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LE MICROBE ET LE TERRAIN

Pour les maladies à matière contaminante, toutes les fois qu'on a trouvé une explication de la contagion, cette explication a été celle que je viens de vous donner; aucune autre n'a été vérifiée, aucune n'est vérifiable.

Admettons donc, au moins par provision, que chaque maladie contagieuse est produite par un microbe. Attendons que la preuve positive soit fournie pour celles où le microbe n'a pas encore été démontré; nous accepterons sans étonnement l'annonce de sa découverte et sans inquiétude les retards qui pourraient être apportés à cette démonstration. Que des hommes rompus aux difficultés et aux déhcatesses des recherches microbiologiques nous donnent ce complément de démonstration : c'est avec reconnaissance que nous glorifierons chacune de leurs découvertes. Le rôle du médecin n'est pas exclusivement de chercher l'agent infectieux; mais il doit compter avec lui. Dire microbe au lieu de virus ou contage, ce n'est pas remplacer un mot par un autre, c'est substituer une notion positive à l'ignorance ou à la fantaisie; c'est, du même coup, poser cette question éminemment pratique : quelles sont les conditions qui rendent possible le développement du microbe, quelles sont les conditions qui pourraient entraver sa puUulation?

Ce qui rend, possible le développement de la maladie infectieuse, ce n'est pas la rencontre fortuite d'un homme et d'un microbe. Cette rencontre est constante; mais elle est généralement sans etfet. Les microbes, même les plus dangereux, nous assiègent; ils sont répandus autour de nous avec cette même prodigahté que la nature met à distribuer la matière fécondante. Et cependant, la fécondation est rare. La maladie infectieuse aussi n'est qu'un accident, parce que l'agent infectieux ne trouve qu'exceptionnellement les circonstances favorables, je ne dis pas à sa pénétration, mais à son développement et à sa multiplication.

L'homme sain n'est pas hospitalier pour le microbe. Presque constamment envahi par des agents infectieux, il réagit contre eux, et dans cette lutte garde généralement le dessus, à tel point que souvent la maladie ne devient même pas apparente.

Il n'en est pas de même quand sa vitalité est amoindrie : alors ses moyens de défense diminuent. De même qu'on voit se couvrir de joncs des terrains où quelques circonstances insolites s'opposent à l'écoulement naturel des eaux, de même certains microbes peuvent envahir l'organisme humain dont la santé fléchit, quand, par le fait d'un trouble de la nutrition, la constitution chimique de l'organisme s'est modifiée.

C'est donc une modification préalable de la nutrition qui rend possible l'infection. La maladie est ainsi le résultat de . deux processus différents dont l'un ne peut agir qu'à la faveur de l'autre. En effet, les processus pathogéniques sont rarement isolés; dans l'immense majorité des cas, ils sont associés et combinés.

Cette complexité, vous ne la trouvez pas seulement quand il s'agit de la contagion, mais aussi quand il s'agit des maladies les plus simples, les traumatismes par exemple. Dans ces dystrophies élémentaires primitives, où la cause s'attaque directement à certains groupes cellulaires, où les cellules sont dissociées, écrasées, coagulées, la maladie ne sera presque jamais constituée par ce désordre unique d'un groupe cellulaire ; presque toujours, le traumatisme déterminera la mise en œuvre de processus pathogéniques nouveaux : l'infection et les réactions nerveuses. La désorganisation des cellules ouvre la porte aux agents infectieux et leur prépare la matière qu'ils doivent détruire. En outre, la cause vulnérante intéresse le plus souvent les éléments nerveux, et, par leur intermédiaire, provoque des réflexes; les uns se manifestent dans la partie blessée où l'irrigation sanguine, l'absorption, la nutrition vont s'opérer d'une façon anormale; les autres retentissent sur toute l'économie; le cœur se contracte plus souvent, la respiration s'accélère, l'élaboration de la matière se trouve modifiée dans toutes les cellules du corps, l'urée et l'acide carbonique se produisent en plus grande quantité. La réaction nerveuse n'a donc pas ajouté seulement quelques traits particuliers aux manifestations locales, elle a associé tout l'organisme au travail qui s'opère dans la partie lésée.

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