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FERMENTATION DES MATIERES ALBUMINOIDES

M. Bienstock (1) a recherché les Bactéries qui se trouvent dans les excréments de l’homme. Il a montré que les résidus alimentaires renferment, à côté d’autres formes qui n'interviennent pas ici, un Bacille qui se montre d'une manière constante, el qui est, pour M. Bienstock, le ferment principal de la putréfaction de ces malières, mais qui est aussi le ferment de l’albumine et de la fibrine.

Placé dans des cultures pures, ce ferment agit à lui seul sur les matières albuminoïdes, en particulier sur la fibrine qu'il transforme successivement en produits de décomposition, dont il a été question, jusqu’à l’amener à se décomposer finalement en acide carbonique, en eau et en ammoniaque. Si on le fait agir sur l’un des composés intermédiaires qu'il produit, par exemple sur de la tyrosine, il la décompose en la faisant passer par toute la série régulière des différents produits que nous avons cités.

Aucune des autres Bactéries, que M. Bienstock a étudiées, n'a montré les mêmes propriétés.

La caséine, aussi bien que les albuminates alcalins formés artificiellement, ne sont pas modifiés par le Bacille de M. Bienstock. La caséine même semble rester complètement inaltérée. Lorsque le Bacille fait défaut, comme dans l'intestin des enfants

(1) Bienstock. — Ueber die Bacterien der Faeces. Zeitsch. f. Klin. Medicin, t. 8.

à la mamelle, la fermentation qui l'accompagne fait aussi défaut et les déjections inteslinales n'ont pas d’odeur caractéristique.

Pour ce quiregarde les propriétés morphologiques de ce ferment des matières albmuninoïdes, il ressort des descriptions du même auteur que c’est un Bacille à endospores, assez semblable pour la forme, au moins pendant la production des spores, au Bacillus amylobacter : est mobile comme ce dernier, il est composé de ce que nous avons appelé des « Bactéries à tete » que l’auteur compare à des baguettes de tambour. Il est cependant plus petit que le Bacillus amylobacter et m&me que le Bacillus subtilis. Du reste, iln’est pas possible, d'après les descriptions et les résultats de M. Bienstock, de se faire une idée bien nelte de l’évolution complète de cet organisme : ce sujet demande des recherches nouvelles.

Il y a lieu, en particulier, de rechercher jusqu'à quel point se confirme celte espèce de monopole que possède le Bacille « en forme de baguettes de lambour » de produire la fermentalion indiquée. En effet, les résultats obtenus à ce propos ne peuvent donner une conviction complète, surtout si l’on se rapporte à ce qui se passe dans d’autres fermentalions connues.

Ce n’est pas que je veuille fournir des arguments certains contre cel exclusivisme attribué au Bacille dont nous parlons, car des déterminations absolument précises des espèces sont encore trop peu sûres,

BACTFRIUM TERMO 195 pour ne pas admettre, comme une chose possible, que le Bacille de Bienstock n’existe bien réellement, en même temps que d'autres formes, et que, lorsqu'il existe, il ne produise véritablement l’action qu'on lui attribue. Mais je veux dire seulement que l'on peut au moins faire quelques réserves à ce sujet, d'autant plus qu'il est généralement reconnu que le ferment ordinaire des matières albuminoïdes est le Bacterium termo (1).

M. Cohn exprime cette dernière opinion de la manière la plus formelle lorsqu'il assure qu'il est arrivé à cette conviction complete que le Bacterium termo est le ferment de la putréfaction au même litre que la levure de bière est celui de la fermenlalion alcoolique, qu'aucune putréfaction ne commence sans le concours du Bacterium termo et ne se continue sans amener la multiplication de cel organisme ; qu'enfin, le Bacterium termo est le premier agent de la putréfaction et qu'il est le ferment saprogène par excellence.

Ces principes semblent devoir perdre de leur généralité en présence des faits contradictoires cités par M. Bienslock : on pourra dire aussi que le mot de « putréfaction » avait été employé sans que l’on ait précisé bien exactement les phénomènes de dédoublement qui se produisent ni la qualité des

(1) Cohn. — Loc. cit. Beitr., ete., T. 2, page 169.

matières qui se putréfient. Cela est vrai; mais il est aussi hors de doute qu'en employant le mot général de « putréfaction » on a en vue ce que l’on désigne communément par ce terme de « putréfaction des malières albuminoïdes »: parmi celles-ci on place certainement la viande de boucherie; d’autre part il est non moins cerlain que le Dacterium termo existe constamment dans les substances où s’accomplissent ces sortes de phénomènes.

Il reste à savoir exactement ce que l’on entend par Bacterium termo, d'autant plus que la Bactériologie actuelle passe complètement sous silence cette ancienne dénomination tombée en désuétude. Elle se fonde pour cela sur la difficulté que l’on a de savoir au Juste ce que Dujardin, Ehrenberg et d’autres entendaient par ce mot il y a une trentaine d'années. Ce que M. Cohn a décrit, sous ce nom, en 1872, est une forme très répandue el très disincite. On l'oblient aisément en abandonnant à elles-mêmes, dans l’eau, des graines de légumineuse quelconque, on en obtient une culture en mettant une goutte de l’eau qui s’est altérée dans ce qu'on appelle le liquide de Cohn (1). En transportant, à

(1) Le liquide de Cohn (Voir Eidam. Cohn’s Beitr., t. 3, p. 270), a la composition suivante:

Phosophate de potasse.......... SAFE Sulfate de magnesie... ......... 1 — Acétate neutre d’ammoniaque..... 2 —

Chlorure de potassium. . ....... 0,1 the CNE Plz

BACTERIUM TERMO 197 plusieurs reprises, une goutte du liquide infesté dans un liquide nouveau, on arrive à obtenir une culture suffisamment pure du Bacterium termo.

Cet organisme prend, dans les cultures, un aspect caractéristique : dans les premiers jours, le liquide devient peu à peu trouble et laiteux, puis sa surface se recouvre d'un voile légèrement vert, où la Bactérie s’est réunie en quantité notablement considérable. La culture dans de la gélatine est impossible, car cette substance devient fluide presque immédiatement sous l’action rapide du Bacterium.

Au microscope, le Bacterium termo se présente sous la forme de cellules petites, en bâlonnets, mesurant, d’après M. Cohn, 1,5 ». de longueur et une demi-fois ou un tiers autant de largeur; la bipartition y est excessivement active et les cellules sont réunies par paires, rarement en séries plus nombreuses. Il ressemble ainsi au MWicroccus lacticus : il en diffère par des dimensions un peu plus considérables, mais surtout par une mobilité considérable dans le liquide où les cellules isolées se trouvent suspendues. Le mouvement se fait souvent en arrière et dans l’un ou l’autre sens.

Il ne tarde pas à se produire, à la surface du liquide, des agrégats de Zooglées, sous forme d’une peau gélatineuse verdâtre, dans laquelle les cellules sont immobiles. M. Cohn a décrit, dès 1853, le passage de l’un à l’autre de ces deux états.

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On n'a pas observé chez le Bacterium termo, une formation caractéristique de spores; il semble qu'il faille le ranger parmi les espèces à arthrospores. L'incertitude que l’on a à ce sujet, fait désirer que l'on fasse des recherches nouvelles. Elles nous mon- Ireront, sans aucun doule, ce qu'il faul penser de la propriété que l’on semble reconnaitre à cel organisme d'être l'agent de la fermentation putride.

Le Bacterium termo clôt la série des exemples des Bactéries saprophytes que nous nous élions proposé d'étudier.

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