TROUBLES DE LA. NUTRITION, INFECTION
cause de maladie; c'est par leur action directe sur les centres nerveux que les désordres affectifs, les changements d'humeur, le surmenage intellectuel et tant d'autres perturbations psychiques arrivent souvent aussi à détériorer la santé. Ce n'est, en général, qu'une condition accessoire ou prédisposante dans le développement de la maladie, c'est rarement la cause provocatrice prochaine ou exclusive.
Les deux autres processus pathogéniques d'une importance dominante sont : les troubles préalables de la nutrition et l'infection.
Les troubles de la nutrition régissent, à mon sens, le plus grand nombre des maladies chroniques et expliquent l'apparition de beaucoup de maladies aiguës. J'avais consacré à cette étude la première année de mon enseignement, j'y suis revenu lorsque j'ai cherché à déterminer le domaine exact de la diathèse et les procédés par lesquels on peut entreprendre la cure des maladies diathésiques. Mon effort constant a été et mon rôle sera peut-être de rendre aux diathèses la part qui leur revient de droit dans les préoccupations du médecin. J'ai dû, pour cela, les dégager du nuage mystique qui les voilait et je les ai rendues physiologiquement intelligibles, quand j'ai dit que la diathèse est un trouble permanent de la nutrition qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme siège, comme évolution et comme processus pathologique. C'était restituer à la diathèse sa signification traditionnelle, c'était la considérer à nouveau comme un tempérament morbide.
L'infection est le dernier des quatre processus pathogéniques. On retrouve la trace de cette notion bien loin dans le passé; mais elle n'a pris corps que dans le dernier quart de ce siècle. C'est ce qu'on appelait et c'est ce qui, maintenant surtout, mérite d'être appelé : contagium viviim.
L'interprétation de l'infection a provoqué les discussions les plus ardentes de notre époque. L'éclat de certaines découvertes récentes était bien fait pour fasciner et pour éblouir. Il a déchaîné, suivant les tempéraments, l'enthousiasme ou le sarcasme,
rengonement ou l'effarement. Engouement ou effarement, ce sont là des sentiments que la science répudie. Celle-ci continuera, malgré les résistances et malgré les intempérances d'un enthousiasme exagéré, sa marche sereine et impassible vers la vérité.
A l'heure actuelle, la nature vivante de la matière contagieuse est hors de cause. Depuis que l'homme a la notion de la contagion, il s'est demandé en quoi elle pouvait consister. De toutes les hypothèses, aucune n'a été vérifiée, jusqu'au jour où il a été démontré que, dans le corps d'un individu atteint d'une maladie contagieuse, il existe des organismes végétaux inférieurs capables de s'implanter et de se multiplier dans les tissus d'un homme sain, et de déterminer chez lui une maladie semblable à la première. Yoilà l'aboutissant final de tous les systèmes relatifs à la contagion.
La démonstration n'a pas été faite pour toutes les maladies contagieuses, sans doute; elle n'est même complète que pour un nombre plus limité qu'on ne le prétend. Le parasitisme est établi avec certitude pour quatre maladies de l'homme : le charbon, la morve, la tuberculose et la gangrène gazeuse; de plus, la preuve est presque faite pour la blennorrhagie et l'érysipèle.
A ces maladies de l'homme, on peut ajouter quelques septicémies expérimentales, le choléra des poules, le rouget du porc, le charbon symptomatique. C'est peu comme nombre et c'est beaucoup, si l'on réfléchit que, dans ces seuls cas où l'infection a pu être interprétée d'une façon positive, la solution a été univoque : toujours la contagion a été reconnue fonction d'un organisme végétal.
Avons-nous le droit de généraliser, et pouvons-nous dire qu'elle est toujours due au transport d'un végétal de l'individu contaminant à l'individu contaminé; que, dans tous les cas, l'infection est le résultat de l'introduction dans l'économie et de la pullulation d'un végétal parasite? — Non, d'une façon absolue; oui, si l'on se contente d'énoncer une hypothèse extrêmement probable. — Nous exceptons assurément la contagion nerveuse, celle qui résulte de l'exemple.