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VI LECON

MODE DE VÉGÉTATION. -—— CONDITIONS EXTERIEURES DE TEMPERATURE ET DE NUTRITION. — APPLICATION A LA CULTURE DES BACTERIES. — DESINFECTION ET ANTISEPTIQUES.

Avant de passer à l'étude des modes de végélation des Bactéries, 11 faut nous reporter à ce que nous avons appris de leur structure et de leur développement. Nous avons vu que, sous ce rapport, les Bactéries ne diffèrent nullement de ce que nous savons sur la structure générale des organismes inférieurs. Nous devrons lrouver le même accord pour ce qui regarde les principaux phénomènes de leur vie végétative.

En réalité, nous avons ici à considérer, dans des cas particuliers et spéciaux, des faits qui se retrouvent dans la généralité des organismes vivants. Or il n'y a pas plus de différence entre ces derniers, pris dans leur ensemble, qu'il n’y en a entre les diverses Bactéries.

GONDITIONS DE TEMPERATURE 89 in particulier, les Bactéries sans chlorophylle présentent des phénomènes analogues à ceux que l’on rencontre chez toutes les plantes sans chlorophylle, que l’on considère des plantes élevées ou des Champignons inférieurs. L'étude de ces derniers, relativement plus facile, a contribué beaucoup à éclairer nos connaissances sur les Bactéries. Il est à peine besoin d’ajouler que l'étude des phénomènes principaux de végélalion el des conditions d'existence, chez ces dernières plantes, nous fournira des différences de même ordre que celles que l’on trouve dans l'étude des groupes voisins.

Nous n'avons pas l'intention de présenter ici une exposition complète de tous les modes de végétation ni de les étudier avec un certain detail. Il nous suffira, pour l'étude générale que nous faisons, d'en donner les caractères les plus remarquables. Pour cela, nous nous occuperons, en parlieulier, des condilions de température et de nutrition.

La végétation est dans un rapport immédial avec la temperature extérieure. Elle se {trouve n'être possible qu'entre certaines limites extrêmes de chaleur el il existe une température moyenne déterminée, où elle atteint sa plus grande énergie. On distingue d'après cela dans la température : un minimum, un maximum el un optimum.

Quand on dépasse l’une des deux limites extrêmes, la végélation est, par cela même, arrêtée; d'autres

phénomènes peuvent alors se produire. Si l'on alleint une tempéralure suffisamment basse ou suffisamment élevée pour dépasser, plus ou moins, les points extrèmes où la végélalion passe par un maximum ou par un minimum, la vie est suspendue el l'on peut arriver, en d’autres termes, à luer l’organisme.

L'expérience commune de chaque jour fait comprendre que ces diverses conditions varient, d'une manière très notable, suivant lespèce considérée, suivant la période de son évolution et la composition du milieu extérieur où elle est appelée à se développer.

On s'est surloul attaché, pour les Bactéries, à préciser les limites de température entre lesquelles leur croissance et leur multiplication peuvent se produire. On admet, pour les autres périodes de leur existence, des limites qui varient dans des proportions analogues.

Les espèces non parasites, placées dans des condilions de nutrition favorables, peuvent se développer entre des limites assez étendues et leur optimum de de température est quelquefois assez élevé. C'est ainsi que le Bacillus subtilis, d'après M. Brefeld, croit entre 6° et 50° centigrades : son optimum est silué

vers 30° (1).

4) ©. Brefeld. — Botan. Untersuchungen über Schimmelpilze, IV.

CONDITIONS DE TEMPERATURE 91 .. Le Bacterium termo de Cohn se développe entre 5° et 40°. Son oplimum est entre 30° el 35° d'après M. Eidam (1). |

Le Bacillus amylobacter, cullivé dans de la glvcérine, atteint, suivant M. Fitz (2), son oplimum vers 40° et son maximum vers 45°.

Le Bacillus anthracis, eullive dans de la gélatine ou sur des pommes de terre, présente un minimum vers 15°. un maximum vers 43° el son optimum entre 20° et 25°. Quand on le cultive dans le sang d’un animal, dans le sang d'un rongeur, par exemple, et qu'il est par conséquent parasile, il se développe à 40° avec autant d'énergie que dans une culture à la température optimum de 25°.

Les espèces que l’on cultive. en parasites, dans le sang des animaux à sang chaud, ont un minimum et optimum de température placés plus haut que lorsqu'elles se trouvent dans les cullures ordinaires. Ce fait a élé démontré par M. Koch (3) pour le Bacille de la tuberculose dont les températures extrèmes sont 28° et 42° et dont l'optimum est entre 37° et 38°.

La température la plus favorable à la formation des spores, chez les Bactéries endosporées, est, en général, assez voisine de l’optimum de simple vegeta-

(1) E. Eidam.—M. Cohn’s Beilr. z. Biol. d. Pflanzen. Tome I, 3, p. 208.

(2) A. Fitz.—Berichte d. Deutschen Chem. Gesellschaft. 9 Mémoires de

(3) R. Koch.— Die Aetiologie der Tuberculose. Mittheil. des Reichsgesıundheitsamts, II, |

lion. Celle qui est nécessaire à la germination des spores endogènes, — nous voulons parler du moins de l’optimum de température, — est notablement plus élevée; de 30° à 40° chez le Bacillus subtilis, par exemple : dans celte dernière espèce, la germinalion peut aussi se faire à une température plus basse, à 20° environ.

D'après des expériences connues, le Bacillus anthracis, placé à 20°, n’est pas encore susceptible de sermer; le minimum est alteinl à 35° ou 37° seulement; l’optimum n’est sans doute pas très éloigné de cette limite, mais on ne l’a pas déterminé. Enfin d’autres espèces, telles que le Bacillus megaterium, croissent et germent {rès bien à 20°.

Un abaissement de température qui se trouve audessous de la limite du minimum est supporté par un assez grand nombre de Bactéries, sans qu'il se produise de perturbations considérables dans leur végélation; on s’est fondé sur quelques expériences peu précises, pour parler de la possibilité d’un abaissement illimité dans la température.

M. Frisch (1) prétend que le développement extérieur de certaines formes qu'il a étudiées, même celui des cellules végétatives, n'est pas compromis, après congélation, dans un liquide, à — 110° cenl., pourvu que l'on revienne ensuile à la lemp£ralure

(4) Frisch. — Sitzungsberichte der Wiener Akademie., Mai 1877,

CONDITIONS DE TEMPERATURE 95 ordinaire. L’une des formes qu'il cite à ce propos esl le Bacillus anthracis. Les autres espèces n’ont pas été distinguées par lui plus explicitement. I n’y a pas de doute qu’il ne faille placer plus haut, pour d’autres espèces, la temperature inférieure nécessaire pour amener la mort, et que celle-ei ne se produise beaucoup plus tôt que chez le Bacille du charbon.

La tempéralure exlreme, au-dessus de zéro, que les cellules végétatives peuvent supporter sans être luées, est, en général, lamême que celle des autres cellules végétales ordinaires, c'est-à-dire qu'elle est située entre 50° el 60°. C'est aussi la température à laquelle peuvent être soumises les spores, chez les formes arlhrosporées : les expériences précisesmanquent d’ailleurs àce sujet. Mais nous eiterons surloul quelques exemples qui font exceplion à celte règle générale.

Des tempéralures extrèmement élevées peuvent, au contraire, être supportées par les spores endogènes. La plupart d'entre elles sont encore susceptibles de germer, quand elles ont été plongées dans des liquides à 100°: quelques-unes même supportent des chaleurs de 105°, 110° et même 130°.

Ce sont là des règles générales qui restent vraies, malgré quelques modifications et quelques exceptions accidentelles. Ces exceptions se rencontrent chez cerlaines espèces el chez quelques individus

isolés; on peut les constater en ne faisant pas varier les autres conditions. On peut aussi Les trouver, dans une ra&me espèce, sous l'influence des conditions exlörieures, parmi lesquelles il faut citer la durée de l'ébullition, la sécheresse ou l'humidité plus ou moins considérable, et, en dernier lieu, la composition du liquide nutritif dans lequel se développe lespèce considérée.

Il y a des espèces qui se développent bien, par une tempéralure dépassant, même de beaucoup, 50°. MM. Cohn et Miquel en donnent des exemples. Le plus remarquable est celui de M. Van Tieghem (1) qui a décrit un Bacille pouvant, dans un liquide neutre, croître el former des spores à 74°. Sa végétation ne s’arrele qu'à 77°.

Des exemples, très instructifs à lous les points de vue, sont fournis, dit M. Duclaux (2), par les Bacilles qu'il a trouvés dans le fromage et auxquels il a donné le nom de Tyrothrir.

Les cellules végétales du Tyrothrir tenuis, eullivees dans un liquide neutre, ne sont tuées qu'entre 90° et 95°. Lorsque le liquide est légèrement alcalin, elles peuvent dépasser 100°. Les spores restent vivantes

(1) P. Van Tieghem. — Bulletin de la Soc. Botan. de France, tome 28 (1881), p. 35.

(2) E. Duclaux. — Étude sur le lait. Aun. de l'Institut national agronomique, n° 5. Paris, 1882, p. 22-138.

Id. — Chimie biologique. Encyclopédie chimique, po sous la direction de M. Fremy. Tome 9, Paris, 1883.

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