une apparence de raison, que ces corps, tous toxiques, ne sont pas étrangers à la production de ces accidents nerveux. C'est une ébauche d'intoxication due à un trouble préalable de la nutrition. — Les mêmes substances nuisibles, engendrant les mêmes désordres nerveux, peuvent se produire d'une façon surabondante ou se détruire d'une façon insuffisante, chez des gens habituellement bien portants, par le fait d'excès, de veilles, de préoccupations tristes, ou sous l'influence de l'humidité, du froid, du séjour dans des lieux mal aérés et mal éclairés, toutes causes qui n'impressionnent l'organisme qu'en modifiant d'abord le système nerveux soit central, soit périphérique. C'est un autre exemple d'intoxication ébauchée due à une réaction nerveuse pathogène. — Parmi les substances fabriquées par certains microbes, il en est qui, même à petite dose, sont éminemment toxiques. De telles matières sont élaborées par certains microbes des putréfactions qui peuvent devenir les agents pathogènes de certaines septicémies. Si alors la maladie ne se complique pas de lésions d'organes importants, si les microbes n'existent ni dans le sang, ni dans les centres ner-

veux, ni dans les poumons, ni dans le foie, ni dans les reins, ni dans le cœur; s'ils n'existent — c'est le cas d'une septicémie, — que dans le tissu cellulaire de la région contaminée, il est tout naturel de rapporter les accidents généraux à l'absorption des matières toxiques fabriquées par ces microbes; et l'on ne comprendrait guère que ces accidents généraux pussent avoir une autre origine. Il y a donc, suivant toute apparence, certains cas où l'infection amène secondairement l'intoxication.

Ainsi l'homme s'empoisonne non seulement quand il avale une substance vénéneuse ou quand il respire un gaz méphitique, mais encore quand il est atteint de certaines maladies. Le poison, quand il vient du dehors ou quand il est fabriqué dans l'organisme par une perversion de la nutrition ou par la sécrétion d'un microbe, ce poison, dis-je, est une matière anomale comme nature ou comme quantité. Mais il existe des poisons normaux.

L'homme sain, je vous l'ai dit, est un réceptacle et un laboratoire de poisons. En effet, il en reçoit par les aliments, il en fabrique par sa désassimilation, il en forme par ses sécrétions. Le corps humain est même le théâtre d'élaborations toxiques qui sont opérées par des microbes normaux, par ceux qui habitent constamment son tube digestif.

Et cependant l'homme n'est pas empoisonné. Car il est défendu de plusieurs manières contre l'empoisonnement. D'abord son foie le protège en airétant au passage, avant qu'ils parviennent à la circulation générale, les poisons puisés dans l'intestin par la veine porte, pour les neutraliser ou les rejeter dans l'intestin. Puis les émonctoires expulsent les poisons qui sont en circulation. Ce n'est pas là une vue purement théorique. Je l'ai démontrée expérimentalement en prenant en nature le produit d'un émonctoire et en étudiant sa toxicité par injection dans les veines d'un animal.

L'idée traditionnelle que les urines normales sont toxiques avait été repoussée par Muron; sa vérité a été établie seulement depuis 1880 par Feltz et Ritter. Mais ceux-ci n'avaient vu que le fait de la toxicité de l'urine; ils n'avaient pas pour-

suivi dans le détail l'étude des caractères de l'intoxication qui résulte de l'introduction de l'urine dans les veines. Cette étude, je l'ai laite en déterminant non seulement la qualité , mais l'intensité de la toxicité urinaire.

J'ai établi d'abord quelle masse de matière vivante peut être tuée par le poison que chaque kilogramme du corps de l'homme sain fournit en vingt-quatre heures à la sécrétion rénale. J'ai possédé ainsi un étalon qui m'a permis d'étudier les variations d'intensité de la toxicité urinaire dans certaines conditions physiologiques et dans divers états pathologiques.

En faisant varier les expériences, j'ai montré qu'il n'y a pas un poison urinaire, mais que l'urine contient des poisons multiples. A l'aide du charbon, en faisant agir l'alcool pour séparer les multiples matériaux de l'urine, j'ai réussi à dissocier les divers éléments de sa toxicité et à prouver qu'il existe dans celle-ci au moins sept substances toxiques :

Une substance diurétique (l'urée) ;

Une substance narcotique ;

Une autre sialogène;

Une qui contracte la pupille;

Une substance hypothermisante;

Deux substances convulsivantes : l'une de nature organique; l'autre minérale (la potasse).

C'est parce que toutes ces substances s'échappent par l'urine que l'urine est toxique, et que l'homme n'est pas empoisonné. Tous ces poisons viennent du sang, et cependant le sang n'est pas toxique, car il se décharge incessamment des poisons qui y affluent, soit en les livrant aux émonctoires, soit en les cédant aux organes, soit en les brûlant au contact des globules.

Je viens de dire que le sang n'est pas toxique ; cette affirmation ne doit pas être prise à la lettre. Étant parcouru incessamment par des poisons qui gagnent les émonctoires, le sang doit forcément renfermer, à chaque instant, des matières toxiques. Le sang a donc réellement une toxicité qui peut être faible, qui peut être minime; il importe de savoir si elle est négligeable. De ce que l'homme vit avec son sang qui baigne

tous ses organes, conclure que ce sang n'est pas toxique, c'est un simple non-sens. La seule affirmation qu'on puisse se permettre a priori^ c'est que ce sang n'est pas assez toxique pour pouvoir, à la close d'un kilogramme, tuer ou même incommoder treize kilogrammes de matière vivante. La toxicité du sang doit, sans doute, être notablement inférieure à ce maximum; mais je vous ai démontré par des expériences nombreuses que cette toxicité est réelle, et j'ai fixé les limites assez étroites entre lesquelles elle se trouve placée. J'ai pu conclure qu'un kilogramme de sang vivant contient dans son plasma, et seulement dans son plasma, assez de poison pour tuer plus de 1250 grammes de matière vivante, et que l'homme mourrait empoisonné si son sang venait à contenir dix fois plus de poison qu'il n'en renferme à l'état normal.

Mais, si le plasma du sang est peu toxique, ses cellules renferment du poison, comme toutes les cellules du corps; et ces matières toxiques constitutives de chaque cellule ne peuvent être mises en liberté que par la désassimilation ou par la destruction de la cellule même. Parmi ces matières, il en est qui sont toxiques. Ces poisons, que toutes les cellules de tous les tissus renferment en puissance, sont de deux ordres : il y a des matières organiques qui résultent de la désassimilation et de la sécrétion, et des matières minérales au premier rang desquelles se place la potasse.

Parmi les produits de sécrétion, la bile, qui afflue périodiquement dans le tube digestif, contient du poison ; elle est toxique surtout par sa matière colorante, beaucoup moins par ses sels biliaires. Mais, normalement, la bile excrétée est peu dangereuse; car sa matière colorante et ses sels sont, en grande partie, précipités dans le tube digestif.

Cependant le tube digestif est une source considérable de poisons : car il contient, outre la potasse des aliments, outre la bile, les produits des putréfactions intestinales.

J'ai dû reprendre cette question de l'intoxication par produits putrides, après tant d'observateurs, après Gaspard, après Panum, Hemmer, 'Bergmann et Schmiedeberg, Zûlzer et Sou- Bouchard. Auto-intoxioations. 20

nenstein, après Selmi, Gautier, Brouardel et Boutmy. Puis j'ai étudié la putréfaction dans l'intestin, j'ai montré qu'il existe des alcaloïdes dans les matières fécales, que ces alcaloïdes sont de plusieurs espèces, et que, lorsque ceux d'une espèce prédominent dans l'intestin, on les trouve prédominant aussi dans l'urine. J'ai établi, après Stich, la toxicité des matières fécales. J'ai analysé les éléments de cette toxicité, et montré qu'elle est due en majeure partie à la potasse et à l'ammoniaque, mais que, débarrassées de la potasse et de l'ammoniaque, les matières fécales gardent encore un certain degré de toxicité qui n'est pas négligeable.

J'ai démontré que l'antisepsie intestinale, qui fait disparaître les alcaloïdes de la matière fécale et de l'urine, diminue la toxicité de l'une et de l'autre.

Connaissant ainsi les poisons normaux et les diverses sources de ces poisons, j'ai pu étudier une intoxication qui est due à leur rétention, V urémie. Mais j'ai pris soin de la dégager des accidents non toxiques qui surviennent dans les maladies des reins, l'albuminurie, les hémorrhagies, les lésions cardiaques et artérielles, les œdèmes, y compris l'œdème cérébral.

Je n'admets donc, vous le savez, comme accident urémique que ce qui est un accident toxique; j'ai fourni d'ailleurs la seule preuve décisive de la réalité de l'urémie toxique en montrant que l'urine des urémiques n'est pas toxique.

L'urine des urémiques n'est pas toxique, parce que toutes les substances toxiques que l'urine élimine normalement se trouvent retenues dans l'organisme de ces malades. Mais tout ce qui est retenu ainsi est-il toxique? Si une partie seulement est toxique, laquelle est-ce? Or ce n'est pas l'urée. Ce n'est pas la masse des matières extractives, ce n'est pas la potasse exclusivement. Aucun de ces corps ne peut expliquer par lui seul la toxicité. Mais chacun d'eux collabore pour une part différente à la toxicité générale, les matières colorantes pour a, les matières extractives pour 4r' la potasse et les. matières minérales pour ^. La connaissance de la multiplicité des agents toxiques permet de comprendre, suivant que prédomi ne

tel ou tel d'entre eux, les formes cliniques multiples que peut revêtir l'intoxication urémique, notamment les formes convulsive et comateuse. Elle explique l'apparition de certains symptômes spéciaux, tels que l'hypothermie, la contraction pupillaire.

Je crois avoir réussi à vous montrer, messieurs, que ces notions pathogéniques ne donnent pas seulement satisfaction à la curiosité scientifique, qu'elles ont pour corollaires des applications pratiques, et qu'en un mot elles sont loin d'être indifférentes au point de vue de la thérapeutique.

Après avoir étudié l'intoxication résultant de la rétention des poisons normaux, j'ai abordé l'étude d'états morbides qui sont causés par l'exagération de leur formation et dont l'embarras gastrique, la constipation, l'obstruction intestinale sont des exemples. Je vous ai tracé l'histoire de diverses intoxications par poisons d'origine intestinale, telles que l'empoisonnement par les saucisses gâtées; je vous ai cité un cas de Senator où la cause des accidents était l'acide sulfhydrique, un empoisonnement par la chair de poisson, que j'ai observé personnellement et où la formation d'une quantité excessive d'alcaloïdes put être incriminée; je vous ai rappelé le fait d'intoxication par une oie conservée où Brouardel et Boutmy isolèrent un alcaloïde toxique. Je vous ai montré que tous ces cas ressortissaient en réalité à l'infection avant d'aboutir à l'intoxication. Dans tous ces cas, en effet, on constate entre l'ingestion des aliments putrides et le début des accidents toxiques une assez longue période d'incubation. Il m'a semblé que le poison élaboré par les microbes dans la viande gâtée était en trop faible quantité pour causer l'empoisonnement, mais que les microbes, en continuant à se multiplier avec une intensité plus grande dans le tube digestif, allaient atteindre au bout de quelques heures un nombre prodigieux, et qu'alors les matières toxiques élaborées par eux arriveraient enfin à former une masse assez importante pour produire l'intoxication. Ici encore l'incubation oblige à admettre l'infection; mais les agents infectieux fabriquent un poison et l'infection aboutit à l'intoxication.

Mais la circonstance la plus commune dans laquelle se

trouvent réalisés les accidents d'intoxication par formation excessive de poisons dans le tube digestif est, vous ai-je dit, la dilatation de l'estomac, qui, indépendamment des troubles digestifs et des accidents nerveux reconnus de tout temps comme le cortège des états dyspeptiques, me paraît pouvoir causer beaucoup d'autres désordres. Elle engendre en particulier une albuminurie habituellement chronique et qui peut devenir permanente, mais qui reste longtemps curable et qui guérit rapidement quand, soupçonnant sa cause, on se donne la peine de la chercher et quand, étant capable de la découvrir, on sait aussi la combattre. C'est en provoquant des fermentations gastriques anomales et en rendant excessives les fermentations intestinales, en préparant des poisons et surtout de l'acide acétique, que la dilatation de l'estomac vicie la nutrition du tissu osseux et produit une déformation particulière de certaines articulations, une variété de rhumatisme noueux, l'ostéomalacie et peut être le rachitisme. Il est d'autres maladies de déchéance qui résultent des troubles de la nutrition générale engendrée par la dilatation de l'estomac; je cite celles où cette influence pathogénique se montre de la façon la plus manifeste : la chlorose et la phthisie pulmonaire.

J'ai indiqué le rôle que jouent, même dans les maladies infectieuses, certaines intoxications secondaires, et j'ai été ainsi conduit à vous exposer mes vues sur le traitement de la fièvre typhoïde, dont les points cardinaux sont, à mon sens, l'antisepsie intestinale, l'antisepsie générale, l'antithermie par la méthode des bains tièdes graduellement refroidis et une certaine diététique alimentaire. J'ai pu ainsi formuler à propos de la fièvre typhoïde des règles générales qui pourraient trouver leur application dans d'autres maladies aiguës.

Je vous ai montré la part qui revient à l'intoxication dans l'ictère. Cette intoxication est double. La bile, contrairement à ce qu'on admettait, est toxique surtout par sa matière colorante. Ce qui préserve l'organisme contre le pouvoir toxique de cette matière colorante, c'est l'urine qui en élimine incessamment une part; c'est aussi le tissu cellulaire, ce sont les tissus

fibreux dont les fibres blanches fixent sur elles l'excès de matière colorante non éliminé, qui, s'il demeurait en circulation, porterait une grave atteinte au fonctionnement des cellules nerveuses. D'autre part les sels biliaires augmentent la désassimilation, détruisent des cellules musculaires et des globules sanguins, et mettent ainsi en liberté des poisons organiques et minéraux, notamment de la potasse.

Or, dans beaucoup des maladies qui produisent l'ictère, le foie, qui normalement est chargé de protéger l'organisme contre les poisons intestinaux, est détruit ou entravé dans son fonctionnement; il cesse d'exercer ce rôle de protection; il cesse aussi de fabriquer de l'urée, et l'urée est le diurétique par excellence; c'est elle qui, en forçant la barrière rénale, entraîne avec elle les autres matériaux toxiques. Ainsi se trouve réalisée une intoxication complexe dont les phases successives sont la cholémie, l'acholie et l'urémie.

En définitive, dans l'ictère, la vraie sauvegarde de l'organisme contre l'intoxication, c'est le rein. Tant qu'il fonctionne, les urines des ictériques sont très toxiques, non pas par la bile qu'elles contiennent, mais par les matériaux issus d'une désassimilation exagérée. Le rein vient-il à exercer d'une manière insuffisante son rôle dépurateur, l'urine de l'ictérique cesse d'être toxique, mais l'ictérique s'empoisonne par le fait de la rétention des poisons normaux.

Mais nous avons vu que les poisons normaux ne sont pas seuls en cause dans toutes les intoxications. J'ai pu vous montrer dans l'atrophie jaune aiguë du foie un exemple de substances anomales, fabriquées par l'organisme élaborant vicieusement la matière. Je fais allusion à certaines albumines insolites, à la transformation inusitée de médicaments, comme la naphtaline qui cesse dans le cas d'atrophie du foie de s'éliminer à l'état de naphtylsulfite de soude. Parmi ces matières anomales, il en est qui sont toxiques.

Je vous rappelle que chez les glycosuriques, outre les accidents résultant d'une destruction incomplète du sucre formé par l'organisme, celui-ci peut donner naissance à un corps qui,

dans les urines des malades atteints de coma diabétique, prend une coloration rouge vin de Bordeaux au contact du perchlorure de fer. Ce corps n'existe pas d'ailleurs uniquement chez les diabétiques, puisqu'on Ta trouvé dans le coma dyspeptique, dans certains cas de cancer de l'estomac, d'anémie pernicieuse, de leucocythémie, puisque je l'ai trouvé dans la dilatation de l'estomac et dans la fièvre typhoïde. Il a été établi expérimentalement, vous le savez, que cette substance est toxique. A l'inverse de la plupart des auto-intoxications que nous avions rencontrées jusqu'ici, ce qu'on appelle l'acétonémie est une auto-intoxication par poison anomal, par poison morbide.

Dans le choléra il se fait aussi parfois une élaboration anomale de la matière, attestée par la coloration violette que présentent, même à l'émission, les urines de certains cholériques soumis à l'usage de la naphtaline. Mais le choléra est un exemple d'intoxication multiple. J'ai pu vous dire que, chez les cholériques, existe un poison primitif, inconnu dans son essence, qui est fabriqué soit par l'organisme à la sollicitation de microbes pathogènes, soit par ces microbes eux-mêmes. L'existence de ce poison me paraît démontrée par la toxicité spéciale des urines des cholériques qui, injectées aux lapins, déterminent chez eux le syndrome cholérique, l'apparence du choléra, mais non le choléra. Mais je vous ai dit aussi qu'outre les accidents causés par le poison cholérique, les malades atteints du choléra subissaient, à un moment donné, par suite de l'anurie, une intoxication secondaire, par rétention des poisons normaux, et je vous ai signalé le myosis comme le critérium clinique de l'apparition de cette intoxication urémique.

J'ai clos la série de ces leçons par des applications thérapeutiques relatives aux intoxications en général et déduites des notions pathogéniques. Le traitement des auto-intoxications fait de nombreux emprunts à la méthode antiseptique. Il était donc naturel de rechercher ce que l'on peut légitimement attendre de l'antisepsie générale. Je vous ai présenté en terminant certaines raisons et j'ai cité telle expérience de nature

à nous donner l'espoir que, dans l'avenir, l'antisepsie générale pourra fournir d'heureux résultais.

Et maintenant, messieurs, que par un rapide coup d'œil rétrospectif je viens de vous faire embrasser tout le chemin que nous avons parcouru ensemble, je crois être en droit de vous dire ceci. Lorsqu'il m'est arrivé de hasarder quelques hypothèses, je ne vous ai jamais dissimulé que ce n'étaient que des hypothèses. En revanche, toutes les fois que je vous ai apporté des affirmations, elles ont été appuyées sur une démonstration expérimentale.

Page 1