RÉFUTATION DE LA THÉORIE DE TRAUBE
ques se produire chez des malades qui éliminent de l'eau en excès; leurs urines sont en quantité plus que normale et ils ont des évacuations stomacales et intestinales.
L'hydrémie aurait pour effets les œdèmes; mais il faudrait pouvoir démontrer expérimentalement cette relation; or, ni la pathologie expérimentale, ni la clinique ne permettent cette affirmation.
L'anurie calculeuse double, subite, produit des accidents urémiques au bout d'un temps connu, sans déterminer d'œdème. Ainsi se trouve rompu un des chaînons du raisonnement de Traube.
Richardson a injecté dans le péritoine d'un chien une quantité d'eau équivalente au cinquième du poids de l'animal. Il a produit toute autre chose qu'une intoxication. Il a pu tuer par septicémie, en rendant possible, grâce aux modifications que cette injection avait fait subir aux tissus, l'éducation de quelque agent infectieux venu du tube digestif ou du dehors et qui est devenu capable de produire une septicémie. Mais dans quelle maladie des reins trouve4-on dans le corps une telle accumulation d'eau?
Falck a injecté la même quantité d'eau dans les veines; il a vu des accidents convulsifs et la mort, mais ce sont là, on peut le dire, au point de vue de la pathologie expérimentale, des opérations monstrueuses, qui ne sont nullement comparables aux faits pathologiques. C'est l'exagération d'une démonstration légitime.
On peut injecter de l'eau dans le sang en quantité considérable; la mort résulte de cette injection quand on a introduit dans le sang 122 grammes d'eau par kilogramme d'animal, auquel cas la densité du sérum sanguin tombe à 1007; or la densité du sérum sanguin chez les urémiques ne tombe presque jamais au-dessous de 1016. Dans l'expérience de Richardson et de Falck, le sang n'est plus qu'une dilution de sang. Il n'arrive plus dans les capillaires que des globules gonflés, dépourvus d'hémoglobine, inertes. Comment comparer cette hydrémie excessive à la rétention modérée d'eau dans le sang qui peut
exister clans les cas pathologiques? Dans l'anurie absolue les accidents urémiques éclatent quelquefois avant la cinquantesixième heure, quand l'homme n'a encore pu accumuler que 35 grammes d'eau par kilogramme de son poids; or nous savons que les injections d'eau ne commencent à devenir nuisibles qu'à partir de 90 grammes par kilogramme.
On n'a seulement pas démontré que les viscères puissent être envahis par l'œdème; Bartels en tout cas a prouvé qu'il n'existait pas d'œdème pulmonaire chez les urémiques.
Acceptons pourtant, si vous le voulez, l'œdème cérébral; je suis prêt à toutes les concessions. Mais alors il ne s'agira plus d'intoxication. Si cet œdème n'a rien à voir avec la rétention des matières solides, il rentre dans la catégorie des phénomènes que nous avons éliminés précédemment du cadre de l'urémie; ils font partie des accidents mécaniques des néphrites et sont improprement rangés parmi les accidents chimiques.
Mais y a-t-il des accidents chimiques, toxiques, dans le mal de Bright?
Nous en pouvons fournir la preuve, une preuve directe : les urémiques sont des malades dont les urines ont perdu leur toxicité. Nous avions vu l'élimination rénale diminuer de quantité, la densité des urines s'abaisser, et nous avons été portés à croire que, la totalité des matières solides ne s'éliminant plus, l'individu allait être intoxiqué. Or, le jour où apparaissent les accidents nerveux dits urémiques, les urines cessent d'être toxiques. La totalité de Turine des vingt-quatre heures d'un urémique peut ne pas tuer un lapin ou ne pas dépasser la toxicité de l'eau distillée. Encore est-il qu'avec 120 centimètres cubes d'eau distillée par kilogramme d'animal en injection intra-veineuse vous êtes exposés à donner la mort, tandis qu'avec cette dose de certaines urines urémiques vous ne déterminerez aucun phénomène, même pas la contraction pupillaire de l'urine normale.
Il reste à savoir quel est ou quels sont les poisons qui déterminent les accidents toxiques, chimiques, de l'urémie.
Rentrons pour un moment dans les hypothèses. En première