THÉORIE DE WILSON
ligne se place l'hypothèse ancienne de Wilson qu'on a récemment tenté de faire revivre, et d'après laquelle les accidents dits urémiques seraient causés par l'accumulation d'urée dans le sang. Il ne suffisait pas de dire que l'urine des urémiques contient moins d'urée ; on a démontré qu'il y avait dans le sang jusqu'à 32 fois plus d'urée qu'à l'état normal; que dans les muscles il y en avait jusqu'à 1^'',20 au lieu de simples traces; je l'ai rencontrée chez des cholériques anuriques dans des tissus où il ne s'en forme pas normalement.
La théorie serait donc légitime, sauf démonstration.
Gallois dans l'estomac, Treitz dans les veines, Richardson dans le tissu cellulaire, ont injecté de grosses doses d'urée. Gréliant et Quinquaud en ont également injecté dans le tissu cellulaire. Ces derniers observateurs ont vu des accidents toxiques. Treitz, qui avait fait l'injection dans les veines, n'a rien observé. Hammond pratique la néphrectomie, puis fait une injection d'urée; l'animal meurt. L'expérience de Hammond est reprise par Frerichs, Oppler, PetrofF, et ceux-ci concluent qu'après la néphrectomie les animaux auxquels on injecte de l'urée ne meurent pas plus vite. Cette contradiction était si singulière que Feltz et Ritter ont recommencé l'expérience; ils ont d'abord déterminé la mort, aussi bien chez les animaux intacts que chez ceux qu'ils avaient néphrectomisés. Ils avaient employé de l'urée qu'ils avaient fait venir d'Allemagne pour l'avoir plus pure; vérification faite, elle contenait du sulfate d'ammoniaque et du chlorure d'ammonium. Ritter se mit à préparer lui-même de l'urée pure, et, à partir du jour où il fit les injections avec cette urée, il ne détermina plus d'accidents. Telle est, peutêtre, l'explication de la contradiction entre les divers expérimentateurs.
Quant à moi, en m'appuyant sur mes expériences, je dis que l'urée, aux doses où nous la rencontrons dans l'organisme, dans les états pathologiques, ne peut être invoquée pour expliquer les accidents dits urémiques.
Pour tuer un homme, il faudrait la quantité d'urée qu'il fabrique en seize jours. Or, dans l'anurie calculeuse double et
soudaine, les accidents urénoiques apparaissent quelquefois à la fin du 2^ jour ou au commencement du 3% alors que l'homme n'a pas encore fabriqué la 8"" partie de ce qu'il faut d'urée pour le tuer. Mais pendant ce temps, nous le savons, il a pu accumuler assez d'autres matières toxiques pour réaliser l'intoxication.
La clinique est donc ici complètement d'accord avec l'expérimentation pour dénier à l'urée le pouvoir de produire l'intoxication dite iirémique.