PART DE TOXICITÉ ATTRIBUABLE A CHAQUE MATIÈRE
produit le myosis et la salivation; or nous voyons ces deux phénomènes se dissocier, quand on expérimente séparément avec l'extrait des matières solubles et avec celui des matières insolubles dans l'alcool.
Nous pouvons dire encore que le coma, la diurèse, la salivation ne sont pas produits par les matières minérales, dont une très faible part (quelques sels de potasse) passe dans le lavage alcoolique; — que les convulsions, le myosis, l'abaissement de la calorification ne sont pas attribuables à la masse des matières organiques, qui ont été entraînées par le lavage à l'alcool.
Le coma, que produisent les matières solubles dans l'alcool, n'est jamais causé par l'urée. Celle-ci ne détermine avant la mort d'autre phénomène que la diurèse; elle n'abaisse pas la calorification et ne peut tuer, nous l'avons vu, qu'à des doses énormes en s'opposant à l'osmose.
Yoilà ce que je puis vous dire. Quant à répondre à d'autres questions sur la part qui revient à tel ou tel corps chimiquement défini dans la production de chacun des symptômes observés après les injections d'extraits, je ne le puis.
Je ne sais quelle est la substance qui, passant avec l'urée dans le lavage alcoolique, produit le coma.
La diurèse appartient à l'urine en nature, à la partie de l'extrait soluble dans l'alcool, comme à l'urée, qui, expérimentée isolément, est certainement diurétique. Je puis donc penser que c'est l'urée qui est la cause de la diurèse.
La salivation? — L'urée ne l'augmente pas. Le sang, qui a un pouvoir sialogène plus grand que l'urine, renferme beaucoup moins d'urée. Je ne sais quelle est la substance qui produit la salivation ; je puis dire seulement qu'on la trouve aussi dans le sang, dans les muscles, dans le foie.
Qu'est-ce qui produit le myosis, les convulsions? Sont-ce les matières minérales? — On est tenté de le dire. Pourtant l'urine décolorée, qui a perdu peu de matières minérales, ne détermine plus ni les convulsions, ni le myosis.
Expérimentalement, après la carbonisation de l'extrait, la
dissolution du résidu qui ne contient plus que les matières minérales ne produit non plus ni les convulsions, ni le myosis. Le myosis ne se produit jamais; mais, si l'on injecte plus de matières minérales que n'en contenait la masse d'urine qui a tué sans convulsions, on peut arriver à tuer, et alors la mort est toujours précédée par des convulsions.
On pourrait objecter à cette expérience que la carbonisation a pu volatiliser certains sels minéraux ou changer leur état chimique. Mais la carbonisation n'est pas la calcination; d'ailleurs, en expérimentant avec les bases fixes, la soude et la potasse, on peut apprécier les effets directs de ces substances.
La soude est convulsivante; neutralisée par l'acide carbonique, c'est-à-dire sous la forme de bicarbonate de soude en solution diluée, elle facilite les hémorrhagies, en rendant le sang plus fluide, comme l'avait vu Magendie, et comme je l'ai de nouveau établi expérimentalement en 1869. De grandes convulsions surviennent à la dose de isi',20 par kilogramme d'animal, et la mort à S^^ôO. Or l'urine contient tout au plus 8 grammes de sels de soude par litre, c'est-à-dire àS centigrammes par 60 centimètres cubes d'urine. L'urine renferme donc à peine la moitié de la soude capable de produire les convulsions, le quart de celle qu'il faudrait pour amener la mort.
La potasse est infiniment plus toxique. Le bicarbonate de potasse détermine la mort avec des convulsions violentes à faibles doses, à 5 centigrammes par kilogramme d'animal, et les convulsions commencent à la dose de 3 centigrammes. La potasse est Mi fois plus toxique que la soude ; mais, si Ton trouve 2 grammes de sels de potasse par litre d'urine, c'est-à-dire 12 centigrammes par 60 centimètres cubes, ce n'est pas à l'état de bicarbonate de potasse, mais de chlorure, sulfate et autres sels de potasse, qui sont moins toxiques et dont nous rechercherons plus tard le degré de toxicité. On peut néanmoins admettre que la potasse est à la limite de la toxicité. S'il en arrive dans le sang un excès, même peu considérable, les ■convulsions et la mort peuvent en être la conséquence.
Quand on injecte la solution des matières minérales obtenues, non par carbonisation, mais par calcination, on observe quelquefois ce résultat paradoxal : pour tuer, il faut moins de ces matières qu'il n'y en a dans la quantité d'urine en nature dont l'injection produit la mort. Cela tient, je pense, à ce que la calcination a transformé en carbonates une partie des sels alcalins, et que, pour une même quantité de soude ou de potasse, les carbonates de ces bases sont deux et trois fois plus toxiques que les chlorures, sulfates ou phosphates.
L'ammoniaque est toxique, moins que la potasse, mais plus que la soude; à 15 centigrammes par kilogramme, l'ammoniaque, comptée comme substance anhydre et neutralisée dans l'eau par l'acide carbonique, produit la convulsion, puis la mort. Mais l'urine normale ne contient que des quantités douteuses d'ammoniaque.
En résumé, parmi les substances minérales, la potasse est la seule qui donne peut-être sa note dans le concert toxique.
J'ai fini de vous dire ce que je sais sur la part qui revient dans la toxicité des urines à chacune des subtances que nous soupçonnons; j'ai dit ce que je sais, mais non ce qu'on devrait savoir; l'analyse et l'isolement des divers principes toxiques de l'urine devront certainement dans l'avenir être poussés plus loin.