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MICROCOCCUS DE L'URÉE

L’urine normale de l'homme et des carnivores, exposée à l'air, devient alcaline el ammoniacale, au lieu de conserver la réaction acide qu’elle présente à l'état frais. Cela vient de ce que l’urée est transformée en carbonate d’ammoniaque avec fixation d’eau. Le liquide, clair et limpide à l’origine, devient trouble, ce qui se produit, comme l'expérience le démontre, sous l'influence d’un organisme inférieur, peut-être aussi sous l'influence de Champignons el de Bactéries de toutes sortes.

Nous désignerons le premier organisme, sous le nom de Micrococcus ureae, Cohn. Il est de beaucoup le plus important, si nous considérons simplement la fermentation de l'urée dont il est question el dont il est l'agent principal (1).

C'est à M. Pasteur qu'on doit d'avoir montré le premier que ce Mierococeus, pris à l'élat de pureté et cultivé dans un milieu bien pur contenant de l'urée, produit le dédoublement de cette dernière substance, comme il le fait dans l'urine même. Ce dédoublement a lieu, grâce à la production d'une diastase que le Mierococeus ala propriété de sécréter et qui a été mise en évidence, pour la première fois, par Musculus en la précipilant par l'alcool.

(4) P. Van Tieghem. — Sur la fermentation ammoniacale, Comptes

rendus, t. 58 (1864), p. 211. — V. Jacksch. — Zeitsch. f. physiol. Chemie, t. 5, p. 395 (1881). — Duclaux. — Chimie biologique, p. 697.

Ce Mierococeus (fig. 10) se compose de cellules qui atteignent de 1,25 à 2 x de grosseur et qui peuvent se réunir, le plus souvent sinon loujours, en séries de douze cellules au moins. Les sérieslinéaires,

ainsi formées sont parfois, recourbées en 8% arc, ondulées et finalement ramassées en A 3 pelotons qui donnent, pour ainsi dire, de * petites Zooglées dans lesquelles les cel- © Jules sont irrögulierement disposées, par places. Au commencement, les cellules dans les cullures sont cylindriques, d’après M. von Jacksch. Elles ne semblent pas être plus longues que larges Elles conservent cette forme pendant un certain temps, puisse réunissent en séries, forment de courts cylindres ayant l'aspect de bätonnels et, enfin, elles s’arrondissent postérieurement.

On pourrait donc, si l’on voulait, parler d'une période « en bäalonnels » bien que cette dénominalion n'ajoule rien à la clarté de la description.

La presence de spores distinctes chez le Micrococeus de l’urée n’a pas été constatée.

L'expérience démontre que le Hicrococcus ureae a besoin, pour vivre, d’être mis en présence de l'oxygene. Il ne peut donc pas, comme on l'a quelquefois prétendu, produire l’alcalinisation de l'urine à l’inté-

1) Micrococcus uRE4E. Cohn. — Dans l'urine en fermentation. — Cellules isolées et files de cellules Séreplococcus). — Grossissement 1100 fois.

FERMENTATION DE L'URÉE 157 rieur de la vessie, dans certains cas decatarrhes de la vessie qui ont été observés : l’oxygène nécessaire à son développement lui fait défaut dans ces conditions. Cependant on a trouvé, dans le cas des affections de la vessie où l’urine devient alcaline, une grande quantité de pelites Bactéries : il faut donc admettre que ces Bacleries ont été introduites dans la vessie spontanément ou accidentellement, par l'opération du cathétérisme par exemple, el produisent, après coup, la fermentation dont il s’agit. Il faut admettre de plus que d’autres organismes, ceux-là anaérobies, sont susceptibles d'amener la fermentation de l'urée qui peut se produire en effet sous d’autres influences.

M. Miquel (1), en 1882, a lrouvé, à l'appui de celte hypothèse, dans les poussières de l'air, une petite forme en bâtonnets qu'i a appelée Pacillus ureae, qui est anaérobie el qui donne du carbonate d’ammoniaque, comme le Micrococeus.

L’urine des herbivores, d'après M. Van Tieghem, contient un Micrococeus, quitransforme par hydralation, l'acide hippurique en acide benzoique el en glycocolle ; cet organisme est peut-être identique au Mcrococcus ureae : ce n'est qu'une hypothèse qui demande à être vérifiée par des recherches nouvelles.

(1) Annuaire de l'Observatoire de Montsouris.

158 LECONS SUR LES BACTERIES 2. NITRIFICATION.

A côlé des formes qui donnent la fermentation de l'urée et qui sont liées à la production d’ammoniaque, il faut placer celles qui produisent des nitrificalions ou oxydations des composés ammoniacaux avec formation de nitrates : c’est le cas de la produetion du salpêtre, étudiée par MM. Schlæsing et Müntz (1): elle est due à l’action de pelites Bactéries spéciales.

Le salpêtre, on le sail, se forme naturellement dans les endroits humides bien aérés, où des produits ammoniacaux sont en présence d'une petite quantité de substances organiques et de corps alcalins, de sels de chaux par exemple. Il prend naissance artificiellement dans des milieux qui conliennent des composés d’ammoniaque auxquels on a mélangé un peu de terre végétale, et que l’on con-» serve en présence d'un excès d'air, à une tempéra- Lure dont l’oplimum est de 37° environ.

Cette formation de salpêtre s'accomplit, nous l'avons dit, sous l'influence de certaines Bactéries : elle cesse d’avoir lieu quand celles-ci sont détruites; elle se produit à nouveau quand on place ces Bactéries, obtenues avec purelé, dans des milieux convenables, sans que l’on ail besoin d'ajouter du terreau

(4) Schlesing et Müntz. — Comptes rendus, t. 8%, p. 30i, t. 91, p- 1074. — Duclaux, — Chimie biologique, p. 708.

NITRIFICATION 159 aux cultures. Remarquons qu'il s'agit ici uniquement d’une simple oxydalion sous l'influence des Bactéries qui se trouvent naturellement en quantité considérable, à la surface du sol humide.

Les caractères morphologiques de ces Bactéries ne sont pas encore définis d’une manière précise.

D'après les auteurs que nous avons cités, ce sont des Micrococcus analogues au Micrococcus aceti. M. Van Tieghem, dans son « Traité de Botanique » leur donne le nom de Micrococcus nitrificans. La description qu'on en fait ne permet pas de comprendre exactement quel est leur aspect véritable et bien défini, et M. Duclaux attribue la nitrification à plusieurs formes différentes.

L'importance du phénomène appelle une étude nouvelle faite avec soin ; il faut élucider ce point important qui consiste à rechercher si la nitrificalion se produit sous l'action d'une espèce délerminée, ou bien si elle est due, dans certaines condi-

lions, à des espèces mulliples, isolées ou réunies.

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