COLORATION VINEUSE DE L'URINE PAR LE PERCHLORURE DE FER '1S
assez souvent cette coloration des urines dans les formes graves de la dilatation de Testomac, dans le cancer de l'estomac, dans la fièvre typhoïde. Cette matière^ ce n'est pas l'acétone assurément ; elle lui est analogue seulement par cette réaction au contact du perchlorure de fer. Elle était absente chez certains diabétiques dont Fhaleine avait pourtant l'odeur de l'acétone. Je crois, avec les auteurs nommés plus haut, qu'elle est fréquemment en relation avec l'augmentation des fermentations dans le tube digestif.
Toutes ces matières connues ou entrevues ne sont que quelques-uns des produits des putréfactions intestinales, mais elles montrent bien le parallélisme entre l'apport des matières putrides dans le sang et leur augmentation dans les urines. On comprend donc que, si ces matières putrides sont fabriquées en excès, il en puisse résulter une intoxication, même sans que le rein soit malade. Cependant, comme toutes ces matières existent normalement dans le tube digestif, on peut se demander si l'organisme n'a pas d'autre protection contre elles que le rein. Il est possible que le foie opère cette protection, et que l'expérience de Schiff relative aux alcaloïdes soit d'une portée plus générale.
Cette hypothèse peut s'appuyer sur quelques expériences récentes faites dans mon laboratoire par M. G.-H. Roger.
L'extrait alcoolique de viandes pourries est deux fois moins toxique quand on l'injecte par la veine porte que lorsqu'on l'introduit par la circulation générale. Les extraits des matières intestinales du lapin et du chien tuent à plus faible dose les grenouilles privées de foie que les grenouilles saines, ou que celles auxquelles on a hé les vaisseaux afférents des reins. Il paraît donc certain que le foie arrête ou transforme les matières toxiques qui prennent naissance dans la cavité intestinale. Cette conception a encore été vérifiée expérimentalement : du sang puisé dans la veine porte du chien tue le lapin à dose de 13 à l!i centimètres cubes par kilogramme, alors qu'il faut 23 centimètres cubes de sang sus-hépatique.
Ces expériences nouvelles semblent venir à l'appui d'une
lo4 LE FOIE ARRÊTE ET DÉTRUIT LES POISONS
hypothèse émise depuis longtemps par SchifF. Vous savez qu'à la suite de la ligature brusque de la veine porte l'animal tombe dans la somnolence et meurt en une ou deux heures s'il s'agit d'un chien, en trente ou quarante minutes si l'expérience a été faite sur un lapin. Schiff suppose que la mort est due à une intoxication par suite de la rétention d'un poison que le foie serait chargé de détruire. Ce poison proviendrait de la désassimilation, et Schiff croit en démontrer l'existence par l'expérience suivante. 11 enlève le foie d'une grenouille qui supporte bien l'opération, c'est-à-dire sans mort prochaine. Il lui injecte du sang d'un chien bien portant : elle ne meurt pas. Il lie la veine porte de ce chien, qui tombe dans la somnolence et meurt; il prend du sang de ce chien et l'injecte à la grenouille : celle-ci devient à son tour somnolente et meurt au bout d'une demiheure ou d'une heure.
L'expérience a été répétée dans mon laboratoire par M. Roger : il a injecté à des lapins du sang de chien avant et après la hgature de la veine porte, dans les deux cas la toxicité a été la même : 25 centimètres cubes par kilogramme. Ce résultat, complètement opposé à celui de Schitf, ne me fait aucunement repousser l'idée que le foie arrête et transforme constamment des produits toxiques ; la toxicité comparée des sangs porte et sus-hépatique le démontre. Seulement, dans l'expérience de Schiff, l'empoisonnement n'a pas le temps de se produire; l'animal semble succomber, comme l'avait dit Cl. Bernard, à l'hypérémie intestinale et à l'anémie cérébrale consécutive. Pour pouvoir étudier l'auto-intoxication après suppression de l'action du foie, il faudra aboucher la veine porte dans la veine rénale : l'expérience faite à un autre point de vue par Holnikevy^ a permis une survie de huit à dix heures.
Je crois donc pouvoir conclure que le foie est un organe de protection pour l'économie, qu'il arrête une part plus ou moins grande de la matière toxique en général, non pas la totahté, puisqu'une partie passe dans les urines.
Le foie n'est certainement pas le seul agent protecteur de l'organisme contre les poisons; il faut encore faire intervenir