‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladiesChapitre 28 sur 227 · CRÉÂTININE, MATIÈRES ODORANTES ET COLORANTES · texte numérisé non relu

CRÉÂTININE, MATIÈRES ODORANTES ET COLORANTES

On pourrait continuer la démonstration pour la créatinine; mais des expériences déjà anciennes de Ranke, de Schiffer, ayant établi qu'elle n'est pas toxique, nous dispensent d'insister actuellement. Nous reviendrons d'ailleurs sur cette étude expérimentale.

Je me suis occupé du rôle que les matières colorantes et odorantes peuvent jouer dans la toxicité. L'évaporation qui enlève des matières odorantes^ augmentant la toxicité de l'urine, les met suffisamment hors de cause.

Pour les matières colorantes^ j'ai procédé de la manière suivante. J'estime le pouvoir toxique d'une urine par l'injection en nature; puis je la décolore par le charbon; j'injecte cette urine décolorée et je constate qu'elle a perdu presque le tiers de sa toxicité ; une quantité égale à celle qui tuait ne produit plus que des accidents à peine perceptibles. Elle ne produit surtout plus la contraction pupillaire (1).

On pourrait donc être tenté de dire que l'un des agents toxiques de l'urine est une matière fixée par le charbon, et, comme les matières colorantes ont cette propriété, de leur attribuer un tiers de la toxicité de l'urine; mais la conclusion n'est pas nécessaire, car, en même temps que les matières

(1) Injection intra-velneiise d'urine colorée et d'urine décolorée.

4 décembre 1884. — 1" On injecte 65 centimètres cubes d'un mélange de l'urine de deux hommes sains, filtrée et neutralisée, dans les veines de l'oreille d'un lapin qui pèse 1650 grammes; soit 39 grammes par kilogramme.

On voit se produire une contraction pupillaire très accentuée, quoique non punctiforme.

L'animal, après l'injection, est très abattu. Température avant, 39%2 : elle tombe à 38'',4, puis à 37%8.

2° On injecte 102 centimètres cubes de la même urine, après V avoir décolorée, à un lapin pesant 1670 grammes; soit 61 grammes par kilogramme.

La pupille ne se contracte pas.

L'animal parait, après l'injection, bien moins malade que celui de Texpérience précédente. Température avant, 39'', 2 ; après,

Ôb CAUSES DE LA TOXICITE DES URINES

colorantes, d'autres substances peuvent s'être fixées sur le charbon.

Un seizième de la potasse est arrêté par le charbon; les alcaloïdes le sont presque en totalité. Si l'urine décolorée, qui a perdu le seizième de la potasse, a perdu en même temps le tiers de sa toxicité, il faut bien qu'il y ait dans l'urine quelque chose de toxique à côté de la potasse. Et si l'urine qui a perdu la totalité de ses alcaloïdes garde encore les deux tiers de sa toxicité, il faut bien que la toxicité ne réside pas tout entière dans les alcaloïdes. Quand on épuise par l'alcool le résidu sec de l'urine, on voit que l'extrait alcoolique, qui renferme vraisemblablement la majeure partie des alcaloïdes, est sensiblement moins toxique que le résidu insoluble dans l'alcool, qui ne doit contenir que peu d'alcaloïdes.

Donc le charbon enlève à l'urine la substance qui fait contracter la pupille, mais non tous ses principes toxiques.

Poursuivons l'analyse des propriétés toxiques de l'urine au moyen des extraits et en adoptant la méthode dichotomique.

On fait évaporer une quantité déterminée d'urine dont la toxicité était connue; le résidu sec est lavé à plusieurs reprises à l'alcool absolu, puis on fait évaporer à siccité l'ensemble des liqueurs alcoohques. On obtient ainsi deux extraits, l'un contenant les matières solubles dans l'alcool , l'autre les matières insolubles dans l'alcool. Ces deux extraits étant dissous dans l'eau, on possède deux solutions : l'une, représentant les substances de l'urine solubles dans l'alcool; l'autre, les substances insolubles dans l'alcool. On expérimente la toxicité de ces deux extraits. On constate que tous deux sont toxiques, mais de façons différentes (1).

(1) Injection dans les veines d'un lapin de l extrait aqueux d'urine normale insoluble dans Valcool. Mort.

11 novembre 1884. — On prend 200 centimètres cubes sur la totalité des 1300 centimètres d'une urine normale émis en vingt-quatre heures. On a évaporé à siccité sur le bain-marie au chlorure de calcium ; le résidu a été lavé à l'alcool absolu; tous les liquides alcooliques réunis, fdtrés, ont été distillés dans la cornue à siccité,

Page 1