MULTIPLICATION DES BACTÉRIES NORMALES DE L'INTESTIN
ne peut supporler le poisson cuit de la veille et refroidi. Un jour qu'il avait usé de cet aliment, que son système nerveux n'accepte pas, la digestion s'arrêta, et il éprouva les accidents ordinaires d'une indigestion d'abord stomacale, puis intestinale. La diarrhée dura non seulement jusqu'à ce que les dernières parties de l'aliment ingéré fussent éliminées, mais bien au delà encore. Elle s'accompagnait de prostration et d'angoisse. Or, les premiers accidents ne se sont montrés qu'après une véritable période d'incubation de huit heures, pendant laquelle sans doute les microbes avaient fabriqué la quantité de poison qui causa une intoxication si prolongée ; et pour qu'il se fût fabriqué une telle abondance de poison, il fallait qu'il y eût eu une véritable multiplication des bactéries normales du tube digestif. De fait, j'ai pu évaluer la quantité des microbes, dans ce cas, au tiers de la masse fécale. Il y avait augmentation des alcaloïdes intestinaux, puisque, de 12 grammes de matières fécales, j'ai pu retirer assez d'alcaloïdes pour en estimer la proportion à 15 milligrammes par kilogramme de matière fécale. Dans les urines se trouvait aussi une quantité d'alcaloïdes 50 fois supérieure à la quantité normale.
Voilà donc un cas où, sans qu'il y eût eu introduction dans le tube digestif de viande en fermentation, et sans qu'on ait pu constater de microbes particuliers, par la seule multiplication des bactéries normales s'était produite une augmentation considérable d'une au moins des substances toxiques que recèle d'ordinaire l'intestin.
Je connais l'observation de trois personnes qui furent prises simultanément d'accidents du même genre. Déjeunant ensemble, elles avaient mangé du poisson avec un certain dégoût vers dix heures ou onze heures du matin. A sept heures du soir, l'une des trois se sent indisposée; les deux autres se mettent à table, mais se trouvent atteintes, au dessert, d'accidents identiques. Il s'agissait d'un malaise consistant en vertiges, prostration, vomissements et diarrhée. Ces symptômes n'étaient pas le résultat d'une intoxication, puisqu'ils n'étaient apparus qu'après une incubation de huit heures. La diarrhée n'était pas celle qui
Bouchard. Auto-intoxications. 11