‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladiesChapitre 69 sur 227 · TREIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIEME LEÇON

(9 mai 1885).

PATHOGÉAIE DE L'URÉMIE (suite) D1SCLSSI0:\ DES TRÉORIES EXCLUSIVES

Théorie de V ammoniémie (Frerichs). — Le carbonate d'ammoniaque résultant du dédoublement de l'urée dans le sang est-il la cause de l'urémie? — L'urée se transforme-t-elle en carbonate d'ammoniaque dans le tube digestif (Bernard etGrandeau, Treitz, Jaksch)? —Objection à la théorie de l'ammoniémie comme explication exclusive des accidents urémiques.

Théorie qui incrimine les matières extractives, de Schottin, Scherer, Oppler, Chalvet, créatinémie de Jaccoud. — Examen de l'action possible de chacune des matières extractives : acide urique. — Acide hippurique. — Créatine. — Créatinine. — Leuciue. — Tyrosine. — Taurine. — Xanthine. — Hypoxanthine. — Guanine.

Théorie qui invoque les matières colorantes, l'urochrome (Thudicum). — Part de vérité qu'elle contient.

Le fait clinique dont nous recherchons l'explication est celui-ci : coexistence des troubles nerveux, dits urémiques, avec une diminution des matériaux solides contenus dans les urines de vingt-quatre heures, diminution prouvée par l'examen volumétrique de la totalité des urines des vingt-quatre heures et la recherche de leur densité.

J'ai démontré que cette diminution des matériaux solides de l'urine avait pour corollaire la rétention de matières toxiques, puisque j'ai prouvé l'innocuité de l'urine des urémiques.

Puis, en faisant la revue des diverses hypothèses qui ont été émises sur la nature du poison ou des poisons dont la rétention produit les accidents urémiques, j'ai combattu la théorie qui voit dans l'urée ce poison; non pas que je nie la toxicité de l'urée (j'admets celle de l'eau distillée!), mais parce que je suis

certain que l'urée ne peut être toxique à la dose où elle existe dans le sang des urémiques.

L'urée étant ainsi détrônée, on a pu concevoir que, incapable de nuire par elle-même, elle puisse devenir nuisible après avoir subi une transformation. Frerichs a avancé que le carbonate d'ammoniaque, résultant du dédoublement de l'urée, est le poison pathogénique de l'urémie; telle est la théorie de l'ammoniémie. Comme on l'avait fait à propos de l'œdème, on a torturé la clinique pour lui faire donner un ensemble symptomatique qui parût concordant avec la théorie. On a dit qu'une forme particulière d'urémie se montrait chez les albuminuriques sans œdème, ayant de la diarrhée, des vomissements, la langue sèche. Alors surviennent de grands accidents éclamptiques ; les urines sont rares et peu denses ; on aurait trouvé de l'ammoniaque dans le sang, et l'exhalation ammoniacale de l'haleine a été quelquefois constatée. Voici encore une théorie qui se présente bien en tant que théorie. Voyons cependant d'un peu près les détails.

Une seule chose est probante dans ce tableau, la diminution de la quantité et de la densité des urines. Mais la rétention d'ammoniaque est insuffisante à expliquer cette diminution de densité. La présence de l'ammoniaque dans l'urine, bien que niée encore par beaucoup d'auteurs, est réelle à l'état de traces, surtout à certaines heures de la journée. Quand j'étais médecin de Bicêtre, il y a quelque huit ans, j'ai constaté la présence de l'ammoniaque dans l'urine après les repas composés de viande rôtie; c'est de l'ammoniaque alimentaire. D'ailleurs, ces ammoniuries consécutives aux repas sont faibles.

La présence de l'ammoniaque dans l'air expiré appartient à un grand nombre de cas pathologiques et même normaux; il suffit qu'il y ait de la sécheresse de la gorge et de la bouche par diminution des sécrétions.

On a rencontré de l'ammoniaque dans le sang de quelques urémiques, mais normalement on en trouve des traces dans le sang, il y en a constamment dans le sang des cadavres. Rien n'autorise donc à incriminer la transformation de l'urée en

Page 1