BACILLUS AMYLOBACTER
Nous allons elore la série des exemples de Bacteries qui produisent des fermentalions dans des matières non azotées, en étudiant encore une des Bactéries les plus répandues, l’une des plus imporfantes et des plus intéressantes à cause des actions
qu'elle produit : le Bacille de l'acide butyrique, le Bacillus amylobacter, Van Tieghem, Bacillus butyrieus, Clostridium butyricum de Prazmowski (1); tels sont les quelques noms divers qu'on lui a successivement donnés.
Si je ne me trompe, M. Fitz a rattaché à cette espèce son Bacillus butylicus : n'oublions pas d’ailleurs que l'espèce unique que l’on considère aujourd’hui peut se trouver plus lard distinguée en plusieurs autres espèces, après que de nouvelles recherches viendront ou modifier les faits anciens ou en faire connaître de nouveaux.
Le Bacillus amylobacter (tig. 1%) est un Bacille qui a environ un y d'épaisseur ; il se présente sous la forme de bätonnels étroits, cylindriques, réunis le plus souvent en courts filaments et ordinairement tres mobiles. Morphologiquement, il est très facile à caractériser par la forme des cellules-mères de ses spores, qui prennent l'aspect de fuseaux, el qui, à l'intérieur de la portion la plus renflée, produisent une spore ovale ; la spore est cylindrique, à extrémités arrondies, souvent un peu arquée, entourée d'une assez large enveloppe gélatineuse et, en gé-
(1! P. Van Tieghem. — Sur le Bac. Amylobacter, etc. Bull. Soc. Bot. de France, T. 24 (1877), p. 128. — Sur la fermentation de la cellulose, id. T. 26 (1879), p. 25.
A. Prazmowski. — Unters. über Entwickelungsgeschichte u. Fermentwirkung einiger Bacterien-Arten. Leipzig, 1886.
Frisch. — Sitzungsber. d. Wiener Academie, mai 1877.)
BACILLUS AMYLOBACTER 185 néral, beaucoup plus courte et aussi plus étroile que le renflement dans lequel elle s’est formée. Un autre caractère distinctif est la coloralion, due à la présence de l’amidon ou de la granulose (Voir page 35) que présentent la plupart des cellules avant la formation des spores.
De plus, il arrive habituellement
que le Bacillus amylobacter ne forme
Fig. 14 (1).
pas un voile distinct, ou bien ne
se groupe pas en Zooglées plus volumineuses, mais au moment de la production des spores, il prend plutôt la forme de « Bactéries en tête » dont il a déjà été fait mention précédemment quand nous nous sommes occupé de celte espèce de Bactérie (Voir page 35).
Du reste, le Bacillus amylobacter se présente sous des aspects très divers : les formes différentes des cellules qui donneront les spores sont réunies très souvent dans la même préparation, comme on le voit dans la figure 14.
Les conditions dans lesquelles il est ordinaire-
(1) BacıL.us AmvLoBActer. — Bätonnets mobiles, les uns cylindriques et sans spores, les autres renflés d'une manière particulière et avec spores dans les parties renflées. Grossissement 600 fois. — s. Grossissement plus considérable montrant une spore mûre, rendue libre après gélification de la membrane de la ceilule-mere, et possédant ellc-même une épaisse enveloppe gélatineuse.
ment, font considerer le Bacillus amylobacter comme un type des ferments anaerobies de M. Pasteur (Voir page 97), bien qu'il puisse continuer à vivre en présence de l'oxygène. Quand il est anaérobie, il est l'agent principal des fermentalions butyriques dans les solutions sucrées, c'est-à-dire des fermentations dans lesquelles l'acide butyrique est le produit principal, à côlé d’autres composés qui varient un peu suivant les différentes substances fermentescibles en présence, comme l'ont montré les recherches de M. Fitz.
On peut admellre que c'est ce même Bacillus amylobacter qui produit la fermentalion butyrique des lactates, malgré l'opinion contraire de M. Fitz. C'est un fait sur lequel il faudrait revenir.
Comme agent de la fermentation butyrique, le Bacillus amylobacter joue un rôle important dans l’économie domestique, en aidant à la préparation, ou mieux à l’altération de certains aliments; c'est ainsi qu'il produit en grande partie la fermentalion du fromage et qu'il achève sa préparation nécessaire avant qu'il ne soit prêt pour l'usage de la table.
Le Bacillus amylobacter est, en outre, comme la montré M. Van Tieghem, un agent très actif de décomposition des plantes dont il détruit la cellulose dans les membranes cellulaires. A la vérité, il ne s'attaque pas à toutes les membranes indifférem-
ment; c’est ainsi qu'il n’a aucune action sur les
BACILLUS AMYLOBACTER 187 membranes subérifiées, les vaisseaux du liber, les plantes aquatiques submergées, les mousses, un grand nombre de Champignons; il agit de préférence sur les membranes des tissus charnus, parenchymateux, comme chez les feuilles, l'écorce, les liges herbacées, les lubercules, ete. La destruction de la cellulose se fait, dans ce cas, au moyen d’une diastase sécrélée par le Bacille qui transforme la cellulose en dextrine et en glucose, ce qui permel à la fermentation butyrique de se produire.
La plupart des grains d’amidon ne sont pas allaqués par le Bacille amylobacter, à l'exception de l’empois d’amidon et des matières amylacées solubles. L’alteralion et la destruction des organes végétaux, maintenus humides, se produisent le plus souvent à la suite de son action : c’est ce qui arrive dans quelques cas, mis à profit par l’industrie humaine, comme la macération et le rouissage du lin, du chanvre et d’autres plantes textiles employées aux usages domestiques. Il en est de même, d’après MM. Reinke et Berthold, de la décomposition pulride, dans l’eau, des pommes de terre gâtées.
D’après M. Van Tieghem, le ferment butyrique joue un rôle important dans la nutrition des ruminants, à laquelle il concourt puissamment en transformant, dans l'estomac de ces animaux, la cellulose du fourrage en des composés solubles el assimilables.
M. Van Tieghem a émis en outre cetle opinion très vraisemblable que le ferment butyrique a été un agent très puissant de la destruction de la cellulose depuis la période géologique de la houille. Des préparalions de plantes fossiles, qui ont été silicifiées après avoir subi une macéralion plus ou moins prolongée, permettent de suivre, dans des coupes minces, la même série de phénomènes amenant la destruction de la cellulose, que dans la macération des plantes qui s'opère actuellement. On a pu même reconnaître des traces d’un Bacterium que M. Van Tieghem a identifié avec le Bacillus amylobacter.
L'action destructive du Bacillus amylobacter s’&tend encore à d’autres substances que celles que nous avons considérées jusqu'ici el qui sont exemptes d’azole; c’est ce qu'ont prouvé les recherches de M. Fitz, dont nous avons déjà parlé et dont nous recommandons l'étude pour avoir sur ce sujet des détails plus circonstanciés. Nous parlerons bientôt de son action sur les matières albuminoïdes.
Il n’est pas douteux que la plus grande partie des fermentations butyriques qui se produisent, sont dues à l’action du ferment butyrique : cependant on ne peut assurer, d’une manière absolue, qu'il occasionne seul toutes les fermentations dans lesquelles le produit principal est l'acide butyrique.
M. Fitz décrit comme ferment de l'acide butyrique, dans le lactate de chaux et différents sucres,
BACILLUS AMYLOBACTER 189 un gros Microcoque rond, en chapelets et un Bacterium en bâtonnets courls, sans endospores. Il esl d’ailleurs le seul à rapporter ces faits. Il avait précédemment soutenu que le Bacillus subtilis donne de l'acide butyrique dans de l’empois d’amidon et il recommandait ce procédé de fermentation comme très pratique pour la production de l'acide bulyrique : son opinion reposait sans aucun doute sur une erreur dans la détermination de l'espèce de Bactörie qu'il observait. Le Bacillus subtilis typique, celui de M. Brefeld et de Prazmowski, n’a rien à faire avec celui de M. Fitz, car Prazmowski assure, de la manière la plus formelle, que le Bacillus subtilis ne produit aucune fermentation dans l’empois d’amidon.
On ne peut guère citer, à l'appui de l'opinion de M. Fitz, l'argument donné par M. Vandevelde (1) de l’action du Bacillus subtilis dans l'extrait de viande, la glycérine, le sucre de raisin; lorsque tout l’oxygene a élé consommé, il produit une légère fermenlation qui donne un peu d'acide butyrique. Ce fait n'a pas, dans celte discussion, l'importance qu'on croirait devoir lui attribuer, puisqu'il ne s’agit que de la production de l'acide butyrique, en quantité Lrès faible, tandis que M. Fitz parle au contraire d’une formation d’acide en très grande abondance.
(1) Vandevelde. — Studien z. Chemie d. Bacillus subtilis. Zeitschr. f. physiol. Chemie, T. 8, 367.
Des données morphologiques précises font done défaut pour décider d’une manière certaine à quelle espèce appartient le Bacillus subtilis de M. Fitz qui produit la fermentation de Pamidon.
Celle question ne pourra donc être résolue pour le moment. À ce propos qu'on me permette de faire remarquer qu'il existe un certain nombre de Bacilles saprophyles, à endospores, qui ressemblent au Bacillus subtilis, et qui ont été certainement confondus plus d’une fois avec ce dernier. On ne sait d’ailleurs
pas grand’chose sur les fermenta-
| Lions produites par ces Bacilles.
‘a i Le Bacillus subtilis de Brefeld et ef; de Prazmowski, que je désigne ? ® ainsi, pour mieux me faire comee prendre, se distingue, d’après ces 5 observateurs, d'une manière pré- \ N) cise, par un ensemble de carac- 5 leres qui ont été donnés dans une Fig. 15 (à). précédente leçon, par sa germina-
Lion (Voir page 40), par son groupement en un voile superficiel, irrégulièrement ridé, avec des replis en
I, B. BaazLus suBriis.— 1. Portion de filament avec spores müres. — 2. Début de la germination d’une spore : la membrane externe est déchirée transversalement. — 3. Bätonnet jeune sortant de la spore, dans sa position ordinaire, sur le côté. — 4. Premier bätonnet recourbé en fer à cheval et devant libre plus tard à l’une de ses extrémités. — 5. Bätonnets du stade précédent recourbés encore à leurs extrémités. Grossissement 600 fois.
FERMENTATION DES MATIÈRES ALBUMINOÏDES 191 zigzag el donnant finalement, à la surface du liquide nutritif, des spores ovales, relativement grosses.